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Pourquoi le programme difficilement applicable d’Arnaud Montebourg pourrait bien se retourner contre ceux qu’il est est censé protéger

Arnaud Montebourg a récemment dévoilé son programme. Sous l'influence de la primaire, l'ancien ministre du Redressement productif a mis un sévère coup de barre à gauche... potentiellement préjudiciable à ceux qu'il veut protéger.

La barre à gauche toute !

Publié le - Mis à jour le 30 Décembre 2016
Pourquoi le programme difficilement applicable d’Arnaud Montebourg pourrait bien se retourner contre ceux qu’il est est censé protéger

Atlantico : Abrogation de la loi travail plutôt que renégociation, baisse de la CSG pour restituer 800 euros par an et par ménage de pouvoir d’achat, interdiction pour les patrons de s’augmenter sans avoir préalablement augmenté leurs salariés, refus de l’austérité… Arnaud Montebourg vient de dévoiler son programme, qui a connu un sacré virage à gauche. Pour autant ces mesures, qui se revendiquent de la justice sociale, sont-elles vraiment sans danger pour celles et ceux qu’elles ambitionnent de protéger ?

Dans quelle mesure ce programme est-il applicable sans risque de réelle casse sociale ?

Jacques Bichot : Si j’étais chômeur, ou titulaire d’un CDD, ou en CDI dans une entreprise fragile, ou sur le point de terminer mes études et de chercher un premier job, il me semble que j’invoquerais en ces termes l’Être suprême auquel s’adressaient nos ancêtres de la Révolution française : "Mes ennemis du patronat, je m’en charge, laissez-moi me débrouiller avec eux ; mais ce grand ami Arnaud Montebourg, qui me veut tellement de bien, protégez-moi de ses bonnes intentions, qui vont principalement servir à paver l’enfer de mon chômage."

En effet, l’activité économique, l’excédent des embauches sur les licenciements et les fins de CDD ou de missions d’intérim, ne proviennent pas de bouleversements incessants des règles du jeu. Il y a une loi Travail récemment promulguée, elle n’est certes pas une panacée universelle, mais de grâce, cher Arnaud, laissez-là en l’état, les employeurs ont besoin de stabilité et de visibilité pour développer les entreprises et créer des emplois. 

De même, laissez la CSG tranquille. Elle a déjà été modifiée bien trop souvent, elle est devenue bien trop complexe, avec une multitude de taux différents, et ce ne sont pas des baisses de cette "contribution" (dont on ne sait pas trop si elle est un impôt ou une cotisation sociale) qui donneront un pouvoir d’achat supplémentaire favorable à l’activité économique : ces baisses ne feront qu’augmenter le déficit public, et quand Bruxelles en viendra à traiter la France comme la Grèce, faisant monter le taux de chômage à 20 % ou 25 %, imaginez-vous que nous vous dirons "bravo ! merci !" ?

Quand à interdire aux patrons d’augmenter leurs rémunérations, quelques distinguos seraient bien utiles. Beaucoup de chefs de TPE ne gagnent pas des mille et des cent. Et ce qu’ils gagnent au-delà de ce qu’ils dépensent, beaucoup l’investissent, parce que fort heureusement ils aiment leur travail et souhaitent développer leur petite "boîte" et embaucher – à condition que les embauches ne soient pas synonymes d’emmerdes en tous genres. 

Outre les mesures symboliques égrenées précédemment, quelles sont celles qui vous semblent le plus préjudiciable à la société française et, de façon générale, aux Français ?

Le plus mauvais pour les travailleurs est que l’État traite a priori les patrons comme des salauds contre lesquels il faut systématiquement lutter. Bien entendu, il y a des salauds parmi les patrons, comme d’ailleurs aussi parmi les syndicalistes et parmi les salariés : les hommes ne sont pas tous bons. Mais suspecter a priori tous les patrons, c’est comme suspecter a priori tout membre de la "diversité" : c’est une discrimination qui ne peut que donner de mauvais résultats. 

 
Commentaires

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  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 29/12/2016 - 10:24 - Signaler un abus L'incompétence au pouvoir....

    Avec Montebourg ce serait tout simplement le changement dans la continuité, puisque depuis Pompidou aucun président n'a su ce que c'était que de travailler ....il est vrai que les autres candidats sont dans le même cas....à part Micron ce sont tous des professionnels de la politique....

  • Par Deneziere - 29/12/2016 - 10:56 - Signaler un abus Le cas Montebourg est intéressant

    On va voir qui, dans l'électorat de gauche, en 2017 va encore se laisser avoir par des promesse du Bourget.

  • Par john mac lane - 29/12/2016 - 14:33 - Signaler un abus Encore la niaiserie des frais de gestion. On croirait Melenchon.

    Les frais de gestion. C'est l'argument à la mode en ce moment. En fait les études qui le démontrent sont absurdes. Il n’y a actuellement aucune comparaison possible entre mutuelles et sécurité sociale, car ce n’est pas le même métier, ni les mêmes sources de financement ni les mêmes soins à rembourser.... C’est comme comparer des frais de gestion du 1er et second œuvre du bâtiment. Des frais de gestion d’une mutuelle sont structurels sans rapport avec la masse financière ou humaine à gérer. Si vous faites un virement de 1000€, c’est 0,10€ de frais. Si vous faites un virement de 100€ c’est toujours 0,1€ de frais. Les frais de gestion sont une donnée structurelle. C’est pas une variable sur laquelle développer une argumentation. La sécu prend en charge les soins au 1er euro, les mutuelles prennent en charge le complément. Gestion et frais structurels n’ont rien a voir. Par ailleurs dans la sécu le recouvrement des fonds est caché par l’état qui collecte certaines taxe à sa place sur les alcools, taxes douanières ou CSG, CRDS qui ont des coûts mais ne sont pas comptés à son budget, mais qui sont à charge de la collectivité.

  • Par Wortstein - 29/12/2016 - 19:10 - Signaler un abus erreur! Les même mutuelles travaillent

    au sein de la sécu. Un très bon exemple est Harmonie Mutuelle qui travaille pour partie au sein des délégations du RSI et aussi sur le marché concurrentiel. Les mêmes métiers, les mêmes règles comptables et pas mal de financements croisés pour les alimenter. Le relatif avantage des mutuelles, organismes de droit privé c'est qu'elles doivent gérer leur rentabilité et éviter les multiples doublons et emplois administratifs pléthoriques pour plaire aux syndicats.

  • Par Fran6 - 29/12/2016 - 20:06 - Signaler un abus SVP

    ne prononcez pas le RSI, nous sommes nombreux à déjà disqualifier celui qui ne détruira pas le RSI dans son programme, pour le moment, nous sommes en attente de savoir si ce service sera déclaré illégal fin janvier prochain, perso, je n'embaucherai plus jamais avec une épée de Damoclès pareille sur ma société et je voterai contre Valls pour sa gestion calamiteuse en 2015, avertissement pour nos futurs candidats

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 30/12/2016 - 06:35 - Signaler un abus @john mc lane

    les mutuelles sont une sous-sécurité sociale et font parties d'un rentable (pour certains ) millefeuille . Leur prétendue solidarité fait que les cotisations ne sont pas assises sur les revenus globaux et sont sans liens inter-générations puisque les vieux paient plus cher que les djeuns. Dans l'optique d'une saine gestion leur suppression est évidente .

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 30/12/2016 - 16:34 - Signaler un abus @desvessies......

    Rien à foutre de la solidarité intergénérstionnelle tant qu'elle fonctionnera à sens unique.....les vieux de ma génération se sont goinfrés, et je fais partie de ceux-là....il est normal qu'ils paient aujourd'hui ce qu'ils ont semés, .. En demandant toujours plus, au point de tellement charger les salaires que personne n'embauche plus et que les jeunes soient obligés de s'übériser pour survivre.

  • Par excalibur2016 - 13/01/2017 - 19:10 - Signaler un abus Je ne comprend pas cette mentalité bien Française

    Qui consiste à désigner les patrons (en général) comme seuls responsables de la situation difficile des Français. Partons du principe que la conjoncture économique est favorable et que le carnet de commande soit plein pour 2 ans. J'accepterai volontiers l'idée selon laquelle il faudrait sanctionner le patron qui n'investit pas, n'embauche pas et n'augmente pas les salaires raisonnablement selon la qualification et compétences. Le seul oubli d'importance de ce candidat est qu'il oublie soigneusement de préciser que le coût du travail en France est des plus élevés ce qui limite considérablement la compétitivité. Pour moi ces gens sont des idéologues et dogmatiques avant tout.

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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