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Le Qatar s'offre les Champs-Elysées... après s'être offert quelques politiques ?

Alors que se déroule ce dimanche le Qatar Prix de l'Arc de Triomphe, de nombreuses bannières en l'honneur de la course hippique recouvrent l'avenue la plus célèbre de Paris. D'habitude, seuls les événements sportifs ont droit à une telle publicité.

Troublante proximité

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Atlantico : Fort de sa croissance économique, le riche émirat du Qatar place ses pions en France depuis une dizaine d’années, notamment dans les domaines économiques, immobiliers, industriels. Surtout, les politiques de tous bords sont choyés par les dirigeants Qataris. Par quels moyens le Qatar réussit à s’attirer les bonnes grâces de certains dirigeants politiques français ? Pourquoi les élus de tous bords, principalement de l’UMP et du PS, sont-ils choyés par cet Emirat ?

Nicolas Beau : Tous les élus ne vont pas à Doha tout le temps mais il y a grand nombre de colloques organisés à Doha. On devrait d’ailleurs s’interroger sur le fait d’être invité tous frais payés par le Qatar. Les relations passent par plusieurs niveaux. D’abord via des relations publiques très sophistiquées à Paris et à Doha. L’ancien ambassadeur du Qatar en France Mohammed Jaham al-Kurawi, désormais ambassadeur du Qatar aux Etats-Unis depuis un an, recevait souvent à l’ambassade à Paris, au Prix de l’Arc de Triomphe et dans les tribunes du PSG depuis que le club appartient au Qatar.

Beaucoup de pays font appel à des lobbyistes et des agences de communication mais la Qatar n’y a pas eu recours car l’ancien ambassadeur faisait des relations publiques remarquables. Il a été un formidable représentant de son pays en France. Il faudra voir ce que cela donne avec le nouvel ambassadeur.

C’est un petit Etat qui a eu pendant des années des gens très francophones comme l’émir, l’ambassadeur, le ministre de la Justice. Ce sont des gens brillants et doués qui ont pu inviter la classe politique a des manifestations publiques. Parallèlement de nombreux élus sont invités lors de colloques. Entre 2005 et 2010 ces colloques avaient un grand intérêt, ils réunissaient des gens de bords différents car il y avait notamment des personnalités du Hamas et des députés israéliens. A partir de 2010 et de 2011 ces colloques ont fonctionné à vide.

La France a longtemps misé sur certains candidats et présidents en Afrique, alimentant ce qu’on appelle « la Françafrique ». Plusieurs années après, le Qatar ne fait-il pas la même chose en pariant sur des jeunes personnalités politiques qui pourraient à l’avenir jouer un rôle politique majeur, comme Manuel Valls ou Arnaud Montebourg ?

Manuel Valls a été deux ou trois fois au Qatar. Avec l’ancien ambassadeur, ils se connaissent depuis longtemps mais ils se sont vus en janvier 2012, juste avant la présidentielle. Manuel Valls a ensuite organisé dans la foulée la rencontre entre François Hollande et le Premier ministre du Qatar à Paris. Le Qatar peut aussi viser des personnalités politiques de troisième plan. Ils ratissent très larges sur les listings.

Les relations parfois proches entre les responsables Qataris et des personnalités politiques françaises ont-elles des conséquences en matière de politique étrangère de la France, voire de politique intérieure ?

La connivence entre certains élus et le Qatar fait que le Parlement a voté à l’unanimité en 2008 l’exonération d’impôts des investissements qataris et les plus-values immobilières. Les élus de gauche ont accepté de voter cette proposition qui à l’époque ne concernait que le Qatar. En raison de liens amicaux ou financiers avec le Qatar, nos dirigeants ont mené des politiques très suivistes. Nicolas Sarkozy ne s’est pas caché d’avoir des liens avec l'émirat. Quand il a quitté le pouvoir en 2012, il est intervenu en prenant position pour ce pays sur le dossier syrien et sur la Coupe du monde. Il s’est aussi prononcé contre l’intervention française au Mali parce que c’était la position du Qatar.

A gauche, l’actuel ministre des Affaires étrangères et la diplomatie du Quai d’Orsay se sont montrés très favorables aux intérêts qataris. En Libye, la diplomatie française soutient Abdelhakim Belhadj, un ancien djihadiste. Laurent Fabius a récemment présenté le Qatar comme un pays moderne. Il s’est déplacé lui-même à l’hôtel parisien Peninsula lors de son inauguration le 1er août. C’est le Qatar qui s’est occupé de la réalisation de cet hôtel.

Le premier accroc a eu lieu lors du plan banlieue. Pour le Qatar ce n’était pas grand-chose mais ça a suscité un grand brouhaha en France, comme s'il achetait les banlieues. Il s’est du coup transformé en fonds pour les PME à la suite de la polémique. Le Qatar a aussi un rôle majeur dans les instances religieuses musulmanes de France.

Le Qatar est-il le seul pays à vouloir s’attirer la bienveillance des dirigeants politiques français ? Comment expliquer qu’il soit le seul Etat à le faire de façon aussi importante ?

On peut citer le cas du Maroc. Ce pays a une puissance et un art extraordinaire de l’hospitalité mais en ce moment les choses ont un peu changé. La diplomatie française est désormais plus axée vers l’Algérie. Dans ces méthodes de séduction le Qatar fait penser au Maroc. Les Saoudiens ne sont quant à eux pas forcément assez doués au niveau des relations publiques. Comme les Emirats Arabes Unis, ils misent plus sur la discrétion.

 
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Nicolas Beau

Nicolas Beau est le fondateur du site Bakchich.info. Ancien journaliste au Canard Enchaîné, il est notamment l'auteur, avec Catherine Graciet, de La régente de Carthage : main basse sur la Tunisie (La Découverte, 2009). Il est actuellement à la tête du site d'informations mondafrique.com

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