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Pourquoi la "Journée morte" pour la Justice n’était pas la meilleure réponse au projet contestable du gouvernement

Une "Journée morte" pour la Justice s'est déroulée le vendredi 30 mars, et une autre est prévue le 11 avril. Cette opposition vise le projet de réforme judiciaire que la garde des Sceaux va présenter dans le cours de ce mois au Conseil des ministres.

Stratégie à revoir

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Pourquoi la "Journée morte" pour la Justice n’était pas la meilleure réponse au projet contestable du gouvernement

Quelques nouvelles qui créent un climat autour de la Justice.

Le Syndicat de la magistrature se fait l'avocat des zadistes qui devraient être expulsés.

Henri Guaino continue et se répète avec sa haine obsessionnelle des juges et son soutien inconditionnel à Nicolas Sarkozy. Marc Trévidic a co-écrit une bande dessinée sur le terrorisme de laquelle il n'est pas absent. Philippe Courroye va publier un livre sur son expérience de magistrat avec ses lumières incontestables et ses ombres (s'il en admet).

J'ai scrupule à évoquer ces détails alors que l'essentiel s'est déroulé le vendredi 30 mars avec une "Journée morte" pour la Justice. Magistrats, avocats et greffiers mobilisés. L'Union syndicale des magistrats, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, la CGT des chancelleries et services judiciaires, et autres syndicats.

Cette unité est exceptionnelle qui rassemble des causes très disparates et aux intérêts sinon opposés du moins guère complémentaires. Une seconde "Journée morte" est déjà prévue pour le 11 avril.

Cette opposition vise le projet de réforme judiciaire que la garde des Sceaux va présenter dans le cours de ce mois au Conseil des ministres. Les principaux griefs qui lui sont imputés : "Suppression des 307 tribunaux d'instance et de la fonction spécialisée de juge d'instance, organisation judiciaire illisible et éloignée du citoyen, déshumanisation de la justice, privatisation du contentieux civil" (Le Point). Avec un simulacre de concertation.

Quel sombre tableau renvoyant aussi bien à un futur qui serait catastrophique qu'à un présent auquel personne ne semble souscrire ! Ce défaitisme tristement synthétisé par Jean-Baptiste Jacquin dans Le Monde ne parlant de rien de moins "qu'une justice asphyxiée, paupérisée et décrédibilisée" !

Cette vision apocalyptique est dangereuse à double titre.

D'abord parce que je la crois fausse dans cette globalité déprimante, formulée par une majorité de magistrats. Le but des syndicats est moins de stimuler que de protester, est moins de susciter de la fierté pour ce grand métier que de le réduire à des doléances, à des revendications permanentes...

Ensuite parce qu'elle justifie, à cause de son caractère absurdement caricatural, la politique qui sera évidemment mise en oeuvre puisque le gouvernement a usé d'une méthode déjà éprouvée : vous nous donnez votre avis mais le nôtre l'emporte par définition.

Pour ma part je n'ai jamais été fanatique de ce mimétisme qui a conduit trop souvent le monde judiciaire à emprunter les chemins du syndicalisme basique avec un certain nombre de postures qui probablement accentuent le hiatus entre le citoyen et l'institution, entre les attentes du premier et la réalité de la seconde.

Le président Macron et son gouvernement ont tendance à pécher par présomption. Ils auraient pour vocation politique et démocratique de tout changer, de tout réformer, et de fond en comble. Et ce serait le tour de la Justice ! Ils ont évidemment trouvé un prétexte à cette boulimie de métamorphose dans la déplorable appréciation que le service public de la Justice porte sur lui-même.

 
Commentaires

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  • Par patafanari - 04/04/2018 - 12:33 - Signaler un abus J'ai confiance en la justice de mon pays.

    Fiction fédératrice (phrase à prononcer sans pouffer).

  • Par lémire - 04/04/2018 - 21:09 - Signaler un abus "pas décridibilisée" ?

    Et on dit que les magistrats n'ont pas le sens de l'humour... Les magistrats, tant du SM que de l'USM, s'opposent à toute construction de places de prison, entretiennent le mythe de la prison criminogène (car l'impunité et l''émulation de rue ne le sont pas...), se posent en gardiens des libertés, mais exigent toujours plus de restrictions aux pouvoirs de surveillance et de répression de l'Etat, qui font partie de ses devoirs essentiels. Ils qualifient d'avancée du droit toute nouvelle possibilité d'entraver l'action de l’exécutif. Ils refusent de tenir compte de l'augmentation massive de la délinquance. Par leur silence, ils ont cautionné la partialité affichée sans vergogne sur le "mur des cons". Et ils voudraient croire que les Français ont de la confiance et du respect pour ces Fouquier-Tinville au petit pied, et pour ceux qui les cautionnent... Pathétique

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Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il est l'auteur de La France en miettes (éditions Fayard), Ordre et Désordre (éditions Le Passeur, 2015). En 2017, il a publié La parole, rien qu'elle et Moi, Emmanuel Macron, je me dis que..., tous les deux aux Editions Le Cerf.

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