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Pourquoi surtaxer les sodas, Nutella et autres produits gras est contre-productif

Le syndrome de la taxation des produits "malsains" semble pénétrer de plus en plus profondément la pensée politique française. Mais au-delà de la déresponsabilisation des consommateurs que cela implique, les conséquences économiques sont réelles.

Pause goûter

Publié le - Mis à jour le 15 Mai 2013
Pourquoi surtaxer les sodas, Nutella et autres produits gras est contre-productif

Après la taxe sur les sodas, il a été question de la taxe Nutella en France. Crédit Reuters

« Taxer la nourriture pour des raisons de santé est au mieux malavisé et au pire contre-productif » a averti le ministre des Finances danois.

Après la taxe sur les sodas, il a été brièvement question de la taxe Nutella en France. La taxation nutritionnelle a néanmoins réussi son entrée dans l’Hexagone et risque bel et bien de s’y implanter.

Or, l’expérience danoise montre que c’est une politique dangereuse pour les producteurs, les distributeurs et les consommateurs en matière d’emplois, de compétitivité et de bien être. Un an après l’entrée en vigueur de la première taxe au monde sur les graisses saturées (fat tax), elle a été abolie. Trop d’effets pervers et un impact peu convaincant sur les modes de consommation. Le gouvernement danois vient aussi d’annoncer la suppression prochainement de leur « taxe soda » mise en place dans les années 1930.

Une baisse de la consommation sans taxation

Accusée de favoriser l’obésité et de causer des maladies, la graisse saturée a été taxée au Danemark à hauteur de 2,15 euros par kilogramme. Le recours à la contrainte fiscale y était d’autant plus surprenant que la consommation de matières grasses par habitant avait en réalité déjà considérablement baissé aux cours des dernières décennies au Danemark.

  • Beurre : -67 %
  • Margarine : -48 %
  • Graisses : -20 %
  • Viande de porc : -44 %
  • Consommation totale de matières grasses : -43 % (entre 1958 et 1999)

27 millions de pertes pour le commerce de gros et de détail

La mise en place de la fat tax s’est avérée être un casse-tête réglementaire pour les entreprises danoises qui y ont perdu en compétitivité.

Les coûts de gestion et d’informatique se sont par exemple élevés à 201 000 euros pour un fabricant de margarine et à 57 000 pour une petite boulangerie industrielle. Pour l’ensemble du commerce de gros et de détail, ils ont été estimés à 27 millions d’euros.

Perte de pouvoir d’achat avec des augmentations de prix jusqu’à 34 fois supérieurs à la moyenne européenne

Alors que le pouvoir d’achat est partout menacé, la fat tax a poussé les prix à la hausse au cours du dernier trimestre 2011. Le prix des huiles et des graisses y ont progressé de 14% (34 fois supérieur à la moyenne de l’UE). Le prix de la viande y a augmenté de 4% et ceux du lait, formage et œufs de 3%.

Gaspillages : Danemark « battu » par l’Allemagne et la Suède

Poussés à faire leurs courses à l’étranger, les Danois ont boosté le commerce allemand et suédois tandis qu’ils délaissaient leurs propres entreprises, condamnées à exporter les produits plutôt qu’à les vendre sur place. On estime à 1300 postes le coût en termes d’emploi.

Ce faisant, ils ont perdu leur temps et leur essence dans des déplacements inutiles.

Un impact négligeable de 0,4%

Les effets de la fat tax sur la consommation et la santé auraient été négligeables, voire contre productifs.

  • Entre octobre 2011 et juillet 2012, la baisse de la consommation aurait été de 0,4%, sachant que la tendance était déjà à la baisse.
  • 80 % des personnes interrogées confirment d’ailleurs ne pas avoir changé leur consommation. Le choix a aussi parfois été de substituer des produits moins chers et de moindre qualité.

« Taxer la nourriture pour des raisons de santé est au mieux malavisé et au pire contre-productif » : tel est l’avertissement du ministre des Finances danois. 

Intitulée "Fiscalité « nutritionnelle » : les coûts de la fat tax au Danemark", l’étude complète est disponible sur le site de l'Institut économique Molinari, basé à Bruxelles et Paris.


Cet article a initialement été publié sur le site www.contrepoints.org

 
Commentaires

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  • Par Kunt - 14/05/2013 - 10:30 - Signaler un abus Encore un prelevement

    La vraie finalite est de creer un prelevement supplementaire que l on enrobe d une justification morale incontestable :la sante

  • Par quarantined - 14/05/2013 - 11:29 - Signaler un abus Contre les tanks, la charge creuse !

    Rappelons ce qu'est un think tank en novlangue: C'est un groupement de péripatéticiennes dont la mission est de rependre n'importe quel sida ! Invention anglo-saxon trouvant son origine dans la pensée de Edward Louis Bernays, qui considérait que: « L'ingénierie du consentement est l'essence même de la démocratie, la liberté de persuader et de suggérer. » "The Engineering of Consent 1947" J'aime beaucoup les paradoxe du think tank, adjoint de libéral, car la fonction d'un tank est de détruire, tuer, mais en aucun cas ne réfléchi, alors qu'en a être libéral, chacun le sait bien un tank est totalement sous le contrôle de l’équipage. Alors pourquoi cette construction ? Le monde anglo-saxon est encore très profondément marque par le puritanisme des premiers colons, ceux-la même qui se dévoraient entre eux ! ceci explique le messianisme de toutes les guerres que les USA entreprirent, si l'axe du mal est leur adversaire, ils ne ne peuvent donc être que le bien ! et bien le "libéral" donne au "think tank" la valeur de certification que cela est bon pour vous car c'est le bien. Toutes ces constructions sémantiques sont n'ont qu'un but, l’avènement de satan.

  • Par Jean-Baptiste S. - 14/05/2013 - 15:43 - Signaler un abus Deux poids, deux mesures

    Vous semblez dans cet article confondre la taxation globale de tous les acides gras saturés, et l'essai - raté - de taxe dite Nutella. Je voudrais rappeler que cette taxe était en réalité une taxe de l'huile de palme, produit hautement toxique et raison d'importantes dégradations environnementales dans des pays où la main d'œuvre est exploitée à ces fins. Taxer l'huile de palme peut être justifié, car de telles mesures obligeraient les industriels à se tourner vers des produits meilleurs pour tout le monde. De plus, l'augmentation des prix de la malbouffe qui en découlerait serait un argument fort pour convaincre les consommateurs de se tourner vers quelque chose de meilleur pour leur santé, bien qu'un peu plus cher en apparence (on peut facilement démontrer mais je ne le ferai pas ici que les produits bon marché coûtent beaucoup plus cher que ce qui est affiché dans les rayons de supermarchés). Rien à voir donc avec une taxation abusive des produits de consommation courante tels le beurre, l'huile ou la viande au seul motifs qu'ils contiennent des acides gras saturés !

  • Par gliocyte - 14/05/2013 - 18:00 - Signaler un abus Matraquage

    L'huile de palme n'est pas toxique, l'acide palmitique est même l'acide gras que fabrique le plus le foie avec l'acide oléique. Le foie aurait-il un instinct suicidaire? Le problème réel est la concurrence acharnée que se livrent les lobbies agro-alimentaires. ( je ne travaille pas chez Nutella et n'est aucun accord avec eux) Les acides gras saturés ne sont pas plus toxiques que les autres, l'absence de double liaison leur confère même une plus facile incorporation dans le cycle de Kreps et ils sont moins attaquables par les radicaux libres, lors de leur transport. Plus ils sont courts, plus ils semblent protéger contre l'obésité. Condamner les acides gras les plus longs revient à condamner les neurones qui en sont les plus gros consommateurs. Les acides gras insaturés n'ont jamais montré leur intérêt, si ce n'est pour les lobbies agro-alimentaires car il permettent une durée de consommation plus grande de leurs "simili beurres" mais ce faisant les agros sont obligés par réaction chimique d'en transformer une partie en AG saturés afin de rendre le mélange plus solide. Le sucre n'est pas mauvais pour la santé, seul l'aspartam l'est. On veut en fait taxer pour taxer!!!

  • Par Ilmryn - 15/05/2013 - 02:25 - Signaler un abus @Jean-Baptiste S. - Hautement toxique.... !?

    Jean-Baptiste S. - "l'huile de palme, produit hautement toxique et raison d'importantes dégradations environnementales dans des pays où la main d'œuvre est exploitée à ces fins." . Coté nutrition l'huile de palme n'est pas toxique elle a même de nombreux avantages, greenpeace est parti en guerre uniquement à cause de leurs cultures dans les pays pauvre. . Hors le rendement par hectare de l’huile de palme est d’environ 3,72 tonnes alors que celle du soja est de 0,40 et celle du colza de 0,72 tonnes. . En bref les pays pauvre vont devoir multiplier les surfaces de culture par 3 ou 4 pour avoir les mêmes rendements sans toucher un cents de plus. . C'est bien la palme (lol) de l'imbécilité. Une de plus ! En fait ce sont les escrologistes qui sont néfaste pour l'homme et pour la planète. On ne compte plus les mesures imbéciles du genre qui négligent totalement les interactions complexe, les effets de bord et autres effets induits au profit d'une vision infantile et simpliste du monde.

  • Par Jean85 - 17/05/2013 - 23:41 - Signaler un abus Que de d'amateurs.

    "l'huile de palme n'est pas toxique" Le sel non plus n'est pas toxique, en consommer trop cela devient problématique. Les industriels nous en font manger sans nous en informer. C'est le libéralisme mystérieux. " le rendement par hectare de l’huile de palme est d’environ 3,72 tonnes alors que celle du soja est de 0,40 et celle du colza de 0,72 tonnes" Le rendement mondial. Comparer palme et soja : erreur fatale. Le soja est surtout utiliser pour ses protéines. Avez-vous effectuer le comparatif de rendement en protéines des palmiers ? Enfin le colza européen est 2 à 4 fois plus rentable et lui aussi voit ses résidus (tourteaux) utilisés pour l'alimentation animale. Ledit palmier est aussi improductif pendant 5 ans... pas comptabilisé dans les calculs. Bref Niveau déforestation, l’Indonésie compte 20M d'ha de terres en friche. assez pour subvenir aux besoins mondiaux de palme. Mais nos amis capitalistes préfère déforester car ça fait de l'argent (et oui les 5 premières années on ne gagne rien). Les "petit producteurs" réels sont peu, car généralement rattachés à de grandes plantations. Alors la simplicité neuneu de Ilmryn et al. qui donne des leçons sans rien savoir...

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