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Non, l'argent prêté par la BCE
ne fera pas disparaître
la dette des États !

Dans une note récente pour Natixis, l'économiste Patrick Artus soulève le problème posé par les modes d'intervention de la BCE. En prêtant de l'argent aux banques pour financer les dettes des États, elle ne permet pas d'éliminer ces dettes, et refuse l'inévitable : jouer le rôle de FMI européen.

Création monétaire ou monétisation ?

Publié le

Atlantico : Dans une note récente pour Natixis (voir ci-dessous), vous soulevez le problème posé par les modes d'intervention de la BCE qui, en prêtant de l'argent aux banques pour financer les dettes des États, ne permet pas de faire disparaître ces dettes. Pourriez-vous développer ?

Patrick Artus : Le débat porte aujourd'hui - à tort - sur la BCE, et sur le fait qu'elle doive ou non acheter de la dette publique directement auprès des États.

Il faut relativiser cette question du marché primaire préférable au marché secondaire, l'important n'est pas là. Le marché primaire signifie à l'émission de la dette par les États, sous la forme d'obligations ; le marché secondaire, une fois que la dette est émise sur les marchés.

Notons qu'un quart d'heure seulement peut séparer les deux étapes : une fois que la dette émise par les États a été achetée par un investisseur, et qu'il la revend, elle se retrouve sur le marché secondaire. En réalité, l'interdiction pour la BCE d'acheter sur le marché primaire n'est en rien une limitation. Cela signifie simplement que la BCE ne peut pas directement aller à l'émission, mais elle peut cependant acheter une dette émise une demie heure plus tôt, à un détenteur intermédiaire de la dette.

(Cliquez sur l'image pour agrandir le document)

Véritable problème toutefois, elle ne monétise pas la dette. Soyons clairs, la monétisation est le fait d'un État souverain. Autrement dit, un État qui a émis de la dette et paye des intérêt peut décider de remplacer cette dette par de la monnaie. Il rachète alors cette dette avec la monnaie produite, et la détruit. Autrement dit, avec 100 de dette, il imprime 20 de monnaie pour racheter 20 de dette. Dans cette configuration, il ne subsiste plus que 80 de dette et 20 de monnaie. La monétisation n'est rien d'autre que cela... Les 20 de dette ont donc disparu par le fait d'un État souverain, qui peut décider à tout moment d'échanger de la dette contre de la monnaie, puisqu'il a le pouvoir de création monétaire.

Le problème réside donc dans le fait que la BCE ne permet pas aux États membres de la zone euro d'effacer leurs dettes, mais au contraire de les creuser davantage par des prêts doublés d'intérêts ?

Aujourd'hui, on est dans une situation relativement problématique, puisque l'on demande à la BCE - qui ne veut pas - d'acheter de la dette aux États (il importe peu que ce soit sur le marché primaire ou secondaire). Une dette qu'elle conservera en négatif dans son bilan. De son côté, l'État qui a emprunté l'argent à la BCE va devoir lui payer des intérêts, et ne réduira donc pas le volume de son endettement. Le problème que nous venons de soulever porte donc sur le service de la dette, soit le remboursement de la dette et le paiement des intérêts.

En effet, quand la BCE prête de l'argent, elle compte être remboursée par l'État à l'échéance fixée. Du point de vue du trésor public de l'État concerné, ça ne change ni le service de la dette (intérêt et besoin de remboursement), ni son taux d'endettement, ni sa solvabilité... Il s'agit juste d'éviter une crise financière au moment où les emprunteurs privés ne veulent plus acheter de la dette souveraine. Mais la BCE n'est pas moins effrayée que les porteurs privés par le défaut de paiement des États. Dans le cas grec, tout a été organisé pour que le défaut de paiement à 50% ne touche pas la BCE.

La BCE ne s'adonne donc pas à la monétisation des dettes publiques européennes, mais à l'aide au financement. Certes, quand elle achète de la dette aux États, elle paye en créant de la monnaie, et procède donc à de la création monétaire. Mais ne confondons pas cela avec la monétisation, sachant qu'on ne fait pas disparaître une partie des dettes publiques des États. En conséquence, pour prendre l'exemple italien (dette de 125% du PIB), si la BCE en achetait la moitié (soit environ 65% du PIB italien), la dette ne baisserait pas. Par contre, si l'Italie était souveraine, et qu'elle émette 65% de monnaie pour racheter sa dette, cette dernière ne s'élèverait alors plus qu'à 60% de son PIB.

 
Commentaires

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  • Par Jean-Francois Morf - 12/01/2012 - 21:01 - Signaler un abus Les obligations grecques baissent jusqu'à ce qu'un acheteur...

    se décide à y croire quand même. Il revend plus ou moins cher, parce que le cours fluctue. Même si le cours chute finalement à quelques %, il y aura quand même des spéculateurs qui auront gagné avec les obligations grecques! Si la Grèce réussit à racheter finalement ses obligations à quelques % de leur nominal, elle se retrouvera dés-endettée! Aux frais de tous ceux qui auront successivement perdu

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Patrick Artus

Patrick Artus est économiste.

Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.

Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis

Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les causes - En sortir par de nouvelles institutions (Armand Colin, 2012)

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