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Quand la valse des transgressions en toc donne le tournis à la vie politique française

"Tellement loin des vies réelles. Poujadisme chic. Définitivement affligeant" revendiquait le député Frondeur Christian Paul en réponse aux propos de Emmanuel Macron qui affirmait hier sur BFMTV que les entrepreneurs ont "souvent la vie plus dure que celle d'un salarié." Mais la transgression de tels propos ont perdu de leur grandeur et ont plus de mal à séduire des Français désillusionnés en termes de politique.

Poujadisme chic ?

Publié le - Mis à jour le 22 Janvier 2016
Quand la valse des transgressions en toc donne le tournis à la vie politique française

Atlantico : Le gouvernement brise un à un les tabous du dogme socialiste et certaines voix d'analystes politiques parlent de transgression. Allons-nous actuellement vers une société française plus transgressive ou alors peut-on davantage parler de personnalités politiques qui utilisent la "marque" de la transgression à des fins de communication ?

Bruno Cautrès : Dans les vies politiques européennes, pas seulement en France, on a vu depuis une quinzaine ou vingtaine d’années, plusieurs exemples de candidats ou hommes politiques qui veulent montrer leur capacité à s’affranchir des idées ou même de certains symboles de leur camp idéologique. Cette tendance s’inscrit dans les évolutions et les recompositions des socles idéologiques et sociopolitiques de nos économies et vies politiques : partout les effets de l’intégration économique internationale ont perturbé les frontières politiques héritées de l’après-guerre.

Ces effets ont même été suffisamment puissants pour se traduire en stratégies politiques. L’une de ces stratégies est connue sous le nom de "triangulation", stratégie politique qui a été théorisée par un conseiller politique de Bill Clinton au milieu des années 1990 et qui consiste, notamment lorsque le candidat ou l’homme politique est en difficultés (comme c’était le cas de Clinton à ce moment-là), à s’affranchir de la barrière entre les deux camps et à tracer une nouvelle ligne politique : comme si le fait de passer par-dessus les frontières idéologiques et de tracer une nouvelle ligne de clivage intermédiaire entre les deux camps dessinait la pointe d’un triangle (tandis que les deux côtés de sa base serait les deux camps opposés).

Clinton fut réélu triomphalement en 1996 en appliquant cette stratégie. Ce modèle a ensuite inspiré largement Tony Blair au Royaume-Uni qui avait indiqué que le "New Labour" était l’ami du business. Aujourd'hui, c’est au tour de François Hollande de tenter cet exercice (on pourrait également citer l’exemple de Renzi en Italie), il faut dire assez périlleux : le tournant économique de janvier 2014, les déclarations favorables à l’entreprise de Manuel Valls ("j’aime l’entreprise", applaudi de manière enthousiaste lors de l’université d’été du Medef), le pacte de responsabilité, le CICE (Credit Impôt Compétitivité Emploi) ont en effet rebattu un peu les cartes et même un peu désarçonné la droite au début. Par ailleurs, la nomination d’Emmanuel Macron, ses propositions et ses déclarations régulièrement briseuses de certains codes de la gauche (travail le dimanche, 35 heures, fonctionnaires) s’inscrivent bien dans cette stratégie de "triangulation" qui unit Hollande, Valls et Macron.

Mais à un moment donné, cette stratégie, qui correspond aussi à de réelles évolutions idéologiques au sein du PS (et n’est donc pas seulement de la communication) va devoir rencontrer d’autres réalités : tout d’abord son efficacité économique, question qui restera un point fondamental dans la perspective de 2017 où le bilan en termes de chômage pèsera lourd; ensuite, la question de l’adéquation entre cette stratégie et l’électorat que François Hollande devra mobiliser pour être réélu, celui de la gauche : si l’électorat de la gauche, et surtout celui du PS, est effectivement demandeur de politiques de gauche qui ont un rapport davantage "décomplexé" à l’économie réelle et au capitalisme d’aujourd’hui, cet électorat est néanmoins toujours très concerné par la question des inégalités sociales, de la redistribution vers ceux qui souffrent de ces inégalités et de la justice sociale. La "triangulation" risque à ce moment-là d’avoir fortement perturbé cet électorat bien qu’il apprécie la dynamique Valls-Macron. Comment combiner dans une même vision d’ensemble la ligne Valls-Macron, décomplexée sur la sécurité et sur l’économie, et la question des inégalités et de la justice sociale ? c’est l’équation que François Hollande doit résoudre pour 2017.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 21/01/2016 - 10:31 - Signaler un abus Macron, de la grande famille des menteurs et des tricheurs...

    a été contaminé par la démagogie qui pourrit la gauche...est-ce l'influence d'Attali, Cohen, Aghion, Cette, Colombani, qui ont largement pourri l'économie et les médias des dernières décennies et qui souhaitent propulser leur poulain boiteux, pour garder la main?

  • Par lepaysan - 21/01/2016 - 11:04 - Signaler un abus plus dure mais bien plus passionnante

    et créative et qu'est ce que la vie sans passion et création

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Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

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Gilles Lipovetsky

Gilles Lipovetsky est philosophe et sociologue. Il enseigne à l'université de Grenoble. Il a notamment publié L'ère du vide (1983), L'empire de l'éphémère (1987), Le crépuscule du devoir (1992), La troisième femme (1997) et Le bonheur paradoxal. Essai sur la société d'hyperconsommation (2006) aux éditions Gallimard. Il vient de faire paraître "De la légèreté" aux éditions Grasset.

 

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