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Ce projet (plus ou moins) caché de Wolfgang Schäuble qui pourrait doucher les espoirs d'influence de la France sur l’avenir de l’Europe

Selon Yanis Varoufakis, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, souhaiterait exporter la Troïka européenne à Paris. Un tel projet correspondrait à une mise sous tutelle de la France et poserait un véritable problème démocratique.

La Troïka à Paris ?

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Ce projet (plus ou moins) caché de Wolfgang Schäuble qui pourrait doucher les espoirs d'influence de la France sur l’avenir de l’Europe

La Troïka est composée de personnes de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI. Crédit Flickr

Atlantico : Selon Yanis Varoufakis, qui rapporte une conversation qu'il aurait eue avec Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances souhaiterait exporter la Troïka européenne à Paris. Est-ce vraiment son ambition ? Dans quelle mesure les autorités européennes ont-elles profité de la crise économique pour modifier les standards des sociétés européennes ? Avec quelles conséquences ?

Mathieu Plane : En ce qui concerne la volonté d'exportation de la Troïka, il est difficile de répondre dans la mesure où il s'agit d'une conversation off et qu'il n'y a aucune version officielle de Schäuble. S'il a véritablement cette ambition, c'est très inquiétant car ce serait une forme de mise sous tutelle de la France, ce qui poserait un vrai problème démocratique.

La Troïka s'applique pour les pays qui sont sous programme (c’est-à-dire les pays qui ne peuvent plus se financer sur les marchés). Pour ces pays, la Troïka reprend le contrôle de la politique économique en contrepartie de financements. Cela concerne donc des pays en situation d'asphyxie financière. Pour que la Troïka débarque à Paris, il faudrait que la France ne puisse pas se refinancer sur les marchés. On est très loin de cette situation puisque les taux sont historiquement bas et qu'il y a plutôt une appétence pour la dette française. Que la France se retrouve dans une telle situation n'est souhaitable pour personne car cela mettrait l'Europe toute entière en grande difficulté.

Deuxièmement, est-ce que ce sont les autorités européennes qui ont profité de la crise pour modifier les standards des sociétés européennes ou est-ce que c'est la crise économique qui a conduit les autorités européennes à ce type de réponse ? Il me semble que ce sont les réponses aujourd'hui à la crise qui ne sont pas adaptées et qui ont conduit les autorités européennes à renforcer les règles budgétaires au moment de la crise de la dette souveraine. Ce sont les politiques budgétaires surcalibrées avec une austérité extrêmement violente qui ont provoqué la récession de la zone euro en 2012-2013 alors même que d'autres pays en-dehors de la zone euro connaissaient une reprise.

Les orientations de politique économique qui ont été choisies ne se sont pas avérées être les bonnes. On peut tout à fait admettre que des erreurs aient été commises, mais le problème est que les conséquences n'ont pas été tirées : les règles budgétaires ont été renforcées et gravées dans le marbre, ne donnent aucune souplesse et paraissent irréformables quels que soient les éléments de diagnostic apportés et les expériences vécues.

Pour caricaturer, deux visions sur la politique économique s'opposent : d'une part, une grande partie des macroéconomistes montrent que l'austérité a provoqué des dégâts considérables sur la croissance et plaident pour une nouvelle gouvernance européenne plus tournée sur la croissance et moins sur les équilibres budgétaires et d'autre part, une autre vision moins partagée chez les macroéconomistes mais majoritaire chez les gouvernants actuels en Europe qui soutient l'idée que la condition de la croissance est celle des équilibres budgétaires, de la compétitivité à tout prix, etc. Cette seconde position est selon moi une erreur d'un point de vue macroéconomique car elle n'a pas donné de croissance et a plutôt provoqué de la déflation.

Pour le moment, le côté orthodoxe l'emporte et les voix en faveur de solutions nouvelles à la gouvernance qui permettraient aux pays d'avoir des politiques économiques un peu plus souples sont peu entendues.

Quels sont les hommes qui incarnent cette Troïka et détiennent le pouvoir réel en Europe ?

La Troïka est composée de personnes de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI.

Au moment de la crise grecque et du référendum sur l'acceptation ou non du nouveau programme, on a vu une ligne extrêmement dure émerger, notamment avec Wolfgang Schäuble qui a évoqué un Grexit temporaire. Il s'agissait d'une véritable menace consistant à dire "si vous n'acceptez pas ce programme, les conséquences seront terribles d'un point de vue économique et social puisque vous seriez obligés de quitter l'euro". Dans ce cadre-là, l'euro n'est plus démocratique puisque finalement, les citoyens grecs qui souhaitaient rester dans l'euro n'avaient d'autre choix que d'accepter le programme de la Troïka pour y rester. Le débat budgétaire (ou celui des finances publiques) a été assimilé à celui sur la question du maintien ou non dans une monnaie. Les conditions de la Troïka étaient terribles et forçaient quasiment à accepter le deal sans aucune possibilité de négocier. Si les citoyens grecs avaient la certitude que la Banque centrale continuerait à financer leur système bancaire et qu'ils pourraient rester dans l'euro, les conditions de négociation seraient certainement différentes.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 16/06/2016 - 12:49 - Signaler un abus Poubelles de l'Histoire

    Même le FMI et Christine Lagarde ne sont pas d'accord. Juncker, Merkel et son ministre des finances vont bientôt rejoindre les poubelles de l'Histoire !

  • Par Oyentin - 16/06/2016 - 17:30 - Signaler un abus Pas de problème:

    La Troika à Paris et la Légion à Berlin!

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Mathieu Plane

Directeur adjoint du Département analyse et prévision à l'OFCE

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