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À quelle réponse s'attendre de Poutine face aux menaces de l'Etat islamique contre la Russie ?

Dans une vidéo publiée ce dimanche, l'Etat Islamique s'adresse directement à Vladimir Poutine et promet aux Russes de venir "les tuer dans leurs maisons". Si cette menace s'explique par plusieurs raisons (situation militaire en Syrie, volonté de l'Etat Islamique de s'implanter dans le Caucase, possibilité d'un "coup" médiatique), il n'est pas certain qu'elle change fondamentalement la donne.

Campagne de terreur

Publié le - Mis à jour le 5 Août 2016
À quelle réponse s'attendre de Poutine face aux menaces de l'Etat islamique contre la Russie ?

Atlantico : Dans une vidéo publiée ce dimanche sur Internet, l'Etat Islamique s'adresse à Vladimir Poutine et menace les Russes de venir "[les] tuer dans [leurs] maisons". Alors que la Russie concentre surtout ses efforts militaires en Syrie à la lutte contre les rebelles anti-Bachar el-Assad, d'éventuels attentats de l'EI en Russie pourraient-ils changer la donne ?

Alain Rodier : Absolument pas. Je pense qu’il s’agit d’une rodomontade de plus de Daech, surtout à l’égard de la Russie. Il convient de bien comprendre que pour ses opérations terroristes, Daech utilise ses propres hommes (comme le 13 novembre 2015 au Bataclan et aux terrasses des café) ou, beaucoup plus fréquemment, des "djihadistes solitaires" (qui peuvent être plusieurs comme cela a été le cas à Rouen). Ces derniers n’ont aucun lien hiérarchique avec un quelconque commandement mais répondent aux appels au meurtre lancés régulièrement par l’organisation.

En ce qui concerne la Russie, Daech tente depuis sa fondation en 2014 de prendre pied dans le Caucase, mais il y rencontre de nombreuses difficultés pour deux raisons :

1) Les forces de sécurité sont omniprésentes et interviennent à la moindre alerte ; depuis les deux guerres en Tchétchénie, Poutine a su déléguer la lutte antiterroriste aux gouvernements locaux tout en leur apportant appui logistique et renseignements.

2) Al-Qaïda "canal historique" est solidement implanté depuis 2007 via l’"Emirat du Caucase" même si des défections ont eu lieu. Il mène une guerre de basse intensité contre la Russie, marquée particulièrement par deux attentats à Moscou, le premier dans le métro en 2010 et le deuxième à l’aéroport de Domodedovo en 2011. Après la mort de son dirigeant historique, Dukou Oumarov, en septembre 2013, ses successeurs (qui ont été tués les uns après les autres) se sont opposés à Abou Bakr Al-Baghdadi. D’après eux, seul le premier émirat islamique - celui des talibans - avait la légitimité pour fonder un "califat". Ne pas oublier que idéologiquement, Al-Qaïda "canal historique" est placé sous l’autorité morale et religieuse du chef des talibans afghans, alors que Daech ne reconnaît qu’un seul maître, Abou Bakr al-Baghdadi, soit-disant descendant du Prophète Mahomet.

Daech a profité de la vacance apparente du pouvoir à la tête de l’Emirat du Caucase pour s’implanter au Daguestan, profitant de la défection de dirigeants locaux. L’émir de cette province extérieure au noyau syro-irakien est Abou Mohamad al-Qadari. A noter que l’on ne connaît pas l’identité du dernier chef de l’Emirat du Caucase, sans doute pour une raison de sécurité puisqu’ils ont tendance à être rapidement neutralisés par les services russes.

Enfin, si Daech n’est effectivement pas la principale cible des Russes en Syrie, ce mouvement a tout de même été frappé à Palmyre, Deir ez-Zor, Raqqa et à l’est d’Alep. Moscou constitue donc un objectif naturel, parmi d’autres.

L'Etat Islamique a-t-il des raisons précises de vouloir s'attaquer à la Russie, alors que son intervention en Russie ne se déroule pas vraiment en totale coordination avec celle des Occidentaux, contribuant en partie à la confusion sur le terrain ?

Le Groupe Etat Islamique (GEI, Daech) a lancé depuis des mois une campagne de terreur en-dehors de son berceau syro-irakien. Ce n’est pas tant parce qu’il est mis en difficulté sur le terrain, mais il s’agit d’une manière de faire parler de lui en permanence. Cela permet de soutenir le moral de ses combattants et de motiver les aspirants au djihad. Si ces derniers ne parviennent pas à rejoindre la Syrie ou l’Irak, ils sont invités à passer à l’action là où ils se trouvent. La revue en anglais Dabiq (numéro 15) parue le 31 juillet sur la toile appelle d’ailleurs une nouvelle fois au meurtre, en particulier de chrétiens considérés comme des ennemis directs du califat. Le titre est d’ailleurs parlant : Abattre la croix. Les Russes orthodoxes, dont le président Poutine est le plus important soutien politique, en font bien évidemment partie. De plus, défier les Russes est important pour Daech au moment où ces derniers ont aidé Damas à remporter quelques victoires dont la reprise de Palmyre et l’encerclement de quartiers rebelles (où Daech n’est pas présent) d’Alep.

Le déclenchement d’attentats au cœur de la Russie par des "djihadistes solitaires" comme cela a été le cas aux Etats-Unis serait un coup médiatique d’importance pour Al-Baghdadi. Cela démontrerait que le GEI peut frapper partout où il le veut. D’ailleurs, la crainte est déjà présente sur l’ensemble de la planète, même au Brésil où vont se dérouler les Jeux Olympiques. S’il y a une délégation russe (ce qui n’est pas encore certain à l’heure où sont écrites ces lignes), elles sera certainement très protégée.

 
Commentaires

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  • Par schmurtz - 02/08/2016 - 12:02 - Signaler un abus qui s'y frotte s'y pique

    Vlad a les moyens militaires et le soutien de sa population pour éliminer les muzz . On peut lui ,faire confiance pour éradiquer les visées démoniaques de ces charlots, tout l'inverse de Teinture premier et Coups de menton zéro.

  • Par A M A - 02/08/2016 - 18:02 - Signaler un abus Faut-il souhaiter que les

    Faut-il souhaiter que les réactions de Poutine soient contagieuses et nous sortent de cette politique de discours vaseux et d'incantations stériles..

  • Par hannibal barca - 02/08/2016 - 21:46 - Signaler un abus Les daesh sont la chair a canon de l arabie

    Et poutine se fera un plaisir d en faire de la patee. S il protege le regime laic de Assad c est bien pour se proteger des islamo fascistes a qui notre Flamby la meche noire livre des armes qui se retournent contre le peuple de France

  • Par von straffenberg - 02/08/2016 - 22:31 - Signaler un abus Objection

    Les Tchétchènes n'ont certainement pas envie de reprendre le combat chez eux c'est illusoire , l’expression fixer l'ennemi à l'extérieur me fait sourire .

  • Par arcole 34 - 03/08/2016 - 09:37 - Signaler un abus COMME D'HABITUDE

    Il leur en mettra plein la gueule, c'est à dire Théorie des Dominos, un terroriste identifié et abattu , c'est toute la famille et les biens qui ramassent tout aussi plein la gueule.@von straffenberg , mors de la dernière guerre en Tchétchénie il a éradiqué un quart de la population ce qui équivaudrait chez nos à faire disparaître 6 millions de nos compatriotes, c'est pour vous dire qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère , et c'est pour cela que les tchétchènes ne veulent surtout pas remettre le couvert . Et puis vous savez rien n'est gratuit avec lui , il protège ses ressources et routes commerciales, sans compter qu'il tient d'une main de fer l'extrême orient ex soviétique selon les bonnes vieilles méthodes d'antan. De plus lors du lancement de la campagne de bombardement de Daesch, il en a profité aussi pour bombarder les autres organisations islamistes en Syrie du style Al Nosra et compagnie, bref d'une pierre il fait deux coups .

  • Par A M A - 03/08/2016 - 17:39 - Signaler un abus D'un côté Trump, de l'autre

    D'un côté Trump, de l'autre Poutine, l'Etat Islamique ne va pas être à la fête. Pour le ménager, Il lui restera la complaisance des Européens, submergés par un terrorisme qu'il n'arrivent pas à éradiquer. Si c'est Hillary, alors là Daesch respirera.

  • Par kiles - 03/08/2016 - 18:38 - Signaler un abus Jusqu'au fond des chiottes, comme en Tchétchénie.

    La seule méthode qui ait fait ses preuves est la sienne.Le problème c'est que les réfugiés "russes" sont maintenant en nombre dans notre pays, et en Allemagne. Il s'agit bien sûr de tchétchènes "réfugiés politiques" et très....barbus et pratiquants. Vont ils se tenir tranquille ?

  • Par D'AMATO - 03/08/2016 - 23:15 - Signaler un abus Nul doute que Mr. POUTINE, casqué, mais...

    ...non ganté....trouvera la réponse qu'attend son peuple.

  • Par Calumet - 04/08/2016 - 11:09 - Signaler un abus Trump et Poutine vont se disputer la protection de l'Europe

    Qui est mal barrée avec des crétins comme ceux que nous avons élus.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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