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Pourquoi vos bonnes résolutions de nouvel an peuvent vous faire plus de mal que de bien si vous n'y prenez garde

Une résolution trop ambitieuse prise le 1er janvier, condamnée à ne pas être respectée, peut mener à une perte de confiance en soi. Prenez des résolutions qui vous feront du bien grâce au quatrième épisode de notre série sur la gestion des émotions.

Gare à ce que vous désirez

Publié le - Mis à jour le 2 Janvier 2015
Pourquoi vos bonnes résolutions de nouvel an peuvent vous faire plus de mal que de bien si vous n'y prenez garde

Atlantico : Au 1er janvier, si l'on se fixe généralement des résolutions pour se défaire de ses mauvaises habitudes, celles-ci peuvent-elles avoir des effets négatifs ? A-t-on souvent tendance à placer la barre très (trop) haut ?

Jacques Fradin : On parle beaucoup dans le domaine professionnel de la pyramide moyens/exigences. Quelles sont les exigences qui nous sont demandées et quels sont les moyens mis à notre disposition ? Dans le domaine personnel, il est possible de raisonner de la même manière. Lorsque les exigences sont élevées et que l'on dispose de peu de moyens (manque de temps, d'argent, d'énergie et de motivation).

Lorsque l'on a mal évalué les moyens, on peut se mettre sous pression avec des objectifs impossibles dont la probabilité de réussite est nulle. Pour cette raison, il faut se concentrer sur les moyens avant de se fixer des objectifs. Par ailleurs, plus le chemin (plutôt que l'arrivée) nous intéresse, plus on a de chances d'y parvenir.  Les contraintes que l'on s'impose peuvent être généreuses mais ce n'est pas raisonnable. Il ne faut pas oublier que "charité bien ordonnée commence par soi-même".

Une résolution qui n'est pas raisonnable (car trop difficile à assumer tout au long de l'année) peut-elle être source d'anxiété, de déclin de l'estime de soi ?

Tout à fait ! On va se décourager, se dévaloriser et on risque de perdre confiance en ses capacités. Et on se confond avec ce que l'on produit, comme si la seule valeur que l'on s'accordait était liée à ce que l'on produit. Il faut s'intéresser à son état. Il faut revaloriser le rapport à soi-même et faire les choses pour soi même.

Alors que normalement dans le domaine personnel, nous avons moins de comptes à rendre, nous nous  donnons des objectifs car nous avons peur de ne pas faire certaines activités. Mais les objectifs pour soi n'ont pas réellement de sens, il faut simplement s'accorder plus de temps pour réaliser une activité car elle nous fait plaisir. Je vais prendre un exemple peut-être trivial : certaines personnes aiment ranger. Comme pour beaucoup le rangement est une contrainte, ils auront du mal à l'assumer alors même qu'ils y prennent du plaisir.  

Il faut arrêter de croire que certaines activités ne sont pas socialement acceptées, et penser à soi. En le faisant, on peut libérer d'autre gens.

Avec le temps on y arrive. Finalement, qui va vous rembourser des efforts que vous avez fournis pour les autres et qu'ils ne vous demandent pas ?  Quand on fait quelque chose parce que l'on croit que c'est bien vu, on se contraint. Alors même que les autres ne nous l'ont jamais demandé. Cela porte un nom, le conformisme. Et le conformisme est très coûteux et peu rentable. Le conformisme n'est  ni égoïste, ni généreux. Et une "mauvaise bonne résolution" relève de cela. Car finalement être généreux, faire quelque chose pour les autres, cela fait du bien d'un point de vue émotionnel.

Quels conseils nous donneriez-vous pour prendre de "vraies" bonnes résolutions ?

Puisqu'on est dans un objectif personnel et pas professionnel, il faut se fixer des objectifs de moyens et pas de résultats. Par exemple, "je vais prendre plus de temps pour moi pour faire telle ou telle activité". En fait, il faut s'accorder plus de temps et d'énergie pour tout ce qui nous donne envie de vivre. Et cela a plus de chances de fonctionner que si l'on commence par des choses contraignantes, certes utiles mais difficiles. On peut se fixer des objectifs d'attitude : être plus à l'écoute, moins impatient, etc. On peut faire ce que l'on appelle une métacommunication, dire à l'autre : "cette année j'aimerais être plus à l'écoute avec toi et si je ne le suis pas, n'hésite pas à me le signaler". C'est un souhait, pas un engagement et il peut ouvrir le débat. C'est une façon de faire, de prendre de bonnes résolutions qui est plus facile. Car ce genre d'engagement est plus facile à tenir à froid que dans le stress. Il faut mettre le budget d'abord, c'est-à-dire ce qui nous donne de l'énergie, et les dépenses (ce qui nous prend de l'énergie) après. Le travail nous impose déjà beaucoup de contraintes ; si on ne cesse d'en rajouter, on étouffe.

Propos recueillis par Carole Dieterich

 
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Jacques Fradin

Jacques Fradin est médecin, comportementaliste et cognitiviste.

il a fondé en 1987 l'Institut de Médecine Environnementale à Paris. Il est membre de l’Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive.

 

 

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