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Pourquoi la science prouve que vous vous connaissez sans doute beaucoup moins bien que ce que vous croyez

La perception de qui nous sommes et de nos traits de personnalité sont biaisés depuis notre petite enfance et nous ne sommes pas les plus qualifiés pour parler de nous.

Je pense... mais suis-je ?

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Pourquoi la science prouve que vous vous connaissez sans doute beaucoup moins bien que ce que vous croyez

Atlantico : Comment expliquer le fait que nous ne soyons pas forcément les plus qualifiés lorsqu'il s'agit de parler de nous-même ? Comment expliquer que nous échouons à définir précisément nos traits de personnalité alors que, dans le fond il n'y aurait personne de plus qualifié ?

Pascal Neveu : La perception de qui nous sommes et de nos traits de personnalité sont biaisés depuis notre petite enfance. En effet, comme l’écrivait Lacan : « Je suis pensé, nommé et dit avant que d’être ! ». Plus précisément, durant les 6-9 premiers mois, le nourrisson n’a pas conscience d’un Moi différencié. Jusque-là il a fait l’expérience de ressentis propres. Il parvient à percevoir de manière individuelle son environnement, les personnes qui l’entourent et qui lui apportent les besoins primaires (câlins, protection, alimentation).

Il compose avec son univers, il interagit avec lui, ce qui le prépare à une révélation : celle d’être un sujet à part entière. Henri Wallon en observant le comportement des bébés a ouvert la voie à Jacques Lacan qui détermine une étape cruciale dans l’évolution du bébé entre 6 et 18 mois: le stade du miroir.

C’est là tout le problème : je ne sais pas qui je suis, mais je sais que je m’identifie toujours à une image de moi, qui n’est pas moi, mais mon reflet.

L’image qu’il voit de lui est une image inversée. La perception qu’il a de lui est donc l’image en miroir de la manière dont les autres (principalement les parents) le perçoivent. Elle n’est donc pas forcément la réalité! Cette perception, cette représentation d’un Moi inversé est fondamentale car susceptible d’expliquer la nécessité de passer par un Autre afin d’en savoir plus sur sa propre représentation, sur sa propre image et sa propre identité.

Autre point qui tend à appuyer ce trouble que le bébé perçoit: si l’enfant est capable de s’identifier, il prend également conscience à ce moment précis qu’il a été préalablement identifié par sa mère et le reste de son environnement, déjà durant la grossesse et dès les premières prises de contact (« il ressemble à… », « il a bien le caractère de… »). Ces éléments extérieurs sont susceptibles de lui avoir déjà apposé une première identité.

La psychanalyse des enfants dépasse le "cogito, ergo sum" de Descartes, en analysant le trouble visuel (scopique) que l’enfant perçoit à travers cette différence du champ et de l’angle de vision: "je suis identifié différemment de ce que je m’identifie" pense-t-il.

Nous ne sommes donc pas les plus qualifiés pour parler de nous.

Plusieurs études publiées dans l'American Psychological Association sont arrivées à la conclusion que, pour avoir un regard très objectif sur une personne, mieux valait interroger ses collègues de travail. Comment expliquer ce constat alors même que ceux-ci ne sont pas forcément les personnes qui nous connaissent le plus ?

Toutes les études sont formelles et vont même jusqu’à montrer que le collègue de travail peut observer, analyser et décrire un beaucoup plus grand nombre de détails sur la personnalité du voisin de bureau (sur un plan comportemental, émotionnel, personnel ou collectif…).

 
Commentaires

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  • Par vangog - 14/03/2018 - 00:38 - Signaler un abus Boaaaarfff!

    Édicter des lois universelles à partir d’observations particulièrement partiales est très hasardeux! La seule chose que nos collègues de travail connaissent de nous est notre apparence et les défauts de notre masque social, c’est à dire l’écume de nos vies...ce masque social est très important pour gravir les échelons de notre vie professionnelle, et il est donc épié avec acuité par les concurrents, notamment dans les pays latins, plus attachés à l’apparence que dans les pays anglo-saxons... Mais, sitôt passé le seuil de l’entreprise, le masque social ne nous sert plus à grand-chose...il devient même un handicap pour notre vie familiale et amoureuse. L’apparente loi universelle de cet article tombe donc à l’eau, mise à mal par la temporalité de l’existence...pour l’achever totalement, on pourrait ajouter que certaines personnes, plus que d’autres, ont une conscience plus vive de leur réalité ainsi que des idéaux qui les animent...ils sont de bons mécaniciens connaisseurs du moteur de leur existence, ce que Rimbaud exprimait de façon plus poétique et plus fine...

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Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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