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Ce que l’Allemagne a gagné avec Jean-Claude Juncker

Jean-Claude Juncker fête sa première année à la tête de la Commission européenne. Rétrospectivement, son mandat a été déjà très chahuté, mais il a tenu une promesse : la défense des intérêts allemands dans une période complexe où l’appétence pour l’Europe se tarit à vue d’œil.

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Ce que l’Allemagne a gagné avec Jean-Claude Juncker

Jean-Claude Juncker fête sa première année à la tête de la Commission européenne. Crédit Reuters

Juncker et Merkel

Rappelons, s’il le fallait, que Jean-Claude Juncker était le candidat d’Angela Merkel, mais certainement pas celui de la Grande-Bretagne. Son élection s’est d’ailleurs faite, le 27 juin 2014, à la majorité qualifiée. David Cameron ne trouvait alors pas de mot assez dur pour dire tout le mal qu’il pensait du personnage :

"Cela risque d’affaiblir les gouvernements nationaux. Je pense que les intérêts nationaux britanniques sont de réformer l’UE, d’organiser un référendum sur cette réforme de l’UE et de recommander notre maintien au sein d’une Union réformée.

Est-ce que c’est devenu plus difficile à obtenir ? Oui."

SI l’élection de Juncker a donné le signal du referendum britannique, il a aussi constitué un atout important pour Angela Merkel. Celle-ci avait un temps caressé le projet d’installer Martin Schulz dans la fonction. Mais un président allemand de la Commission aurait pu dévoiler de façon excessive la prépondérance germanique en Europe. Accessoirement, la chancelière aurait nourri la légitimité d’un rival politique de taille sur la scène intérieure.

Le choix de Jean-Claude Juncker avait une autre utilité: le personnage était en difficulté dans l’échiquier politique luxembourgeois après sa démission de son poste de Premier Ministre, imposée par son implication dans une large affaire d’espionnage. A l’époque, la subordination du grand-duc aux services britanniques avait fait sensation.

En assurant l’outplacement de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission, Angela Merkel s’attachait donc les services d’un obligé…

Juncker et la France

Dès sa prise de fonction, Jean-Claude Juncker a eu la bonne idée de contrer toutes les mauvaises idées (selon l’Allemagne) de François Hollande en matière de relance européenne. Alors que l’Italie prenait la présidence de l’Union, on se souvient qu’avait rôdé l’idée d’un plan de relance européen à hauteur de 1.000 milliards d’euros.

Ce plan était largement porté par François Hollande qui avait, avec les autres chefs d’Etat sociaux-démocrates en Europe, préparé un "agenda pour la croissance" fin juin 2014. Bien entendu, Angela Merkel était farouchement opposée à cette perspective qui consistait à miser sur l’investissement public pour relancer l’activité économique.

Finalement, Juncker parviendra à enterrer tous les espoirs de la gauche européenne en concoctant un plan à 300 milliards, dont seulement 21 d’argent public frais (mais issus de fonds non mobilisés). Le reste repose sur des appels à fonds privés ou des emprunts en partenariat avec le privé.

La solution de "synthèse" de Juncker a donné une représentation assez fidèle de la suite de son mandat: ménager la chèvre et le chou français en apparence, donner satisfaction à l’Allemagne sur le fond.

Juncker, supplétif de Merkel en Grèce

Le service le plus important rendu par Jean-Claude Juncker à l’Allemagne a eu lieu à l’occasion de la crise grecque. L’arrivée de Syriza au pouvoir en janvier 2015 a en effet mis l’ensemble de la zone euro en difficulté. Juncker, affaibli par le scandale Luxleaks, a entamé un cycle complexe pour préserver la cohésion d’une zone monétaire frappée par la crise et contestée de l’intérieur.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 03/11/2015 - 14:12 - Signaler un abus Gauleiter

    Sur Wikipédia, une liste de ''gauleiter'' : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gauleiter

  • Par Alain Proviste - 03/11/2015 - 15:26 - Signaler un abus CA PROUVE...

    ...que la France ne défend pas au mieux ses intérêts et ne place pas ses pions. De toute façon, ne dit-on pas que les Français placés à la tête d'organismes internationaux sont les seuls à ne pas défendre les intérêts de leur pays ? Par contre, vu les brillantes idées de FH en matière d'économie, ce serait plutôt à porter au crédit de Juncker d'avoir contribué à en contrecarrer une.

  • Par Gré - 03/11/2015 - 19:18 - Signaler un abus Finalement, l'Allemagne fout

    Finalement, l'Allemagne fout encore la m....e en Europe. Une chose est sûre : l'UE, dont la Commission assure l'orientation, n'a plus rien de démocratique. Je ne vois donc pas pourquoi voter euro-sceptique serait anti-démocratique.

  • Par vangog - 03/11/2015 - 19:37 - Signaler un abus Je me marre...

    Lorsque Junker et Merkel vont intimer l'ordre à notre prochain President, Flamby ou Juppé, une harmonisation budgétaire a un niveau intermédiaire entre l'Allemagne et le Luxembourg, les gauchistes vont pleurer...là, vous pourrez tailler dans la moitié du mille-feuille territorial, des grosses commissions, observatoires de l'inutile et autres conseils mis en place par gauche et droite archaïque, vous serez encore loin du compte ( ceci dit, sur la bonne voie...)!

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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