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Quand Mitterrand évoquait les "zozos" de Mai 68, "de jeunes bourgeois catholiques" révoltés "contre l'hypocrisie de leurs parents"

20 ans après la mort de François Mitterrand, une centaine d'entretiens inexploités ont décanté peu à peu dans l'esprit de Georges-Marc Benamou. Il nous livre ici ses inédits et répond à toutes les attaques... Le mystère Jean Moulin et la piste Bénouville, son anti-gaullisme, son obsession Mendès-France, les Juifs et la France, la déception Fabius, lui et la postérité avec cette curieuse prophétie : "Je suis le dernier des grands Présidents." Extrait de "Mitterrand : "Dites-leur que je ne suis pas le diable"." de Georges-Marc Benamou, aux éditions Plon 1/2

Bonnes feuilles

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Quand Mitterrand évoquait les "zozos" de Mai 68, "de jeunes bourgeois catholiques" révoltés "contre l'hypocrisie de leurs parents"

Pendant Mai 68, les cortèges venant de la place Denfert-Rochereau passaient souvent par le haut du boulevard Saint-Michel, grossissaient à l’approche du jardin du Luxembourg, plus encore à la Sorbonne un peu plus loin, et de là continuaient de se répandre dans Paris. On entendait des slogans contre de Gaulle, Pompidou, les bourgeois et la répression ; mais aussi contre certains politiciens, comme Mitterrand qu’on conspuait au cri de « Versaillais ». Mitterrand habitait à deux pas de là, au 4, rue Guynemer, une rue aérée qui borde le jardin ; désormais l’une des plus chères de Paris, elle était moins courue à l’époque.

À vol d’oiseau, sept cents mètres la séparent du foyer gauchiste. J’y suis passé récemment et j’ai imaginé que les slogans des foules gauchistes parvenaient jusqu’à chez lui – « Mitterrand Versaillais… Saillais…Mitran… » –, et que derrière les rideaux tirés de son appartement, il les entendait. Quel supplice ! Certains jours, plus chauds, des maos plus « Spontex » que les autres étaient peut-être venus là, sous ses fenêtres, crier leur haine du social-traître. Une image de film, ce Mitterrand assiégé derrière sa fenêtre. Vérifications faites, il n’avait pu les entendre distinctement de là ; les slogans auraient été amortis par le jardin qui sépare la rue Guynemer du boulevard Saint-Michel ; tout juste aurait-il pu percevoir l’énorme brouhaha, et ce devait être assez pour lui. Par ailleurs, il est peu probable que les gauchistes aient connu son adresse et soient venus faire du tapage sous ses fenêtres. On l’aurait su ; les gaullistes auraient été trop contents de diffuser l’information.

Il n’empêche, Mitterrand n’a pas dû sortir souvent dans la rue, en ce temps-là. Les jours de grosse manif, il ne devait pas mettre le nez dehors ; et les autres jours, surveillé par son beau-frère ou quelque balèze de la Convention des institutions républicaines, son petit parti, il sortait probablement à l’affût, enroulé dans ses écharpes et son manteau, le chapeau de travers pour cacher ce visage connu de tous les Français depuis quatre ans, la présidentielle de 1965. À cette époque, il était « l’homme le plus haï de France ».

L’Histoire retient qu’il n’avait pas eu le beau rôle en 1968, que la période avait été critique pour lui, que c’était Mendès qui attirait alors la lumière et les jeunes. Mais je ne soupçonnais pas chez lui une si profonde détestation ; j’allais la mesurer au cours de nos rencontres. Il n’aimait pas Mai 68. Pas à la manière de mes contemporains, pas en réactionnaire. Il détestait l’enflure de la période héroïque et de ses prétendus héros. Il avait en horreur cette révolte de « petits-bourgeois catholiques ». Et il s’était tu si longtemps. Chef de la gauche et Président, il avait eu une obligation de réserve. Pendant un quart de siècle, il avait dû pieusement acquiescer lorsqu’on répétait, devant lui, que Mai 68 faisait partie du patrimoine de la gauche, que mai 1981 en avait été le prolongement naturel. Il avait ravalé ses rancoeurs, effacé de sa mémoire ces journées d’épouvante, fait bonne figure, pouvoir oblige. Durant quatorze années à l’Élysée, il aura l’habileté de la caressser, cette génération (mais de miser sur la suivante, SOS Racisme, etc.), de l’honorer, de s’en servir, de la recycler, pour mieux la museler. Il n’était pas dupe ; il savait que cette génération persistait, dans ses profondeurs, à haïr le « Versaillais » en lui, et il connaissait parfaitement la Carte de Tendre de ce gauchisme qu’il surveillait de près. Il l’avait à l’oeil.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 09/01/2016 - 12:35 - Signaler un abus Hypocrisie des parents catholiques

    De quoi s'agit-il? IL serait bon de le savoir alors que cette accusation devient un leitmotiv. Résurgence du vieil anti-cléricalisme? Ou expression à la mode pour avoir l'air d'être dans le vent du progrès?

  • Par vangog - 09/01/2016 - 13:13 - Signaler un abus Les zozos de mai 68 sont les catho-gauchistes...

    soit la majeure partie du peuple de gauche, qui a élu et réélu Mitterrand-l'hypocrite. De sa tombe, il peut leur dire Merci aux zozos!

  • Par Deudeuche - 09/01/2016 - 15:48 - Signaler un abus Les parents étaient cathos sans être chrétiens

    d'où la révolte contre cet ordre moral sans foi chrétienne vivant sur des acquis petits bourgeois une religion de façade et bien matérialistes. Les zozos ont simplement poussé le curseur d'avantage vers l'hypocrisie et la déconstruction commencée par leur parents, remplacé l'autorité par l'irresponsabilité, le héro par la victime, et la seule chose qui est restée est l'amour du pognon et la détestation des prolos...qui ne sont plus de gauche.

  • Par Borgowrio - 09/01/2016 - 17:04 - Signaler un abus Révolution de salon

    Les seuls fils d'ouvrier qui étaient dans la rue en 68 , c'était les C.R.S. J'aime bien cette phrase de Coluche .. Pour une fois Mitran (comme disait Marchais) avait raison pour les zozos .. Et aussi vangog qui dit que ces même Zozos ont voté pour lui en 81

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Georges-Marc Benamou

Georges-Marc Benamou est producteur de cinéma et journaliste. Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, il est notamment l'auteur de Comédie française: Choses vues au coeur du pouvoir (octobre 2014, Fayard), ainsi que de "Dites-leur que je ne suis pas le diable" (janvier 2016, Plon).

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