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Primaire Républicaine : pourquoi l'establishment Républicain pourrait gagner à voir Donald Trump l'emporter

Après avoir bousculé l'establishment républicaine, Donald Trump est en train de la retourner à sa faveur. Mais les raisons ne sont pas sans arrières pensées politiques car le parti pourrait finalement y trouver son compte tandis que son trublion serait, si l'on en croit les sondages, en passe de mettre K.O ses adversaires lors du vote du Super Tuesday.

Volte-face

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Primaire Républicaine : pourquoi l'establishment Républicain pourrait gagner à voir Donald Trump l'emporter

A quelques jours du Super Tuesday, les attaques des candidats républicains se concentrent avec de plus en plus de virulence sur Donald Trump. Comment se manifestent-elles et qu'elles explications en donner ?

François Durpaire : Effectivement les attaques visent Donald Trump avec une agressivité de plus en plus grande.
Il faut dire que celui-ci est en train de s'envoler dans cette primaire. Il reste sur 3 succès de rang et a réalisé dans le Nevada le score cumulé de ses deux poursuivants. Par ailleurs, les sondages le donnent vainqueur dans pratiquement tous les états du Super Tuesday. Pour ces raisons, on observe une forme de radicalisation de la campagne.
 
L'agressivité vient tout d'abord de Ted Cruz qui cherche à faire comprendre aux Américains qu'il est le vrai conservateur. Il a notamment sorti dans le Nevada des arguments visant à contester l'orthodoxie conservatrice de Donald Trump. En ce qui concerne l'autre candidat, Rubio, on ne s'attendait pas à des propos aussi durs. Il a assimilé Trump à un voleur de montre. Rubio a aussi critiqué l'hypocrisie d'une personne qui a fait de l'immigration clandestine son cheval de bataille tout en embauchant selon lui pour la construction de sa Trump Tower des immigrés clandestins. 
Cette radicalisation de la campagne républicaine est liée à une situation bien particulière : Donald Trump est en passe de gagner ses deux "fronts" mardi. En effet, dans le cadre du Super Tuesday, il y a deux types d'Etat, et donc deux "fronts". D'un côté, on retrouve les États conservateurs avec des proportions importantes d'évangélistes et de chrétiens conservateurs. Ces États sont normalement promis à Ted Cruz sur le papier. Il s'agit du Texas (l'Etat de Ted Cruz) et tout autour de l'Arkansas, de l'Oklahoma, du Tennessee ou encore de l'Alabama. Face à ces États du Sud, nous avons pour cette élection de mardi les États du Nord et du Nord-Est (le Vermont, le Massassouchets et la Virginie). Ces États, composés d'une majorité de cols blancs, sont promis naturellement à Rubio. Or, si les sondages ne se trompent pas, et ils ne se sont pas trompés jusqu'à présent, Donald Trump l'emporterai assez étonnamment sur ces deux "fronts". 
Cette situation est inédite car il faut se rappeler qu'il y a quatre ans, Mitt Romney avait effectivement remporté les États du Nord mais il avait perdu face à Rick Santorum les États du Sud. Donc cette radicalisation de la campagne est aussi liée au fait que Trump  est en passe de tout gagner lors du Super Tuesday, ce qui mettrait K.O ses deux poursuivants. Cela ressemblerait en effet au chant du cygnes pour ses deux concurrents les plus sérieux.
 

Le cardinal Burke a lui aussi été récemment très virulent avec Donald Trump. Que nous dit cette attitude de l'inquiétude que soulève de plus en plus la candidature de Trump ?

Il faudrait aussi citer la sortie de Romney, qui était le candidat républicain lors de la dernière présidentielle, sur les impôts. Il affirme qu'il y aurait une bombe dans la fiche d'impôts de Trump, à savoir que ce dernier éluderait la question de ces impôts non pas parce qu'il aurait fraudé mais parce qu'il ne serait pas aussi riche qu'il l'affirme. D'un point de vue franco-français, cette remarque est assez surprenante car c'est plutôt l'inverse. On se méfie des politiques qui déclarent moins que ce qu'ils ont. 
 
La question à se poser est de comprendre pourquoi cet establishment des Républicains à peur d'une éventuelle élection de Trump. Il y a trois raisons principales permettant d'expliquer cette inquiétude. La première est que Trump n'est pas un orthodoxe, ni sur le plan des idées, ni sur le plan de son parcours. En ce qui concerne les idées, ce candidat est relativement à gauche dans son parti. Il n'y a pas dans ses discours la cohérence de la ligne des Républicains. C'est particulièrement vrai du point de vue de sa politique étrangère. Pour ce qui est de son parcours, il a d'abord été démocrate avant de devenir républicain. Ensuite, il a rejoint le Parti de la Réforme des Etats-Unis avant de redevenir démocrate sous George Bush puis indépendant et de nouveau républicain. C'est un parcours on ne peut plus sinueux. Donc ni ses idées, ni son parcours ne sont un gage d'orthodoxie républicaine. 
 
Deuxième aspect, encore plus fort, Donald Trump se présente comme le candidat de l'anti-système. L'establishment républicaine ne peut donc que se sentir visée par ses attaques contre la politique au sens large. D'ailleurs Trump dit bien qu'il n'est pas un politique. On n'a jamais été aussi loin dans la possibilité d'un candidat perche d'être élu qui annonce à tour de bras qu'il déteste la politique. Forcément l'establishment républicaine à l'impression que la situation lui échappe. Pour elle, la séquence ouverte avec le Tea Party est en train de prendre des proportions qui n'étaient peut-être pas prévues. La politique est l'art du compromis. Or de toute évidence Donald Trump foule au pied ce principe. En matière de débat, on l'appelle la machine à insultes.
 
Enfin troisième aspect, il serait certes présomptueux d'affirmer que Donald Trump perdrait face au candidat démocrate. Il faut être prudent lorsqu'on analyse la politique et qu'on a pronostiqué depuis des mois que sa candidature allait s'essouffler. Mais en tout cas ce que l'on peut dire sans se tromper, c'est que des trois principaux candidats républicains, Donald Trump est celui qui a le moins de chance de s'imposer au final. Par exemple, il serait le seul à perdre face à Sunders si l'on suit les sondages. Bien sûr les enquêtes d'opinion nous renseignent sur un moment t et il faudrait analyser les dynamiques pour savoir ce qu'il se passera lors des prochaines présidentielles. 
Finalement, pour ces trois raisons, l'establishment n'a vraiment pas du tout envie de le voir réussir. On a notamment parlé de Manathan Project (NDLR : projet américain secret de développement de l'arme atomique), ce qui est très fort comme comparaison. L'idée était alors le "tout sauf Trump". Il s'agit de trouver une stratégie pour le mettre hors-jeu. Or toute cette ligne est en train de se fissurer puisque Cris Christie soutient Donald Trump. Cela montre que le mur qui séparait Donald Trump de l'establishment est en train de se briser.
 

Comment expliquer ce paradoxe d'un establishment républicain qui a peur de Donald Trump mais qui commence en même temps à se dire qu'il pourrait être un élu facile à contrôler ?

Si l'on y voit l'aspect positif, on pourrait dire que l'establishment fait preuve de pragmatisme. Le soutien de Chris Christie en serait la preuve. C'est un républicain pur jus, plutôt modéré. L'idée serait de se dire qu'il vaudrait peut-être mieux un Trump qu'un autre candidat encore plus difficile à manœuvrer. 
 
Mais on peut voir la situation d'un point de vue plus négatif, en la comparant avec la fable de la Fontaine des raisins trop verts. Comme Trump est en train de gagner, il faut lui donner les raisons de penser que ce n'est pas une catastrophe. Psychologiquement, on est en quelque sorte passé du refus à l'acceptation. L'establishment républicaine fait contre mauvaise fortune bon cœur en se disant qu'il y aurait peut-être finalement des avantages. On parle notamment de l'inclusiveness de Trump. Il est peut-être en fait en train de faire ce qu'Obama avait déjà réalisé. Barack Obama n'était à l'origine pas le candidat du parti. Mais finalement l'establishment s'est résignée, d'autant plus qu'il faisait venir aux urnes l'Amérique multiculturelle qui ne votait pas : les jeunes noirs et les jeunes hispaniques notamment. Le parallèle marche pour Trump. Il rassemble des personnes qui étaient dégoûtées de la politique et qui s'en étaient éloignées. Le paradoxe c'est sur Donald Trump est en train de ramener au Parti républicain des déçus de la politique. Et les Républicains, qui étaient mal à l'aise face à la montée de ce candidat, commencent à y trouver des avantages. 
 
Commentaires

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  • Par adroitetoutemaintenant - 28/02/2016 - 17:20 - Signaler un abus Enfin un article plus intéressant sur Trump

    Hier j’étais à une réunion de quartier en Floride. Les gens présents étaient typiquement des petits blancs. Retraités, flics, employés, commerçants, certains hispaniques, certains immigrés (légaux) de première ou deuxième génération, républicains, démocrates, indépendants, quelques femmes juives. Une femme juive ouvertement démocrate a bien naïvement résumé Trump : ce type est allé chez les petits blancs et leur a demandé ce qu’ils détestaient dans l’Amérique d’aujourd’hui et il a construit sa campagne et ses messages là-dessus ! Et devinez quoi ! Un sondage assez récent en France a montré la même chose qu’aux Etats-Unis. La majorité qui est composée de petits-blancs déteste les mêmes choses : les politiciens, l’administration, les medias et les syndicats. Le message de Trump à chaque réunion est simple : les politiciens sont des vendus (d’ailleurs je leurs ai donne de l’argent), je vais nettoyer l’administration de tous ses corrompus et certains vont se retrouver en taule, il débute beaucoup de ses réunions en montrant du doigt les rangées de journalistes en déclarant-regardez ces menteurs, ceux qui gagnent de l’argent grâce à moi.

  • Par vangog - 28/02/2016 - 19:38 - Signaler un abus Oui, Durpaire est passé du refus à l'acceptation de Trump...

    mais c'est axactement ce que Trump dénonce...l'orgueil journalistique à vouloir manipuler leurs lecteurs, et leurs déception lorsqu'ils n'y arrivent plus... Pendant des années, les journaleux nous ont vendu leur propagande internationaliste, immigrationniste et interventionniste...puis, ils se sont aperçu que cette politique provoquait des catastrophes, augmentant l'entropie du monde, plutôt que la réduire. Mais ils n'ont pas eu le courage d'avouer qu'ils y ont participé. Après une phase de remise en question salutaire, le journalisme devra s'abstraire de la politique, s'il veut survivre. Il lui faudra retrouver sa fonction d'investigation, et oublier l'interprétation. Les Medias devront être arrachés aux corrompus qui croient diriger le Monde ( oui! Celui-là, par exemple...) et les écoles de journalisme devront abandonner la manipulation, éjecter leurs en triste trotskystes et renouer avec le pluralisme des idées. Durpaire est sur la voie de la rédemption...courage!

  • Par Texas - 28/02/2016 - 22:13 - Signaler un abus @ vangog

    Vous me l' avez enlevé de la bouche : du refus à l' acceptation de la part de Mr Durpaire , c' est quelque chose . Sinon l' analyse est cohérente . Machine à insultes : Machine qui ne pratique pas le politiquement correct dans le langage du District de Columbia .

  • Par Liberte5 - 29/02/2016 - 01:13 - Signaler un abus Le vent tourne.....sur Atlantico...

    F. Durpaire est lucide et voit que les arguments simples voire simplistes utilisés contre D. Trump ont échoué. Le peuple américain se réveille , le désastre des 8 années de B. Obama font leur effet. Si F. Durpaire, un pro B. Obama, prend conscience que le rouleau compresseur D. Trump peut y arriver, c'est que les choses deviennent sérieuses. Les Républicains devraient épauler D. Trump, le soutenir, lui faire gagner les présidentielles. Ce serait pour ce parti le renouveau salutaire. Ce soir l'émission sur la M6 était intéressante et montrait l'Amérique profonde se mobiliser pour D. Trump. B. De Lavillardière a conclu qu'il ne fallait pas réduire cela à du populisme.Un bon journaliste.

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François Durpaire

François Durpaire est historien et écrivain, spécialisé dans les questions relatives à la diversité culturelle aux Etats-Unis et en France. Il est également maître de conférences à l'université de Cergy-Pontoise.

Il est président du mouvement pluricitoyen : "Nous sommes la France" et s'occupe du blog Durpaire.com

Il est également l'auteur de Nous sommes tous la France : essai sur la nouvelle identité française (Editions Philippe Rey, 2012) et de Les Etats-Unis pour les nuls aux côtés de Thomas Snégaroff (First, 2012)

 


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