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Quand hommes et serpents menacent mutuellement leur survie

Une étude réalisée sur une tribu des Philippines particulièrement sujette aux attaques de pythons montre que les hommes et les reptiles ne sont pas uniquement des prédateurs mutuels, mais également concurrents sur un marché bien particulier. Un affrontement qui peut s’inscrire dans une théorie de l’évolution des deux espèces.

Concurrence sauvage

Publié le - Mis à jour le 20 Décembre 2011

Les serpents venimeux n’ont jamais eus les faveurs des hommes. Cobras, vipères et autre anacondas, qui peuvent parfois mesurer sept mètres de long, peuvent étouffer ou mordre de façon mortelle leur victime. Et ils n’en ont pas forcément peur. Même si, armés de fusils ou machettes, et parfois capables de les attraper à la main par la gorge, les hommes ont appris à se défendre contre ce prédateur omnivore imprévisible. Les uns sont donc un danger pour la vie des autres, mais cette relation n’est pas uniquement celle d’une menace mutuelle directe : une étude sur les Negritos Agta, une tribu qui vit dans aux Philippines, publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences  et relayée par le revue américaine Science, révèle que les pythons réticulés (une espèce pouvant mesurer jusqu’à sept mètre et peser jusqu’à 140 kilos) qui y vivent sont leurs concurrents indirects pour survivre.

Ces pythons sont légion notamment aux Philippines, dans la région où vivent les Negritos Agta. De taille relativement petite, les Negritos sont des hommes de peau noire, divisés en plusieurs tribus dans le sud-est asiatiques. Menacés par l'acculturation, les maladies et la prise de leur territoire historique philippin par d’autres populations, ces chasseurs-cueilleurs doivent en réalité également faire face à un autre danger pour préserver leur tribu. 

En 1976, l’anthropologue Thomas Headland a interrogé 120 membres de cette population, alors qu’ils vivaient encore relativement en vase-clos. Selon ces interviews une attaque mortelle de python survenait touts les deux ou trois ans. 26% des hommes interrogés disaient avoir déjà été attaqués par un serpent, et presque tous pouvaient montrer des traces de morsures. Presque tous assuraient par ailleurs avoir déjà tué au moins un petit serpent.

Et ils avaient de bonnes raisons de le faire, concluent l’herpétologiste (spécialiste des reptiles) Harvey Greene et l’anthropologue Lynne Isbell qui se sont repenchés sur les données recueillies par Headland et en tirent une conclusion supplémentaire. "Quand les Negritos Agta ouvraient les estomacs des pythons", ils trouvaient régulièrement dans les entrailles du reptile des espèces que la tribu "appréciait particulièrement : des biches sauvages, des cochons sauvages ou des singes", disent les scientifiques. "Donc les Agta savaient que les serpents étaient leurs concurrents pour trouver d’autre type de nourriture", explique Harry Greene. Au-delà du rôle de prédateur et de chasseur qu’ils ont les uns envers les autres, hommes et pythons sont donc également en compétition pour leur propre survie. Et ont donc d’autant plus intérêt à s’affronter, comme le ferait deux entreprises sur un même marché.

Pour Lynn Isbell, cette relation est une “course évolutionniste aux armes”. Elle estime ainsi que les hommes se sont mis une pression pour détecter les camouflages des pythons, laquelle a accru leurs capacités visuelles. Et inversement, l’intelligence croissante des hommes a incité les serpents à développer de nouvelles techniques de camouflage et de défense. Harry Greene ambitionne de voir comment ces données peuvent être reflétées dans la biologie des serpents. Si les techniques pour chasser les serpents se sont affinées avec l'histoire, tout comme celles pour soigner leurs morsures, ces données rappellent, pour les chercheurs, la relation productive qu’ont eue, historiquement, les hommes et ces reptiles.  

 
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