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Poussée du M5S : l’Italie en route vers son moment Trump ?

La percée politique du Mouvement 5 étoiles en Italie depuis 2013 est révélatrice du mécontentement de la population à l'égard de la classe politique, aspirant à un renouveau.

Bis repetita

Publié le - Mis à jour le 25 Novembre 2016
Poussée du M5S : l’Italie en route vers son moment Trump ?

Atlantico : En Italie, le Mouvement 5 étoiles, qualifié de "populiste", continue sa percée dans les sondages, crédité de près de 30% à l'instar du Parti démocrate de Matteo Renzi. Comment expliquer cette percée populiste en Italie ?

Marc Lazar : Il est vrai que depuis 2013 – et malgré des résultats moindres aux élections européennes de 2014 – le Mouvement 5 étoiles bénéficie d’intentions de vote élevées. Il a aussi remporté plusieurs municipalités l’été dernier dont les villes de Turin et de Rome. Ce mouvement exprime un mécontentement très présent en Italie contre la classe politique et le gouvernement, exprimé par la population qui aspire à une autre politique.

Le Mouvement 5 étoiles est très difficilement classable dans la famille de ce que l’on appelle les "formations populistes".

C’est un mouvement qui développe des propositions de gauche classique en faveur des catégories populaires ; des mesures de type gauche postmoderne sur des questions écologiques, et notamment en ce qui concerne la gestion publique de l’eau; mais aussi des positions proches de l’extrême droite, notamment sur la question des migrants. C’est pour cette raison que le mouvement ramène des électeurs de gauche, de droite, et des personnes jusque là abstentionnistes. Il est présent de manière très homogène sur l’ensemble du territoire de la péninsule, et il attire tout particulièrement les jeunes. Malgré les difficultés rencontrées par les maires du mouvement, celui-ci continuede bénéficier d’un fort soutien de l’opinion, ce qui montre bien qu’il correspond à ce que l’on pourrait appeler l’antipolitique, dans les deux acceptations de ce terme : d’un côté le rejet de la "caste" politique comme le dit le mouvement, accentué par les difficultés actuelles du gouvernement de Matteo Renzi ; et de l’autre, l’aspiration à quelque chose d’autre. C’est d’ailleurs un mouvement qui se réclame de l’horizontalité de la démocratie participative– grâce aux réseaux sociaux notamment – et qui présente également une forte verticalité puisque quasiment tous les pouvoirs du mouvement sont concentrés entre les mains de son fondateur, Beppe Grillo. 

Parallèlement au succès du mouvement de Beppe Grillo dans les sondages, ces derniers donnent également le "non" au référendum du 4 décembre prochain en tête. Quel lien peut-on faire entre ces deux tendances ? Le pays s'apprêterait-il à connaître son "moment Trump" ?

Encore une fois, il faut faire attention aux sondages, ceux-ci n’étant pas prédictifs comme les récents évènements nous l’ont rappelé. Même si le "non" reste effectivement en tête, pour le moment, des sondages d’opinion, il reste un pourcentage élevé d’indécis, et on ne sait pas quelle sera l’ampleur de la participation.

A l’occasion de ce référendum, une coalition très hétérogène s’est formée, de personnalités appelant à voter "non" car opposées au contenu de la réforme constitutionnelle proposée par le gouvernement, mais aussi, et peut-être surtout, parce qu’elles souhaitent affaiblir Matteo Renzi qui a beaucoup d’ennemis. Cette coalition hétérogène est formée de la Ligue du Nord, d’une grande partie de Forza Italia, du Mouvement 5 étoiles, de formations de la gauche de la gauche, et de la minorité au sein du Parti démocrate.

 
Commentaires

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  • Par Fondation pour l'innovation politique - 23/11/2016 - 10:53 - Signaler un abus Images politiques italiennes

    "cette disparition [de la droite et du centre] va de pair avec l’affirmation de deux forces. D’une part, et contrairement à certains pronostics, celle de l’enracinement durable du Mouvement Cinq Étoiles de Beppe Grillo dans le paysage politique italien. D’autre part, celle de la montée en puissance de la Lega Nord qui connaît avec Matteo Salvini une deuxième jeunesse. Retrouvez l'ensemble de l'article de Jean Sénié sur le blog Trop Libre. http://www.trop-libre.fr/images-politiques-italiennes/

  • Par Texas - 23/11/2016 - 11:59 - Signaler un abus Aucun doute

    sur la victoire du " io voto no " !

  • Par hermet - 23/11/2016 - 12:00 - Signaler un abus M5S vs Ligue du Nord

    Le non devrait l'emporter vu l'exaspération italienne vis à vis de la situation économique et la crise migratoire, en cas d'élection en 2017 le M5S devrait l'emporter et si c'est en 2018 avec un partie démocrate complètement usé il faut s'attendre à un affrontement entre le M5S et la ligue du Nord, dans les 2 cas de figure la zone Euro explose car ni Grillo ni Salvani ne se coucherons devant Merckel (comme Tsipras)et l'Italie n'est pas la Grèce : la zone Euro ne s'en remettra pas. (en + Trump ne va rien faire pour l'éviter) Donc l'élection présidentielle française dépend de l'Italie car si la zone Euro explose avant (2017) cela va rabattre beaucoup de cartes...à suivre de prés.

  • Par vangog - 24/11/2016 - 01:14 - Signaler un abus Fermer le sénat, diminuer le nombre de députés

    réduire les dépenses de l'état...tout cela correspond à des désirs patriotes. Le mouvement cinque Stelle est un mouvement conservateur gauchiste et écolo-réactionnaire...sans vouloir défendre Renzi, les Italiens seraient bien inspirés de voter pour la modernité politique, plutôt que pour la ringardise gauchiste...

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Marc Lazar

Marc Lazar est historien et sociologue français du monde politique.

Spécialiste de l’extrême gauche et de la vie politique italienne, il est, depuis 1999, professeur des universités en histoire et sociologie politique à l’Institut d’études politiques de Paris, et directeur de l’Ecole doctorale de ce même IEP depuis l'an 2000. Il est également président de la School of Government de la LUISS (Libre Université Internationale des Sciences Sociales) basée à Rome. 

 

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