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Pourquoi un pacte avec l'islam ne pourra qu'échouer si on continue à le considérer comme le catholicisme du 19e siècle

La double déclaration de Manuel Valls et de 42 personnalités musulmanes dans le JDD du 31 juillet pose la question de l’incompatibilité de l'Islam avec les structures actuelles de la laïcité. Et montre qu'il est nécessaire de faire évoluer la laïcité pour la sauver face au défi que représente l'intégration de l'Islam.

Réforme

Publié le - Mis à jour le 5 Août 2016
Pourquoi un pacte avec l'islam ne pourra qu'échouer si on continue à le considérer comme le catholicisme du 19e siècle

Atlantico : Les propositions simultanées de Manuel Valls et des 42 personnalités musulmanes dans le JDD du 31 juillet laissent penser que la solution se trouverait dans une représentation légitime, un clergé de l'islam en France. N'est-ce pas illusoire de le penser ? Dans quelle mesure cette idée peut-elle illustrer l'erreur qui consiste à calquer notre compréhension de l'islam sur le christianisme ?

Rémi Brague : Le mot même de religion est trompeur. Tous, même athées, nous nous faisons de ce que doit être une religion une image calquée sur le christianisme. Nous y incluons donc des "rites", la prière, etc., alors que nous en excluons le droit. Et le christianisme n’a pas d’autre morale que la morale commune du Décalogue. L’islam, lui, est essentiellement un système juridique à fondement divin. La mystique, la piété individuelle, y sont permises, mais facultatives. L’obéissance aux commandements "divins" y est en revanche obligatoire. La laïcité française, comme d’autres systèmes dans d’autres pays, a été rendue possible par une séparation qui est essentielle au christianisme et qui est absente de l’islam.

 

A lire aussi : La longue liste des impensés et des non-dits qui se dressent sur la route de l’intégration harmonieuse des musulmans de France

Philippe d'Iribarne : Les propositions visant à faire évoluer l’islam de France se multiplient dans des directions très diverses. Celles qui concernent son organisation en font partie. Elles n’offrent sûrement pas la solution unique aux difficultés qui marquent les rapports entre l’islam et la société française. La manière dont le message de l’islam est compris par les musulmans est à coup sûr plus essentielle. Mais cela ne veut pas dire que les questions d’organisation sont négligeables. Il serait bon qu’une autorité responsable soit en mesure de mettre fin aux fonctions d’imams prêchant un islam incompatible avec les valeurs de la société française, ou encore ait une certaine autorité pour élaborer une vision de l’islam qui soit en harmonie avec ces valeurs. Est- ce possible ? Traditionnellement une telle autorité existe dans l’islam chiite mais non dans l’islam sunnite alors que celui-ci est pratiquement hégémonique en France. Mais on peut concevoir, par exemple, qu’une mesure tendant à lier l’autorisation administrative de construire une mosquée à un agrément d’une autorité centrale de l’islam de France puisse donner du poids à celle-ci. En matière d’organisation, le christianisme comme l’islam n’obéit pas à un modèle unique. On ne retrouve pas dans le protestantisme le fonctionnement centralisé de l’Eglise catholique. Il est sûr, en tout cas, que l’organisation de l’islam de France aura du mal à prendre ce fonctionnement comme modèle.

A lire aussi : L’islam face à la modernité : les raisons théologiques et historiques pour comprendre pourquoi les musulmans ont tant de mal à faire évoluer leur religion

Mis à part le manque de structure du personnel religieux, sur quels autres points l'islam se distingue-t-il du christianisme ou du judaïsme ? Quelles questions nouvelles cela pose-t-il pour le législateur ?

Rémi Brague : Notre notion de "religion" est calquée sur le christianisme. Nous distinguons ainsi des activités que nous considérons comme religieuses, par exemple la prière, le jeûne, le pèlerinage, et d’autres qui, pour nous, ne relèvent pas du religieux, comme certaines règles de vie : interdictions alimentaires, vestimentaires, rapports entre sexes, etc. Or, pour l’islam, ce sont là des parties intégrantes de la religion. Ce qu’ils appellent "religion", c’est avant tout un code de comportement, une démarche à suivre (c’est le sens du mot sharia). Il en est ainsi parce que le Dieu de l’islam n’entre pas dans l’histoire, soit par alliance (judaïsme), soit en poussant l’alliance jusqu’à l’incarnation (christianisme), mais y fait entrer la manifestation de Sa volonté, sous la forme de commandements et d’interdictions. Le message divin est soit une répétition des messages précédents (un seul Dieu, qui récompense et punit), soit une législation la plus précise possible. Le judaïsme connaît lui aussi un code de conduite très précis, mais ce code ne vaut que pour les Juifs. L’islam, lui, dit que tout homme doit s’y conformer.

Nous avons du mal à le comprendre, mais l’islam est avant tout un système de règles qui doivent avoir force de loi dans une communauté. Ces règles peuvent être appuyées par l’Etat si celui-ci est musulman, auquel cas on aura une police spéciale pour assurer, par exemple, le respect du jeûne du ramadan ou la vêture des femmes. Mais si la pression sociale (parents, grands frères, etc.) ou la force de la coutume y suffisent, tant mieux. L’islam distingue une invocation de Dieu qui peut se faire en privé, et une prière publique, avec des formules et des gestes déterminés. C’est elle qui constitue l’un des cinq "piliers" de l’islam.

La laïcité, notre vache sacrée, n’est pas elle-même une idée très claire. C’est une cote mal taillée, produit d’un compromis entre deux instances localisées et historiquement datées : l’Etat français du XIXe siècle et l’Eglise catholique. L’appliquer telle quelle à l’islam, à la mesure duquel elle n’a pas été taillée, entraîne des mécomptes. Le christianisme a l’habitude de séparer la religion et les règles juridiques ; pour l’islam, le seul législateur légitime est Dieu. 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 02/08/2016 - 11:34 - Signaler un abus L'islam n'est qu'une toute petite partie du problème...

    la haine anti-civilisation occidentale obéit à de multiples paramètres: immigrationnisme pour de mauvaises raisons, décalage civilisationnel, guerres droidelhommistes type BHL, abandon des valeurs chrétiennes occidentales, communautarisme, dérapage gauchiste ( et féminin) de la justice et de l'éducation...l'islam n'est que le déclencheur. La balle, c'est le terrorisme. La poudre, c'est la haine, et il existe de multiples façons de la fabriquer...

  • Par john mac lane - 02/08/2016 - 12:24 - Signaler un abus Le financement...L’épouvantail pour cacher la réalité.

    Ce n'est pas le financement le problème, mais le prosélytisme de l'Iman. Il est clair que tout les terroristes sont issus de familles trop nombreuses. Il faut donc des prêches qui invitent à avoir des familles moins nombreuises pour s'a qui donnent à leurs enfants une distinction par le prénom qui conditionne la vie sociale de leurs jeunes. Il faut donc demander

  • Par john mac lane - 02/08/2016 - 12:24 - Signaler un abus Le financement...L’épouvantail pour cacher la réalité.

    Ce n'est pas le financement le problème, mais le prosélytisme de l'Iman. Il est clair que tout les terroristes sont issus de familles trop nombreuses. Il faut donc des prêches qui invitent à avoir des familles moins nombreuises pour s'a qui donnent à leurs enfants une distinction par le prénom qui conditionne la vie sociale de leurs jeunes. Il faut donc demander

  • Par john mac lane - 02/08/2016 - 12:27 - Signaler un abus Le financement...L’épouvantail pour cacher la réalité.

    Ce n'est pas le financement le problème, mais le prosélytisme de l’Imam. Il est clair que tout les terroristes sont issus de familles trop nombreuses. Il faut donc des prêches qui invitent à avoir des familles moins nombreuses. Demander aussi a ce que leurs enfants ne se distinguent pas des autres par un prénom trop distinctif et communautariste qui conditionne la vie sociale de leurs jeunes. Il faut donc demander aux Imams de repérer les jeunes en délinquance. Les pères de famille défaillants..

  • Par zouk - 02/08/2016 - 12:27 - Signaler un abus Laicité

    Funeste concept, dont nous ne commençons qu'à peine à réaliser les ravages: la déchristianisation de notre pays nous prive d'un cadre de pensée, dont dérive la permissivité généralisée. Chaque être humain a besoin de s'appuyer sur un cadre de pensée plus vaste que la politique, amour du prochain, respect des croyances, opinions et modes de vie des autres. L'abandon de ces convictions ne peut conduire qu'au combat de chacun contre tous c'est à dire d l'égoïsme.

  • Par essentimo - 02/08/2016 - 12:45 - Signaler un abus Et Valls

    qui parle de financement public pour les mosquées ! Avec nos impôts ! JAMAIS !

  • Par Paul Emiste - 02/08/2016 - 12:58 - Signaler un abus @zouk

    Excellent merci!

  • Par Deneziere - 02/08/2016 - 13:08 - Signaler un abus Séparer le bon grain de l'ivraie

    Ca sera un islam gallican ou bien la valise.

  • Par Yves Montenay - 02/08/2016 - 15:21 - Signaler un abus A vérifier

    Je ne suis pas du tout certain de l'affirmation : "L’islam, lui, dit que tout homme doit s’y conformer" et serais heureux d'en avoir la source.

  • Par Leucate - 02/08/2016 - 15:58 - Signaler un abus L'EI, l'islam intégral ?

    C'est l'analyse de l'américain Graeme Wood (faire google), enseignant à Yale, contributeur de The Atlantide de divers grands hebdos américains. Certes, il y a de nombreuses interprétations de la religion musulmane, mais celle suivie par Daesh est l'application stricte du Coran et des haddiths. Les musulmans "modérés" qui connaissent leurs textes le savent parfaitement, d'où leur gêne et leur timidité. Les non musulmans peuvent penser que l'islamisme n'est pas l'islam parce que ça les rassure et ne va pas à l'encontre du dogme socialiste de l'amitié entre les peuples, mais ce n'est que du vent.

  • Par Marie Harel - 02/08/2016 - 16:57 - Signaler un abus Attention aux contresens

    L'islam est multiple, soit, la chrétienté aussi. Mais c'est la seconde et non le premier qui a sécularisé la société moderne, et impulsé la dynamique qui a donné naissance à la DEMOCRATIE MODERNE. L'islam peut très bien faire un saut dans le temps, et se libérer du joug anachronique de la charia et de sa théocratie. L'Occident l'en empêche par sa tolérance, son laxisme, son droit de l'hommisme mal ciblés, sa culture de l'excuse, de la haine de soi, de la victimisation, héritée de la doxa marxo-foucaldo-bourdivine... Quand les colonies soviétiques d'Europe ont recouvré leur indépendance, elles n'ont pas chipoté. Elles ont repris pour l'essentiel les acquis démocratiques du demi-siècle écoulé. Les musulmans doivent en faire autant et il faut les CONTRAINDRE ( en les aidant) à quitter le 7ème siècle pour entrer enfin dans le 21ème...C'est une question de bon sens qui exige du courage et l'abandon du politiquement correct. Jusqu'ici nos "élites" bien pensantes ont fait le contraire, par lâcheté clientéliste notamment et soumission à la doxa d'une gauche culturellement hégémonique, par défaut, depuis 1945. Les égorgeurs vont-ils nous en débarrasser? Un mal pour un bien...

  • Par lasenorita - 02/08/2016 - 16:58 - Signaler un abus L'islam est rétrograde.

    Les musulmans ''intelligents'' devraient admettre que leur islam inventé au 7ième siècle n'est plus valable aujourd'hui! Beaucoup de catholiques ne font plus le carême, ne vont plus à la messe.. même s'ils croient en Dieu et à Jésus-Christ: ils s'autorisent à ne pas jeuner pour le Vendredi Saint, à manger de la viande le vendredi,etc..tandis que la plupart des musulmans ''font'' le carême même si ce carême tombe en plein été, qu'ils ont besoin de boire et de manger pour travailler et que la ''médecine'' reconnaît que c'est très mauvais pour le corps humain et la santé de rester sans boire pendant une journée. .peut-être aussi que les musulmans craignent que leurs coreligionnaires les punissent s'ils boivent pendant le carême comme l'a fait le roi du Maroc avec 2 musulmans qui avaient bu pendant le carême(et qu'il a emprisonnés)...mon commentaire a disparu pourtant je relatais des observations bien réelles et non inventées!..

  • Par D'AMATO - 02/08/2016 - 17:10 - Signaler un abus Ce pauvre Monsieur Valls...

    ....qui dans tous les domaine additionne faute sur faute... et manque de perspicacité sur incompréhension..... Pauvre France avec ces apprentis sorciers!!!!....Aucune sensibilité, aucune perception....Uniquement de la verve, doublée d'une bonne dose de fausse assurance....

  • Par padam - 02/08/2016 - 17:53 - Signaler un abus "Occidento delenda est": NON!

    Face à la clarté limpide de monsieur Brague (en qqs phrases simples, tout est dit), on peut regretter une certaine confusion dans l'exposé de monsieur d'Irbarne. Quoi qu'il en soit, et de quelques façons qu'on aborde la question, la conclusion qui s'impose à l'évidence est que l'islam est incompatible avec la culture occidentale et les lois qui régissent depuis Athènes et Rome les sociétés occidentales, entre temps christianisées. Ce fut la grande chance de l'Europe, puis des divers Etats qui en sont issus de par le monde. Ne cédons pas pas aux imprécations des Valls and co, de tous les dhimmis de tous poils, mais défendons sans la moindre concession cet héritage sacré. Ce devrait être d'ailleurs la préoccupation majeure d'une UE digne de ce nom...

  • Par Leucate - 03/08/2016 - 01:27 - Signaler un abus @Marie Harel - lois occidentales

    ""L'islam est multiple, soit, la chrétienté aussi. Mais c'est la seconde et non le premier qui a sécularisé la société moderne, et impulsé la dynamique qui a donné naissance à la DEMOCRATIE MODERNE.""" Le christianisme n'a pas aboli la civilisation antique, il s'est plaqué comme morale sur la civilisation greco-latine qui a ainsi continué à évoluer. Par ailleurs, le Christ ne s'est jamais présenté comme un Législateur, Mahomet si. Nos lois modernes ont donc comme bases des principes et des lois antiques modifiées par la morale chrétienne - code Théodore, code Justinien - ainsi que des lois barbares également modifiées c'est à dire atténuées par la morale chrétienne. L'Eglise quant à elle cherchait à promouvoir le code Justinien sur les lois barbares; se considérant comme l'héritière de la civilisation romaine, elle le considérait en effet comme plus civilisé. L'Islam n'est pas seulement une religion, c'est un tout, un code de bonne conduite en société et dans le privé, un code civil et pénal, une langue, celle des bédouins arabes, Les peuples qui ont été soumis par les guerriers islamiques ont alors purement et simplement changé de civilisation.

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Rémi Brague

Membre de l'Institut, professeur de philosophie à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne et à la Ludwig-Maximilians-Universitat de Munich, Rémi Brague est l'auteur de nombreux essais dont Europe, la voie romaine (1992), la Sagesse du monde (1999), La Loi de Dieu (2005), Au moyen du Moyen Age (2008), le Propre de l'homme (2015) et Sur la religion (2018).

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Philippe d'Iribarne

Diplômé de l'école X-Mines, Philippe d'Iribarne est directeur de recherche au Cnrs, spécialisé dans la diversité des cultures politiques. Auteur de quatorze ouvrages, dont L'islam devant la démocratie (Gallimard, 2013), il a notamment travaillé pour le Secrétariat général de la présidence de la République.

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