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Procrastination : pourquoi sommes-nous toujours plus nombreux à tout remettre au lendemain ?

95% de la population mondiale serait atteinte de procrastination. Education, manque de confiance en soi, perfectionnisme... d'où vient cette tendance à tout remettre au lendemain ?

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Publié le - Mis à jour le 28 Août 2012
Procrastination : pourquoi sommes-nous toujours plus nombreux à tout remettre au lendemain ?

Remettre au lendemain : la procrastination est un phénomène qui semble toucher une part grandissante de la population. Crédit Reuters

Repousser, remettre au lendemain : la procrastination est un phénomène de plus en plus connu, qui semble toucher une part grandissante de la population. Ce n'est pas qu'une impression, selon le spécialiste Piers Steel : "à l'époque d'Internet, des jeux vidéos et des réseaux sociaux, il est plus difficile que jamais de rester concentré à sa tâche et d'éviter les distractions", a-t-il expliqué à Inside Higher Ed.

Professeur à la Haskayne School of Business de l'Université de Calgary, Piers Steel a mené une large recherche a ce sujet et a abouti à une estimation inquiétante : 95% de la population mondiale serait victime de procrastination un jour ou l'autre. Et selon le professeur Joseph Ferrari de l'Université de DePaul à Chicago, 20% de la population mondiale est atteinte de procrastination chronique.

D'après ce spécialiste, il ne s'agit pas d'un problème de gestion du temps : les personnes qui sont sujettes à ce phénomène savent parfaitement évaluer les délais. Simplement, elles choisissent de ne pas les respecter. Il s'agirait selon lui davantage d'un problème de self-contrôle et d'autorégulation. D'ailleurs, les procrastinateurs ont aussi tendance à boire davantage d'alcool que la moyenne, ce qui est un signe de manque d'autorégulation.

Dans Psychology Today, Ferrari explique également que la procrastination trouve sa source dans l'éducation. C'est un phénomène acquis et non inné, qui trouve souvent son origine dans une éducation autoritaire. Un père dur et enclin au contrôle provoquerait chez ses enfants une difficulté à se réguler, "à internaliser leurs propres intentions et donc à apprendre à agir sur elles".

Selon Piers Steel, auteur du livre L’Équation de la procrastination, le phénomène aurait trois racines principales, qui correspondent toutes à un manque de motivation. La motivation serait en effet le contraire absolu de la procrastination. Le manque de motivation pourrait provenir de trois sources. Tout d'abord, des problèmes d'anticipation et un manque d'espoir dans sa propre réussite : le procrastinateur s'attend à échouer dans sa tâche, et donc il ne l'accomplit pas. Il s'agit d'une forme de manque de confiance en soi. Cette hypothèse est partagée par Joseph Ferrari, qui remarque que les procrastinateurs cherchent parfois activement des distractions, qui sont un moyen pour eux de réguler leurs émotions et d'oublier leur peur de l'échec.

Il peut aussi s'agir d'un manque de considération pour l'activité en question : si ce travail n'a pas de valeur, pourquoi l'accomplir ? Enfin, étonnamment, un excès d'impulsivité peut aussi mener à la procrastination, selon les recherches de Piers Steel : "Les personnes qui agissent sans réfléchir, qui sont incapables de garder leurs sentiments sous contrôle, qui agissent par impulsion, sont aussi celles qui procrastinent."

Pourquoi ? Parce que le plaisir ne saurait attendre, contrairement aux autres obligations. Pas question d'attendre une gratification différée en s'attelant à une difficile besogne pour espérer, plus tard, être récompensé. Plutôt que de réviser pour un examen, les impulsifs préfèrent se jeter immédiatement sur les plaisirs faciles, comme regarder la télévision. La tentation du présent est trop forte, et quand bien même le plaisir de réussir un examen serait plus intense, il reste trop éloigné.

Ainsi, les personnes atteintes de "Troubles du déficit attentionnel" (ou ADHD) sont particulièrement sujettes à la procrastication. Ces personnes présentent un déficit de concentration, souvent associé à une hyperactivité : elles ont toujours trop de choses en tête, en trop de choses à faire. Un défaut qui est encore accentué si, pour couronner le tout, vous devez attendre longtemps avant de bénéficier des récompenses et autres bénéfices liés à l'accomplissement de la tache. C'est le facteur "délai" : plus la récompense risque de se faire attendre, plus la tache est retardée par le procrastinateur impulsif, qui – paradoxalement - déteste attendre.

La combinaison de ces différents facteurs à parmi à Steel d'établir sa fameuse "équation de procrastination" : "Motivation = (Espoir x Valeur)/ (Impulsivité x Délai)". Comme l'indique la formule, plus l'espoir de réussite et la valeur accordée à la tache sont faibles, plus grande sera la procrastination. Plus grands seront l'impulsivité et le délai avant la récompense, plus la tendance à la procrastination augmentera.

 

 
Commentaires

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  • Par ciceron - 27/08/2012 - 22:51 - Signaler un abus Procrastinateur Normal 1er dit le Nain alias

    Le Résident ? Cet article est tout le portrait du gouvernement socialo-bobo-cocus. Il faut le relire en pensant à eux. Instructif. Il a dit "le changement c'est maintenant" mais il remet tout à demain. "Bien qu'ils mettent de coté quelque chose de potentiellement important, leur façon de ne pas faire la chose importante est de faire autre chose. Comme par exemple lire au lieu de terminer leur rapport à temps. Malgré tout, ces personnes culpabilisent à l'idée d'être des procrastinateurs et ennuient souvent leur entourage." Il ne fait pas que nous ennuyez, il nous em....bêtent aussi. 20% de la population mondiale est atteinte de procrastination chronique ? En France ils sont 51%. Les Veaux ! Plutôt que de réviser pour un examen, les impulsifs préfèrent se jeter immédiatement sur les plaisirs faciles... avec Valou 3 semaines en vacances ? le procrastinateur s'attend à échouer dans sa tâche, et donc il ne l'accomplit pas. Il s'agit d'une forme de manque de confiance en soi. Tout est dit. Pas mieux ! Bel article !

  • Par ghislfa - 28/08/2012 - 00:02 - Signaler un abus OK

    Il est vrais que nous tous, hommes et femmes, avons tous de fortes chances d'être cocus. Ce n'est pas une raison pour nous réjouir, le nombre des gagnants du loto n'en est pas plus grand pour autant. La preuve que çà ne rend pas veinard. Quant aux 51% que vous vous permettez apostropher d'un ton si cavalier, ils n'ont pas remis à demain le moment de se débarrasser de celui qui ne leur plaisait pas. Pour le reste, on verra. Il y a bien des choses à faire, autant ne pas s'attarder en procrastinant à insulter ses semblables.

  • Par orphea - 28/08/2012 - 07:00 - Signaler un abus en effet....

    Excellent commentaire et très bonne analyse Cicéron! J'applaudis

  • Par totor101 - 28/08/2012 - 10:55 - Signaler un abus les causes ?

    bien sur l'éducation .... mais aussi la vie dans un environnement hyper protégé ou toutes les décisions viennent "d'en haut" et ou le formalisme règne en maître

  • Par LeditGaga - 28/08/2012 - 13:43 - Signaler un abus Différé...

    Je voulais faire un commentaire mais, finalement, je reporte celui-ci à demain ! (*_*)

  • Par azerty0 - 28/08/2012 - 21:53 - Signaler un abus "Malgré les apparences, ils

    "Malgré les apparences, ils seraient même assez organisés, ou plutôt, selon son vocabulaire, structurés." Je crois qu'il a trouvé la solution tout seul le grand garçon. Mais il l'a trouvée sans le savoir. C'est effectivement parce que ces personnes sont organisées et structurées qu'elles préfèrent attendre parfois plusieurs jours afin de bien organiser ce qu'elles doivent faire. On peut très bien attendre pour faire quelque chose mais ça ne signifie pas que l'on y pense pas.

  • Par vangog - 28/08/2012 - 23:22 - Signaler un abus Procrastination, oui je m'y soumet!

    mais toujours vers la Mecque...

  • Par LeditGaga - 29/08/2012 - 08:18 - Signaler un abus @Vangog

    Excellent, il existe effectivement des individus qui pratiquent religieusement la procrastination, c'est net !

  • Par Ganesha - 29/08/2012 - 08:39 - Signaler un abus Perfectionnisme ?

    Il est exact qu'en laissant passer une ou plusieurs nuits, on a souvent au matin, de nouvelles idées, de nouvelles solutions pour un problème... Ou bien, un évènement nouveau vient tout changer ! La procrastination serait donc une forme de perfectionnisme ? Ou, un espoir de jours meilleurs ?

  • Par phidias - 30/08/2012 - 00:31 - Signaler un abus Allez donc savoir...

    On ne peut même pas s'aider des dictons car comment choisir entre: - Il ne faut jamais remettre au lendemain ce que l'on peut faire le jour même et - La nuit porte conseil...

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