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Prostitué(e)s, l'égalité c'est maintenant !

La volonté de la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud Belkacem, d'abolir la prostitution et de pénaliser les clients ne fait pas l'unanimité. Le Syndicat des travailleuses du sexe s'est opposé à ce projet de loi : "On ne veut pas disparaître, et on ne veut pas non plus être sauvées", déclarent-elles. Selon elles, si cette loi ambitionne de mettre fin au "système prostituteur", elle encouragerait finalement la mise en place d'un réseau de prostitution plus difficile à combattre.

Mauvaise idée ?

Publié le

La nouvelle lubie de la ministre aux Droits de femmes, Madame Najat Vallaud-Belkacem, me laisse perplexe. Depuis quelques semaines, la Ministre, soutenue par ses nouvelles amies féministes socialistes a un nouveau cheval de bataille… Abolir la prostitution et « le système prostituteur ».

Outre le côté quelque peu irréaliste et uniquement  symbolique d’une telle mesure, il convient de se pencher sur la situation de la prostitution en France et les conséquences d’une telle décision. Ce projet est  motivé par une dangereuse négation des libertés individuelles d’une catégorie de la population et une volonté d’imposer un  jugement moral de la société sur ces personnes prostituées.

Il est important de rappeler que traiter de ce sujet exige de bien distinguer deux types de prostitution.

Tout d’abord , la prostitution subie qui concerne des femmes victimes de réseaux mafieux, travaillant sous la contrainte morale et physique de proxénètes. Ces victimes de réseaux mafieux sont majoritairement des femmes sans papiers et originaires des pays de l’Est de l’Europe  et de l’Afrique.  Un « délit de proxénétisme » existe déjà a rappelé Christine Taubira, Garde des Sceaux,  et la police travaille à faire reculer ce trafic. Il est évident que des moyens supplémentaires doivent être alloués pour lutter contre ces réseaux mafieux et cette traite indigne et intolérable.

L’abolition de la prostitution aura pour conséquence une plus grande clandestinité de la prostitution. Cette clandestinité servira les intérêts des mafieux et proxénètes que ce projet souhaite combattre… Il augmentera la vulnérabilité, l’isolement, et rendra le travail des associations d’aide aux prostitués plus difficile. Pire que mieux donc.

Le second type de prostitution est une prostitution qui relève de la liberté individuelle. En effet, les prostitués par choix semblent s’être appropriées le slogan féministe « Mon corps m’appartient »  et usent de leur liberté pour faire commerce de leur corps. Autrement dit, en se prostituant elles décident librement de la manière dont elles disposent de leurs corps et personne ne peut remettre en question cette liberté.

Est-il  légitime pour un Etat de légiférer sur des actes sexuels consentis ?

La liberté des prostituées  par choix est très difficile à admettre pour les féministes abolitionnistes. En effet, les prostituées par choix ne se sont ni prostituées suite à des contraintes physiques ou morales, ni aliénées. Il s’agit de personnes majeures, conscientes de leur choix et consentantes. Les travailleuses du sexe aspirent à obtenir des droits, comme tous travailleurs. Elles sont en quête d’égalité…

Aussi, ce projet d’abolition de la prostitution a des conséquences dangereuses pour les travailleuses du sexe comme pour les victimes des réseaux mafieux. La prostitution se déplacera vers Internet mais surtout  vers plus de clandestinité. Le racolage aura lieu dans des zones encore plus isolées et inaccessibles. La pénalisation du client augmentera la pression sur les prostitués qui  prendront plus de risques sanitaires lors de leurs passes et s’exposeront ainsi d’avantage aux infections et maladies sexuelles transmissibles.

Rappelons que ce sujet ne doit pas souffrir de position de principe motivée par le retour d’une morale puritaine et bien-pensante. Les conséquences humaines et sanitaires sont lourdes. Il ne faut ni se voiler la face par pudeur, ni par mépris pour ces populations.

Il est urgent d’ouvrir un chantier sur l’accès des travailleuses du sexe aux droits sociaux (sécurité sociale, retraite). Il convient de reconnaitre leurs droits et leurs devoirs de citoyennes et de travailleuses. L’enjeu est d’éviter de nombreux drames pour des femmes, des hommes et des familles. L’égalité, c’est maintenant ?

 
Commentaires

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  • Par Rosine - 15/07/2012 - 10:16 - Signaler un abus vous êtes sexiste!

    il y a aussi des gigolos, donc arrêtez de dire "travailleuses du sexe"...

  • Par dedroite - 15/07/2012 - 19:40 - Signaler un abus Il y a aussi une autre forme de prostitution qui est légale

    C'est d'être une belle femme plantureuse mariée avec un homme moche et connu pour son fric....Inutile de vous donner des noms.....Et si ça c'est pas de la prostitution, merci de me les couper.

  • Par Maitresse Gilda - 15/07/2012 - 22:59 - Signaler un abus STRASS syndicat du travail sexuel

    Mauvaise idée certes, mais la proposition anachronique de Lydia Guirous de (r)ouvrir les maisons closes ne vaut pas mieux : http://futureaufeminin.org/2012/06/25/encadrement-de-la-prostitution-pour-la-reouverture-des-maisons-closes/ Nous avons déjà à maintes reprises exprimé notre opposition au système règlementariste des maisons closes. Nous revendiquons l'application du Droit commun et refusons toute réglementation spécifique au travail sexuel. NI PROXOS, NI PATRONS : TRAVAIL SEXUEL LIBRE. http://site.strass-syndicat.org/2009/11/reouverture-des-maisons-closes-mise-au-point-sur-la-position-du-strass/

  • Par Decebal - 16/07/2012 - 01:50 - Signaler un abus Laissez nous vivre

    IL non font chiez, il ferait mieux de rétablir notre économie et pas mal d'autres choses. Y en a marre de ces associations qui gouvernent le pays, personnellement je n'ai pas voter pour eux. Il le font exprès ou veulent t'ils vraiment que céans sombre. Qu'on laisse les gens être adultes, il nous prenne vraiment pour des débiles et on continus a voter pour ces clowns. Ne sachant comment rétablir pays et bien comme d'ab. il braille et gesticule en tout sens, comme des poulets sans têtes dont ils ont le cerveaux. Pitié faites votre devoir en gouvernant. Décidément ce pays est soit un asile de fous ou une maternelle.

  • Par ntzsch - 16/07/2012 - 14:19 - Signaler un abus il est évident qu'il faut lutter contre le proxénétisme.

    Mais les limites de la prostitution sont floues. Si l'on considère que tout rapport sexuel rémunéré est un délit, il faudrait logiquement interdire aussi à toute personne de disposer de son corps pour en obtenir une gratification. On ne peut empêcher de jeunes jouvencelles de tomber amoureuses de riches barbons. Et comment éviter qu'une jeune employée ne succombe aux charmes de son chef qui n'est pas forcément vieux et laid ? Et blâmera-t-on une brave ménagère d'être soudain beaucoup plus bienveillante avec son mari parce qu'elle a envie de changer de voiture ?

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Lydia Guirous

Lydia Guirous est fondatrice et présidente de l'association féministe Future, au Féminin et membre de l'UDI. 

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