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Projet de loi de Finances 2019 : la double épreuve de vérité

Le projet de loi de finances pour 2019 sera présenté ce 24 septembre en conseil des ministres dans un contexte de ralentissement de la croissance qui pourrait peser sur les arbitrages à réaliser.

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Projet de loi de Finances 2019 : la double épreuve de vérité

 Crédit ludovic MARIN / POOL / AFP

Atlantico : Dans quelle mesure ce PLF 2019 pourrait représenter une épreuve de vérité politique pour Emmanuel Macron ? 

Philippe Crevel  : La loi de finances pour 2018 a été adoptée, l’année dernière, quelques semaines après l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Son élaboration et sa discussion sont intervenues en plein nirvana post électoral. En outre, la croissance donnait l’impression qu’un nouveau monde économique prenait forme. Un an plus tard, le climat n’est plus le même. Après avoir été encensé, le Président est rappelé à la dure réalité des lois anciennes de la politique. Il est confronté comme ses prédécesseurs à la versatilité de l’opinion qui passe de l’amour à la haine en quelques instants.

La croissance semble, par ailleurs,  se dérober sous ses pas. Il est rattrapé par un train de problèmes en tout genre. Le projet de loi de finances, le 2e de l’ère « Emmanuel Macron » est celui du cœur du mandat. Si celui de 2017, construit dans l’euphorie de la victoire, comportait encore les marques de l’ancienne majorité, le projet de loi de finances pour 2019 est censé, à mi-mandat, être l’expression pleine et entière de la volonté du Président. Mais, depuis mai 2017, que de mois perdus, que de tergiversations sur le sens de la politique à tenir.

Le budget est non seulement un document comptable mais aussi une feuille de route fixant les priorités, les objectifs de l’Etat. Le Président s’est engagé à réduire le poids des dépenses publiques, le montant des prélèvements obligatoires, le déficit et la dette. Pour atteindre ses objectifs, il avait indiqué qu’il diminuerait les effectifs de la fonction publique d’Etat de 50 000, qu’il redessinerait les modes d’actions de l’administration. Or, pour 2018, c’était trop tôt. Seulement 1600 suppressions de postes avaient été prévues sur un total de plus de deux millions d’emplois publics au sein des services de l’Etat. Autant dire, rien, même pas l’épaisseur du trait. Pour 2019, le nombre de suppressions d’emploi serait limité à 4500 postes. Une accélération des suppressions est prévue en 2020 quand le train des élections aura démarré. 

Vis-à-vis de la conjoncture, Emmanuel Macron chausse les souliers de François Hollande en comptant sur les fruits de l’expansion pour mener sa politique de réforme. Il a espéré que la croissance lui permettrait tout à la fois de respecter les engagements européens de la France et qu’elle lui donnerait des marges pour financer ses promesses les plus coûteuses comme l’exonération de la taxe d’habitation ou la restauration d’un service national.

Face à la raréfaction des marges de manœuvres, les arbitrages à réaliser sont plus tendues. Le gouvernement est contraint de réaliser quelques coupes sur le ministère des sports, sur l’emploi administratif à l’Education nationale ou à Bercy qui sert depuis de nombreuses années de variable d’ajustement pour les effectifs budgétaires.

L’équation budgétaire 2019 sera d’autant plus complexe que l’intégration du CICE dans la grille des cotisations sociales occasionnera un surcroît temporaire de dépenses d’où l’idée de ne plus compenser intégralement toutes les exonérations de charges que décide l’Etat. Le déficit budgétaire, surtout si le ralentissement économique se confirme devrait se rapprocher à nouveau des 3 %. La dette devrait en outre se rapprocher de la barre symbolique des 100 %. 

Erwan Le Noan : Les budgets sont toujours des épreuves de vérité, à double titre : d’abord, parce qu’ils révèlent quelles sont les préférences arbitrées par le Gouvernement (s’il préfère dépenser pour telle ou telle politique) ; ensuite, parce qu’il permet de cristalliser l’équilibre politique du parlement.

Le projet de budget du gouvernement pour 2019 devra d’abord être jugé sur son contenu. Il joue une partition délicate. D’abord, parce qu’il est attendu sur les questions sociales : une partie de l’opinion souhaite qu’il donne des preuves de son attachement aux personnes les plus fragiles. Ensuite, parce qu’il est également attendu sur une la maitrise des dépenses publiques et la réforme de l’Etat, qui sont des enjeux économiques et sociaux majeurs. Enfin, les réformes économiques qui ne seront pas lancées maintenant ne produiront probablement pas leurs effets avant la fin du mandat.

Le budget est également – et il ne faut pas l’oublier, un moment politique très important. Il sera intéressant de voir comment la majorité agit pendant les débats, au sein du groupe LaRem mais également dans ses relations avec ses alliés comme le Modem. Il sera également intéressant de surveiller le vote, en décembre. On considère généralement que c’est ce qui détermine l’appartenance à la majorité ou à l’opposition. Comment se comporteront les groupes ? Comment votera le groupe Agir-UDI ?

 
Commentaires

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  • Par cloette - 24/09/2018 - 07:52 - Signaler un abus C'est pire que ça

    qui fait que ce quinquennat semble plombé , pesant et sans joie .Sinistrose......

  • Par vangog - 24/09/2018 - 10:04 - Signaler un abus Hé ho, Mosco-le-vicieux!

    100% de dette budgétaire, c’est très loin des 60% prévus par Maastricht, non? 26 ans, déjà...26 ans de politique gauchiste qui échoue...et puis, on sait que lorsque un socialaud prévoit 3% de déficit budgétaire, il sera plus proche des 4% de déficit, tout compte fait des dérives inévitables et prévisibles du socialaud-macronisme...pas dans les clous de Bruxelles, ça non plus! « Alors, vous la lancez la procédure de déficit excessif contre vos ex-amis socialauds, ou vous préférez vous concentrer sur les assistants parlementaires de Marine Le Pen? » ah ben, c’est plus facile, c’est certain...

  • Par lazycat - 24/09/2018 - 10:17 - Signaler un abus Rien a l'horizon

    Rien sur la dépense publique, rien sur l'immigration, rien sur la sécurité. Et des décisions stupides comme la fin de la taxe d'habitation, le prélèvement a la source, la CSG. Et toujours plus de contrôle étatique sur l'unedic, sur les retraités, etc etc

  • Par lasenorita - 24/09/2018 - 10:36 - Signaler un abus Nous sommes les champions du monde des pays...

    les plus taxés:266 impôts et charges empoisonnent la vie des Français voir http://www.jeanmarc-sylvestre.com/voici-la-liste-des-226-impots-et-charges-qui-empoisonnent-la-vie-des-français....les personnes les plus pauvres et les retraités vont perdre 3 milliards d'euros en pouvoir d'achat en 2019 voir https://www.huffingtonpost.fr/2018/09/23/ces-dix-mesures budgetaires-qui-vont-affecter-votre-pouvoir-dachat-en-2019_a_23539133/?xtor=AL-32280680 nos revenus ont été ponctionnés de 4,5 milliards d'euros de plus en 2018 pour entretenir une bande de ripoux et des terroristes musulmans..et notre ''sécurité'' ne s'améliore pas,bien au contraire elle empire avec ces arrivées de clandestins musulmans terroristes!..

  • Par Bobby Watson - 24/09/2018 - 10:44 - Signaler un abus Le conditionnel

    Pourquoi Erwan Le Noan emploie-t-il le conditionnel , en faisant semblant de croire aux promesses démagogiques de Macron ? Que lui faut-il pour ouvrir enfin les yeux sur l'imposture qui consiste à dire tout et son contraire ? Ce qui est non seulement malhonnête mais stupide en matière économique ...

  • Par jc0206 - 24/09/2018 - 11:12 - Signaler un abus Ils ont la tête ...

    De deux mecs plantés. Attendons nous à des jours difficiles.

  • Par gilbert perrin - 25/09/2018 - 17:40 - Signaler un abus à JC 0206 ...

    je ne sais pas si vous avez raison ??? je doute des électeurs ??? nous les retraités nous les subissons déjà ces jours difficiles !!! Les petits et moyens retraites n'en peuvent plus ? QUE FAIRE, on tchatche et çà s'arrête là ? comment s'en sortir ? il parait que ce n'est pas simple même avec les malfaçons de MACRON et sa BANDE, il parait que la solution n'existe pas … et, on continue, les félons LEMAIRE et compagnie, ont récolté la façon de s'exprimer de SAPIN qui nous faisait croire mois après mois que l'emploi s'améliore et au final, il nous l'a rendu détérioré complètement.. Puis vint MACRON et sa bande avec des spécialistes du langage "langue de bois" et des promesses inconsidérées et irréalisables !! orchestrées par ZORRO le prestidigitateur ? malheureusement sa baguette magique ne fonctionne pas. Malgré cela, GRIVAUD CASTANER et les AUTRES continue comme sapin en permanence à nous faire croire au MIRACLE. Ils nous disent avec l'AUGMENTATION des DEPENSES PUBLIQUES, tout va s'arranger??? Bien sur, les français d'en bas (certains surtout qui ne sont pas fonctionnaires ?) vont devenir les nouveaux esclaves, l'immigration va les remplacer au moindre cout ! conclusion à suivre...

  • Par gilbert perrin - 25/09/2018 - 17:56 - Signaler un abus et bien la voilà MA CONCLUSION...

    Pour certains, ce sera peut être un scoop … j'estime que tout le monde doit l'entendre… En période de campagne électorale c'est URGENT : il faut envoyer au parlement des COSTAUDS, des gens qui savent réfléchir, comprendre, s'exprimer et combattre la bande à MACRON qui va se composer de députés de la valeur des bénis oui oui qui l'entourent au gouvernement et au parlement français… qui ne sont là pour la plupart que par intérêt personnel et sont les serviettes du président… mais le président sachez le, ce n'est pas la FRANCE qui l'intéresse mais l'EUROPE ?? facile à comprendre ce sera une issue de secours malheureusement ? pour lui ?, les autres pays freinent de toutes leurs forces et l'EUROPE (celle là) est malade et ne se relèvera jamais sans revoir ses institutions fédérales … Etes vous européens ? moi je suis français d'où ma réaction de résistant …. Réfléchissez bien à ces lignes … BATTEZ vous pour que les ELUS à VENIR forment une OPPOSITION forte à la DICTATURE de MACRON. BATTONS nous pour que ZORRO n'atteigne JAMAIS la réalisation de son REVE. J'ose croire et espère que son rêve s'arrêtera à la FRANCE et s'arrêtera le plus tout possible, l'heure est GRAVE ? OPPOSITION

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Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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