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Zone franche

Publié le 13 octobre 2011

Presse quotidienne : la déMondialisation façon CGT

A force de nous priver du Monde, les ouvriers du Livre vont nous apprendre à nous en passer pour de bon.

 
Un ouvrier du Livre contrôle le fonctionnement de sa rotative : "Tss, tout ce papier gaspillé, c'est rdidicule ! Ils n'ont pas d'accès Internet, nos lecteurs ?"

Un ouvrier du Livre contrôle le fonctionnement de sa rotative : "Tss, tout ce papier gaspillé, c'est rdidicule ! Ils n'ont pas d'accès Internet, nos lecteurs ?" Crédit Reuters

Le Monde n’est plus en kiosque depuis déjà quatre jours et, à l’exception d’un dernier carré de fidèles frustrés, dont votre serviteur, personne ne semble vraiment s’en émouvoir…

Le « grand quotidien de référence » n’a pourtant pas décidé ― façon France-Soir ― d’abandonner le papier pour se concentrer sur le Web sans avertissement préalable : 320 000 exemplaires vendus chaque jour, c’est à peine le tiers de ce que diffuse le New York Times mais ça n’oblige pas encore à baisser le rideau.

Non, il est très classiquement victime d’un énième accès de fièvre des ouvriers du Livre, lesquels ont toujours pensé que scier la branche sur laquelle ils sont assis était le meilleur moyen d'assurer leur avenir.

Rien de bien original, donc, mais il fut un temps où une saison présidentielle sans livraison vespérale de commentaires et d’analyses made in Le Monde serait passée pour une assiette d’épinards sans beurre. Ce n’est plus le cas. Les « pages Débat », désormais, ce sont plusieurs dizaines de blogs ou de sites d’info accessibles sans bourse délier (Le Monde lui-même est intégralement et gratuitement disponible en ligne quand la CGT est en pétard).

Les raisons de la grogne du jour, dans un contexte pareil, finissent par paraître dérisoires : la relocalisation en province de la fabrication des exemplaires destinés aux abonnés, le recours à la sous-traitance pour certaines opérations de maintenance et de nettoyage de l’imprimerie que le journal possède en propre à Ivry-sur-Seine.

L’ordinaire d’un établissement sans aucun client, quoi, depuis que Les Échos sont allés se faire imprimer ailleurs... Les chances de leur trouver un remplaçant sont d'ailleurs quasi-nulles, d’où la perspective de pertes annuelles approchant les 10 millions d’euros.

Il faut dire que, par le passé, le jusqu’au-boutisme du Livre s’est toujours révélé payant : un journal empêché de paraître suffisamment longtemps donnait droit à toutes les exigences, même les plus grotesques, et compensait ses surcoûts en augmentant prix de vente, tarifs publicitaires et demandes d’aide à l’État.

Si la martingale ne fonctionne plus, ce n’est évidemment pas la faute de la seule CGT. Avec ou sans grèves à répétition, les lecteurs désertent naturellement le papier pour le Web. Ils le font juste un peu plus rapidement ici qu’ailleurs, perdre l’habitude d’acheter un journal à parution aléatoire étant sans doute plus facile que perdre celle d’acheter un titre authentiquement quotidien.

On se demandait, ces derniers jours, ce que pouvait bien recouvrir le concept montebourgien de « démondialisation ». Avec les gens du Livre, on commence à saisir…

 
Commentaires

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  • Par 12Emma3 - 13/10/2011 - 22:44 - Signaler un abus D'accord avec Leonidas

    C'est un juste retour des choses. Essayer de faire entendre raison aux ouvriers du livre est un non sens. De toute facon, ils vont dispartaitre et d'autant plus vite qu'ils se cantonnent dans cette attitude. Ils s'autodetruisent comme ceux des ports, de la SNCF et de la RATP.

  • Par Karamba - 13/10/2011 - 13:39 - Signaler un abus Fatalité

    Tous ces syndicats mafieux auraient du être dissous depuis longtemps par la justice française si la justice n'était pas elle même bien encartée. En tout cas qu'on m'explique où se situe la liberté de la presse. Selon Le Monde c'est Sarkozy qui la remet principalement en question. Visiblement il y en d'autres avec plus d'efficacité et surtout d'impunité...

  • Par Léonidas - 13/10/2011 - 13:29 - Signaler un abus Scions, scions du bois.....

    La CGT est l'exemple parfait du syndicalisme le plus étroitement corporatiste, aveugle et sourd, obstinément cramponné aux privilèges des salariés de quelques secteurs encore à l'abri des évolutions. Plutôt mourir que bouger : elle a eut la peau du France, elle aura celle des ports français, qu'elle ait la peau du Monde, qui défend depuis des décennies son idéologie, est un juste retour des choses

  • Par Gilles - 13/10/2011 - 09:04 - Signaler un abus Comme en Grèce

    Comme beaucoup de secteurs, la presse écrite disparait peu à peu. ce qui n'est pas le cas en RFA ou au RU. Méthodiquement la CGT détruit tout (ports, automobile,textile etc.). Mais avec le retour possible de la Gauche, la France deviendra une réserve naturelle...de fonctionnaires. Que l'on paiera avec le franc retrouvé (dévalué chaque mois comme en Argentine dans les années 1970).

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.

Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).

 

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