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Produire en France : là où ça peut marcher, là où ça relève du gadget marketing, là où c'est contre-productif

Ce jeudi 14 septembre, le ministre de l'économie Bruno Le Maire s'est rendu à rendu à Reims dans le cadre du "Produire En France", initiative visant à promouvoir le Label Origine France garantie.

Made in France

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Produire en France : là où ça peut marcher, là où ça relève du gadget marketing, là où c'est contre-productif

Atlantico : Dans quelle mesure de telles initiatives peuvent-elles avoir du sens, et quelles en sont les limites ?

Jean-Marc Siroen : La promotion du « Made in France » est presque devenue un rituel et un des prédécesseurs de Bruno Lemaire, Arnaud Montebourg, en avait fait, si l’on ose dire, sa marque de fabrique. Les médias se sont d’ailleurs emparés du thème et le Made in France est maintenant un « marronnier » qui revient périodiquement dans les enquêtes journalistiques. Mais quel est le but poursuivi ? Labelliser un produit dont on suppose que son origine française est un gage de qualité, ce qui est un plutôt la logique du Label Origine France Garantie de l’AFNOR ou jouer sur les cordes sensibles du patriotisme économique, le « made in France étant supposé favoriser le maintien d’emplois industriels en France.

Sans doute les deux répondra-t-on mais les logiques ne sont pourtant pas identiques, même si elles visent finalement à faire accepter aux consommateurs un prix plus élevé que celui de la concurrence des produits importés. En effet la garantie de qualité ne se superpose pas automatiquement à la garantie d’origine, car l’origine française n’implique pas en soi un gage de qualité. Il faut d’ailleurs bien remarquer que le patriotisme économique qui apparaît derrière le « Made in France » serait trompeur si le consommateur devait penser que c’était toute la chaîne de production qui était basée en France, de la matière première au produit final. En fait, le label « origine France Garantie » n’impose une origine française que pour 50% du prix de revient ce qui est plutôt inférieur à la moyenne de la production française… D’ailleurs le « Made in Germany », supposé valider le statut de qualité de l’industrie allemande ne fait pas mieux car, plus que la France, ce pays a délocalisé, dans les pays de l’Est notamment, de nombreux fragments de sa production automobile. Le « Made in Germany » est en réalité un « Made in Europe » voire un « Made in the World ».

Rémi Bourgeot : En premier lieu ce type de démarche s’inscrit dans la prise de conscience en cours depuis une dizaine d’années en en ce qui concerne la question de la relocalisation productive ; ce qui est très positif. De plus le label en question vise à contrer certains artifices. Dans le cas de la notion de « made in France » il suffit grosso modo que la dernière touche du produit ait été apportée en France tandis que le label Origine France garantie est plus contraignant, puisqu’il vise au moins une moitié de la valeur ajoutée générée en France.

Par ailleurs, on constate une véritable sensibilisation d’une partie des consommateurs à l’origine du produit. Cela s’est dans un premier temps concentré sur l’alimentation, à la suite des scandales sanitaires en tous genres, puis le phénomène s’est étendu à une large palette de produits.

 
Commentaires

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  • Par cauchoise - 15/09/2017 - 10:05 - Signaler un abus Mieux que rien

    Que le "Made in France" ne soit qu'à 50% d'origine française, je veux bien l'admettre, et c'est déjà ça pour donner du travail à nos concitoyens. Ce qui me gêne, c'est le 100 % "Made in PRC" qui a envahi nos rayons.

  • Par jean-marc.siroen@dauphine.fr - 15/09/2017 - 17:56 - Signaler un abus Réponse à Cauchoise

    Je n'ai pas l'habitude de répondre aux commentaires sur mes interventions mais il me parait utile de dire amicalement à Cauchoise qu'elle se trompe sur l'origine des produits "made in PRC" qui ont un contenu en emploi chinois très faible en moyenne. Lorsque Cauchoise achète une tablette Apple Made in PRC c'est bien plus de l'emploi américain, coréen, japonais voire français (insuffisamment, sans doute) qu'elle importe que de l'emploi chinois. C'est bien d'ailleurs le pari actuel de la Chine de faire plus de "Made in China" dans les produits qu'elle exporte !

  • Par assougoudrel - 16/09/2017 - 04:46 - Signaler un abus Bruno Le Maire est allé aussi

    à Reims pour y faire d'une pierre deux coups. Promouvoir le Made in France, boire du champagne gratis et passer sa (?) commande pour les fêtes de fin d'années.

  • Par cauchoise - 16/09/2017 - 09:40 - Signaler un abus Réponse à l'auteur

    Je vous remercie d'avoir pris le temps de me répondre. Je sais bien qu'il y a encore de l'emploi européen et américain dans les produits made in China, heureusement d'ailleurs, je voulais simplement dire que le textile avait pratiquement disparu de notre pays, que les usines fabriquant des composants électroniques avaient déménagé, je ne parle pas des chaussures, de nombreux meubles et même de l'alimentaire ... et qu'il n'y a pas que la Chine de concernée. Tout ce qui est "délocalisé" ne fait plus travailler les français. Mais vous savez très bien tout ça.

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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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