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Les progrès de l'empire du moralisme

Atlantico a demandé à ses contributeurs leur vision de l’année où la France a vécu de nombreuses surprises et rebondissements et est entrée dans l’ère Macron. Avec le scandale Fillon, et le mouvement #balancetonporc, Eric Deschavanne rassemble ces grands moments de l'année achevée sous la bannière de l'avènement irrésistible d'un moralisme étriqué.

2017, l’odyssée de la fin du monde d’avant

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Les progrès de l'empire du moralisme

L’année 2017 en France aura été marquée à mes yeux par deux tornades médiatiques, l’affaire Fillon et le #BalanceTonPorc. Dans l’un été l’autre cas, elles sont l’expression d’une lame de fond idéologique. Elles illustrent même sans doute la modalité contemporaine de l’égarement idéologique, dans la mesure où l’idéologie, à l’ère de la société des médias, tend à se réduire à un moralisme étriqué. 

L’élection présidentielle fut évidemment l’événement de l’année. Et l’affaire Fillon, l’événement dans l’événement. Jamais dans l’histoire de la Ve République, un abus de pouvoir si dérisoire n’aura aussi promptement déclenché un mécanisme médiatico-judiciaire susceptible de faire basculer en quelques jours le destin politique du pays. A juste titre, l’épisode contribue à glorifier le rôle démocratique des médias et de la justice, crédités du pouvoir d’accroître la transparence de la vie publique et de relayer l’exigence morale du public. 

Tout a été dit ou écris sur les fautes et les erreurs de François Fillon et sur les facteurs qui ont influé sur l’issue de l’élection présidentielle.

Mon propos n’est pas de revenir sur ce sujet mais de souligner le fait – peu contestable et peu contesté - que le débat électoral aura été totalement tronqué par le buzz moralo-médiatique. C’est évidemment le point qui fait problème : compte tenu de la réalité du jeu médiatique, dans lequel l’info qui fait l’actu, envahissant tout l’espace, tue toutes les autres, le débat sur la moralité des candidats se substitue nécessairement à celui sur l’avenir politique du pays. Entre la morale et la politique, autrement dit, il faut choisir et ce choix nous l’avons fait, malgré nous peut-être, mais nous l’avons fait puisque, désormais, les juges ne font que suivre les médias, lesquels ne font que se soumettre aux passions du public. 

Pouvons-nous à tout le moins nous réjouir des progrès de la « moralisation de la vie politique » ? Peut-être mais rien n’est moins sûr. Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet des rapports entre morale et politique, que les questions d’argent n’épuisent pas. Force est cependant de constater, comme on a pu le voir aux lendemains de l’élection, que l’élévation du niveau d’exigence morale, fort logiquement, ne se traduit pas par moins de scandales (réels ou supposés), mais à l’inverse par leur multiplication. Quelles que soient les règles, il y aura toujours quelques petits arrangements entre amis qui, dès lors qu’ils seront dévoilés, occuperont toujours davantage l’espace médiatique. Avec une conséquence qu’il faut admettre comme elle aussi logiquement nécessaire : la meilleure manière d’éliminer un adversaire politique, un rival ou un allié encombrant consiste à lui mettre sur le dos une affaire de corruption, fût-elle dérisoire. Nihil novi sub sole : les vieilles pratiques de manipulation de l’opinion reviennent au goût du jour, jouant habilement de la passion morale du public. L’avenir politique appartient donc plus que jamais aux forts et aux habiles. 

 
Commentaires

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  • Par Le gorille - 01/01/2018 - 10:38 - Signaler un abus Ben mon cochon !

    Atlantico... il existe des correcteurs orthographiques... S'ils ne sont pas fiables à 100%, ils auraient plu enlever une bonne majorité de fautes, que j'ai renoncé à décompter... Y a des progrès à faire !

  • Par kelenborn - 01/01/2018 - 12:55 - Signaler un abus Oui Le Gorille

    mais.... c'est peine perdue!!! cela a été dit 107 000 fois et Ferjou s'en tamponne! La qualité de l'instrument mis à disposition des lecteurs tient de la cabane au fond du jardin bien connue de Lalanne! A Causeur , où les contributeurs sont, à l'exception de Levy, nuls à chier, il y a un instrument où on peut...aller à la ligne , et mettre des photos! Ici, même un chien bouderait la gamelle! D'ailleurs il y a un mystère : le nombre d'intervenants sur les forums ne doit guère excéder la centaine en cumulé!!! Cela signifie-t-il que le nombre de lecteurs n'est pas si important ou alors que les lecteurs n'ont pas envie d'écrire sur une table de cuisine encombrée ?

  • Par kelenborn - 01/01/2018 - 13:39 - Signaler un abus Bon

    L'auteur a tout à fait raison et il n' y a rien à ajouter...si ce n'est que la première chose est de balayer ses propres écuries! si on prend ce modeste espace habité par les descendants et descendantes des Tricoteuses de la Révolution ( celles qui braillaient "à mort" ) en faisant de la couture aux pieds de la guillotine, combien n'étaient pas ravis à l'idée de pouvoir s'offrir qui un filet mignon, qui un pâté de tête ? Pour ne prendre que l'exemple de Kassovitz, que n'a -t-on lu , entre Lasenorita de mes fesses qui voulait l'envoyer en Hongrie et d'autres qui hurlaient à l'honneur perdu de la police!!! Comme si parce que la police était une cible des barbus, 24 flics mobilisés pour récupérer une barrette de shit, c'était digne des exploits de Bayard...alors oui....j'ai peur que ces gens là ne s'améliorent guère en 2018!

  • Par Deudeuche - 01/01/2018 - 15:17 - Signaler un abus @kelenborn

    Petite famille cet Atlantico! Sinon les tricoteuses faisaient du tricot (clic clic les aiguilles) et pas de la couture (fil et aiguille, point de croix). J’ai dit ça j’ai rien dit, bonne année.

  • Par kelenborn - 01/01/2018 - 16:23 - Signaler un abus oh oh deudeuche

    je vois que zêtes un spécialiste!!! Alors sans plus tarder, avis à la cantonade! si vous avez perdu un bouton de braguette, si vous avez besoin d'un cache-col pour emmitoufler biquette! une seule adresse Dedeuche !!! Au fait , j'ai écrit cela simplement parce que je ne suis pas certain qu'elles tricotaient à chaque fois! Fallait bien aussi qu'elles recousent le fond des frocs de leur Jules , à moins qu'il n'ait été vraiment sans culotte!

  • Par Deudeuche - 01/01/2018 - 17:55 - Signaler un abus @kelenborn

    Sujet révolutionnaire !

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Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

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