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Poussée de fièvre sur les prix des métaux : quelles conséquences pour les industriels ?

Ces six dernières semaines, les cours des métaux industriels ont connu une envolée spectaculaire sur les marchés financiers.

Du plomb en or

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Poussée de fièvre sur les prix des métaux : quelles conséquences pour les industriels ?

Atlantico : Au cours des six dernières semaines, les cours des métaux industriels ont connu une envolée spectaculaire sur les marchés financiers. Le zinc a atteint 3.159 dollars la tonne, son plus haut niveau de ces dix dernières années. L'aluminium a atteint 2.112 dollars la tonne. C'est le plus long rallye boursier sur cette catégorie de matières premières depuis 2014. Comment expliquer cette flambée ?

Stephan Silvestre : La flambée des prix sur les marchés financiers, notamment le marché de référence à Londres, touche tous les métaux de base (aluminium, plomb, étain, nickel, zinc). Une fois encore, elle provient d’une poussée de la demande chinoise, tirée par la mise en œuvre de grands projets d’infrastructures. Outre le projet pharaonique de route ferroviaire de la soie (reliant la Chine à l’Europe), l’Empire du Milieu a lancé de nombreux projets destinés à relancer son économie : ponts géants (comme celui reliant Hong-Kong à Macao), tunnels, villes nouvelles high tech, canaux, gratte-ciel, métros, etc.

Tous ces projets sont extrêmement gourmands en métaux. Face à cette demande massive, l’offre peine à s’ajuster. Certains fournisseurs cherchent même à profiter de la situation, comme l’imprévisible président philippin Duterte, qui a menacé d’interdire les exportations de nickel. Si bien que le principal producteur de nickel, Sumitomo Metal Mining, a rehaussé sa prévision de déficit de 4 000 à 51 000 tonnes pour cette année. Les marchés jouent leur rôle en anticipant la hausse des prix. Cette situation est assez classique sur les marchés miniers : l’offre a toujours du mal à répondre rapidement aux pics de demande car les investissements se font sur de nombreuses années, voire des décennies.

Quelles peuvent être les conséquences d'une telle hausse pour le secteur industriel ? Cette progression des prix pourrait-elle frapper les entreprises au portefeuille, notamment en Europe ?

Bien sûr, cela va affecter les entreprises du BTP. Toutefois, les mieux organisées disposent d’instruments financiers pour couvrir ce type de risque. Les européennes ne seront pas les plus impactées, en tout cas sur les marchés européens, car ceux-ci ne sont pas en forte croissance et les projets peuvent être reportés plus facilement. De plus, les produits utilisés sont plus haut de gamme, à plus forte valeur ajoutée, donc moins sensibles aux écarts de prix. L’impact est plus sensible dans les pays émergeants à moindre pouvoir d’achat, comme l’Inde, le Brésil, l’Indonésie ou la Turquie.

Comment anticiper la suite ? Les fondamentaux actuels sont-ils de nature à soutenir la hausse des métaux sur le moyen long terme ? Quels sont les risques d'une telle situation ?

À plus long terme, la tendance va se poursuivre. Les pays émergeants continuent de s’équiper (transports, bâtiment, infrastructures) afin de rattraper leur retard sur les plus avancés. Si les bientôt huit milliards de Terriens devaient être équipés comme des Européens, la demande en métaux de base serait multipliée par cinq, dix ou vingt. L’offre ne pourrait pas suivre. Les risques sont multiples : une pénurie de masse creuserait encore le fossé entre pays émergeants et pays développés, avec les conséquences que l’on connaît sur les flux migratoires (en particulier pour l’Afrique, la moins bien placée pour surenchérir à l’achat de ces métaux). Ce risque pourrait malheureusement être amplifié par la tentation de certains opérateurs assez fortunés pour constituer des stocks spéculatifs. Le corollaire est, lui aussi, connu, c’est le risque d’éclatement d’une bulle spéculative, qui se répercuterait sur les marchés financiers, comme cela s’est déjà vu en 2007. Pour limiter ce type de risque, les pays consommateurs doivent accentuer leurs efforts de recyclage de ces métaux afin de créer des marchés locaux qui les rendent moins dépendants des marchés internationaux.

 
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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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