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Pourquoi l'obsession anti-russe (et anti-Trump) des élites américaines se nourrit de bien plus que des turpitudes de Vladimir Poutine

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXè siècle.

Disraeli Scanner

Publié le
Pourquoi l'obsession anti-russe (et anti-Trump) des élites américaines se nourrit de bien plus que des turpitudes de Vladimir Poutine

Londres, Le 30 juillet 2017,

Mon cher ami,

Chaque jour qui passe nous apporte une nouvelle preuve de la crise de l'Empire américain. Et la plus grande partie des élites politiques américaines se raidissent. Non seulement Donald Trump ne réussit pas à imposer son changement de cap pragmatique dans les relations avec la Russie; mais les élus démocrates et une partie des élus républicains cherchent des motifs de prouver une collusion entre le président américain et l'ennemi russe. J'étais à Washington il y a quelques semaines et j'ai été impressionné par l'atmosph!re de chasse aux soricières qui régnait; le pire de l'histoire américaine est de retour.

Certains s'étonnent que les Démocrates, en particulier, aient pu adhérer à cette version moderne du maccarthysme. Mais pourquoi s'étonner? Le monde est en train de basculer, géopolitiquement parlant, nous en parlions la semaine dernière. Et le complexe militaro-industriel américain craint pour son avenir: il a besoin d'entretenir les tensions, voire de les accroître. Il n'y a pas que le Pentagone et sa clientèle tentaculaire qui sont en jeu. Le complexe militaro-industriel est aussi financier: le dollar n'a maintenu sa valeur, ces dernières années, que parce que les Etats-Unis menaçaient de représailles toute puissance qui mettrait en question la domination du dollar - et passait à l'acte quand le pays à vaincre pouvait être écrasé facilement, tel l'Irak ou la Serbie; les grandes banques et Wall Street ont partie liée, intimement, avec l'appareil de défense américain. Et n'oublions pas que ces géants récemment surgis, les GAFA, sont entrés dans la construction du consensus washingtonien, par exemple en livrant les données de leurs clients à la NSA. Quand les élites politiques, économiques, militaires des Etats-Unis d'Amérique sont à ce point intriquées, il ne faut pas s'étonner qu'on trouve des élus et sympathisants démocrates à la pelle, pour entretenir l'hystérie anti-moscovite, qui justifie le budget de la défense américain. Le comportement des Républicains américains me chagrine plus. Ils ont face à eux une force politique "libérale" entièrement acquise à l'oligarchie qui soutient l'Empire. Hillary Clinton a représenté la quintessence de ce dévoiement de l'idéal démocrate. Et elle a perdu l'élection présidentielle. On peut ne pas aimer la personne de Donald Trump quand on est un élu républicain du Congrès: mais comment ne pas voir que, sans son surgissement inattendu, le parti républicain s'effondrait encore plus certainement que le parti démocrate? Comment ne pas voir, surtout, que le nouveau président américain a montré la voie d'un renouveau conservateur aux Etats-Unis: la réconciliation des élites républicaines avec l'Amérique profonde? L'attitude la plus intelligente de la part des Républicains ne serait-elle pas de tout faire pour civiliser le nouveau président américain tout en gardant son intuition fondamentale: l'avenir de nos nations se joue dans une réconciliation des milieux dirigeants avec leur peuple.

 
Commentaires

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  • Par kelenborn - 31/07/2017 - 11:58 - Signaler un abus oui mais

    Pendant que ce cher Disraeli se tue à écrire des choses fort sages sur la destinée du monde, l'article le plus lu nous raconte la vie de Celine Dion et Vanessa Paradis!!! Sisyphe où es-tu?

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 31/07/2017 - 20:21 - Signaler un abus Mais oui, c'est très bien

    Mais oui, c'est très bien écrit tout ça, avec beaucoup d'élégance, On disserte entre gens raisonnables sur le sexe des anges ...Mais mon dieu, que c'est superficiel.... En creusant un peu, on pourrait se demander pourquoi les Républicains refusent ce rapprochement avec Poutine, alors qu'ils savent pertinemment qu'il est le dernier rempart de l'occident et de l'Europe en particulier contre l'Asie conquèrante...... Ils savent très bien que seuls face aux chinois ils perdront, mais ils s'en foutent car ils ont choisi les meilleurs clients.... 1,5 milliard contre 200 millions..... business is business !!!!

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Disraeli Scanner

Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

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