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Pourquoi les grosses voitures électriques polluent plus que les petites voitures à essence

La voiture électrique, meilleure alliée de l'environnement ? Pas toujours... Si rouler en Tesla ne produit pas de CO2, la construction des batteries et la production d'énergie sont parfois loin d'être propres. Entre la production de lithium ou de cobalt, et le rechargement des voitures avec des centrales à charbon, essence ou gaz, il faut revoir les systèmes de bonus/malus pour réorienter toute une filière en expansion.

Voitures électriques

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Pourquoi les grosses voitures électriques polluent plus que les petites voitures à essence

Sur les dispositifs de bonus écologiques et autres vignettes

L'erreur historique du Grenelle de l'Environnement est d'avoir basé uniquement le bonus écologique sur le CO2. C'est la raison pour laquelle les pouvoirs publics ont fait monter si haut la part du Diesel, qui a été forcément privilégié puisqu'il rejette 15 à 20 % de CO2 en moins par rapport à l'essence. Et en plus, des modèles sans filtres à particules ont bénéficié de bonus à l'époque. Je note d'ailleurs que les Verts n'ont rien fait pour changer la règle quand François Hollande est arrivé au pouvoir et a prolongé le dispositif, ce qui montre au passage que les donneurs de leçons ne sont pas forcément les mieux placés.

Paradoxalement, on applique la même règle aujourd'hui en se basant sur le CO2 pour le malus, ce qui a pour effet de faire payer plus aux français qui ont fait l'effort de passer à des véhicules à essence au lieu du Diesel, notamment sur des monospaces ou de grandes berlines ! A la limite, la vignette Crit'Air est plus juste, même s'il est scandaleux que les moteurs Diesel Euro 6 ne puissent pas prétendre à la catégorie 1, alors qu'on attribue cette même catégorie aux véhicules essence Euro 6 qui rejettent des particules.

Les élus de grandes villes et certains pays, jusqu'à la Commission Européenne font la même erreur en faisant une analyse à courte vue et en ne regardant que les émissions de CO2 en sortie. Certes, une voiture électrique ne rejette pas de particules (sauf celles issues de ses plaquettes et disques de freins). Mais, elle pollue aussi, à sa manière. Un véhicule électrique impacte l'environnement en raison de l'énergie qu'il faut pour le produire, mais aussi en raison du lithium (demain pour le cobalt) qu'il faut extraire pour l'intégrer dans les batteries. Précisons au passage que tous les constructeurs de la terre sont dépendants de cellules lithium-on qui viennent d'Asie. L'autre aspect à prendre en compte est l'origine du courant électrique (est-il vertueux quand il vient du nucléaire qui génère des déchets, ou quand les centrales sont alimentées par du charbon, voire du fioul à Porcheville aux portes de Paris ?) et enfin l'énergie nécessaire à la déconstruction.

La batterie présente cependant un avantage, c'est qu'elle peut connaître une seconde vie et servir dans un bâtiment avant d'être recyclée. La question qui n'est jamais posée est celle de la capacité du réseau électrique à absorber des volumes importants de véhicules électriques, notamment quand ils feront de la recharge rapide. Quand on sait que RTE prévient déjà des risques de coupure cet hiver, alors qu'on ne dénombre qu'un peu plus de 100 000 véhicules en circulation, on devrait y réfléchir à deux fois.

Peut-on fabriquer une voiture sans émettre de CO2 ?

Non, évidemment. Quelle que soit la motorisation, l'analyse du puits à la roue induit forcément une dépense d'énergie. Par contre, certains constructeurs essaient de raisonner autrement. C'est le cas d'Audi, qui a investi dans une centrale de méthanisation. Le constructeur récupère l'énergie issue des éoliennes et la transforme en hydrogène, puis en méthane qui va ensuite alimenter des voitures au GNV, avec un gaz vert puisque d'origine renouvelable. Si les investissements des industriels étaient pris en compte, pour le gaz comme pour les futurs carburants de synthèse, le calcul des émissions de CO2 serait différent. Un autre exemple : savez-vous qu'un véhicule au gaz naturel rejette 20 % de CO2 en moins et pas du tout de particules ? Et s'il roule avec du biométhane, issu par exemple de la valorisation de déchets, ses émissions du puits à la roue passent alors à... 5 grammes de CO2 par km ! Et ça, on peut le faire localement avec le concours des agriculteurs, au lieu d'acheter de la technologie chinoise, coréenne ou japonaise. De la même façon, on devrait s'intéresser aussi à l'hydrogène, car on a la chance d'avoir en France des acteurs qui maîtrisent toute la chaîne, y compris pour un mode de production plus écologique avec des électrolyseurs.

Le Financial Times explique qu'il est préférable pour l'environnement de conduire une petite voiture à essence qu'une grosse voiture électrique dans le mid-west américain, à cause d'un mix énergétique dominé par les énergies fossiles.

Une étude du MIT dit aussi qu'un voiture à essence est plus vertueuse sur le cycle de vie en matière de CO2 qu'une Tesla Model S. Le choix de la motorisation dépend de l'usage. Quelqu'un qui fait de grandes distances sur autoroute a tout intérêt à continuer à rouler au Diesel. A l'inverse, une personne qui fait peu de km au quotidien devrait plutôt prendre une voiture à essence, et si elle fait essentiellement de la ville, une hybride ou une électrique. Il faut surtout arrêter de faire croire qu''il n'existe qu'une seule solution qui serait l'électrique. Ce n'est pas aux politiques de dicter les solutions, surtout quand ces prises de parole sont en fait des postures pour occuper l'espace médiatique. L'intelligence (des ingénieurs) est préférable au sectarisme et à l'incompétence.

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 12/11/2017 - 11:35 - Signaler un abus La France est un cas à part

    Son électricité actuellement produite de l'électricité sont non polluante grâce à ses centrales atomiques, hydraulique, et renouvelable, cette dernière est négligeable. Mais quand il y aura des millions d'autos électriques, la demande produira une explosion de la demande électrique. Comment va t on produire cette électricité?Mais, dans le reste du monde ? L'électricité est produite très majoritairement avec des énergies fossiles extrêmement polluantes. Alors on déplace la pollution des villes pour la campagne, a l'échelle du monde ou est l'Avancée écolo ? Nulle voire pire. La France c'est 1% de la pollution mondiale, alors les efforts qui nous sont demandés, ces lourds efforts sont quasi négligeables a l'échelle mondiale

  • Par Lazydoc - 12/11/2017 - 14:09 - Signaler un abus Donc

    Posséder 3 voitures serait parfait = un diesel pour les longs trajets, une électrique pour la ville, une essence pour les trajets mixtes. Mais cela est-il écologique? Peut-être un cheval, un âne et une charrette? Ainsi qu’une étable, du foin,...

  • Par Papy Geon - 12/11/2017 - 14:58 - Signaler un abus « Ce n’est pas aux politiques de dicter les solutions »…

    Peut-être que oui, peut-être que non. Ils devraient d’abord définir les cahiers des charges. Mais en sont-ils capables ? La réponse est évidente : c’est NON. Ceci pour une bonne raison : ce ne sont pas des techniciens, ni des personnes capables de faire des synthèses à partir d’objectifs, ce sont plutôt des girouettes qui n’ont qu’un dénominateur commun à la base de leurs réflexions. Ce dénominateur, c’est le rapport entre les coûts et les profits, communément appelé « aspects budgétaires ». Et de toute manière, si par chance ils arrivent à se fixer des objectifs, force est de constater qu’ils en ont toujours plusieurs en tête (cela leur donne de l’importance), mais qui se mordent la queue, et c’est là où le bât blesse. Qu’attendent par exemple nos politiques pour présenter un cahier des charges de véhicules hybrides / GPL à nos constructeurs, et en exiger la mise en application ? Bon d’accord, il y aura toujours du CO2, d’ailleurs en quantité raisonnable, mais tout le reste (NOX, particules,…) est à oublier.

  • Par Papy Geon - 12/11/2017 - 15:01 - Signaler un abus Suivons l’exemple du GPL.

    Les objectifs sont pourtant faciles à définir. Il s’agit d’obtenir des véhicules qui polluent le moins possible (critère primordial), et qui ne soient pas chers pour que la majorité des Français les utilisent (critère également primordial). Si ces deux critères ne sont pas réunis, l’efficacité environnementale sera quasi nulle. Le cas du GPL est exemplaire. Les moteurs existent depuis des lustres (par exemple, un bon vieux 1 600 ou 1 400 atmosphérique, donc essence, avec de bons sièges sous ses 16 soupapes). La technologie GPL existe également depuis des lustres, et son réseau de distribution également. Il n’y a pas besoin de turbos, de systèmes d’alimentation haute pression, de filtres à particules. Il faut un réservoir de gaz d’au moins 50 litres utiles, ainsi qu’un petit réservoir d’essence pour assurer les démarrages (quelques dizaines de secondes maximum). Et ce type d’engin ne rejette que du CO2 et de l’eau. En l’associant à l’électricité batterie, on obtient des couples moteurs surprenants, supérieurs à ceux des moteurs à gazole. La vitesse de pointe n’a plus d’importance, seul compte aujourd’hui ce fameux couple moteur.

  • Par Jamar - 12/11/2017 - 15:05 - Signaler un abus Le tout électrique...

    Il est tout de même grand temps que ces abrutis d'écolos et de politicards incompétents regardent enfin les choses en face !... Jamar.

  • Par vangog - 12/11/2017 - 15:10 - Signaler un abus Donald a eu raison de se désolidariser de l’accord de Paris....

    car le grenelle de l’environnement montrait l’exemple même d‘une politique de faux-culs sous-tendus par d’immenses biais ecolo-trotskystes, anti-capitalistes et mondialistes... Ont-ils calculé le bilan humain, social, ecologique de ces batteries lithium, de ces panneaux solaires au silicium, de ces éoliennes assemblées en Chine socialiste et acheminées par fioul maritime vers une UE masochiste, qui passe son temps à délocaliser son industrie pour satisfaire l’ego mal-placé de quelques idéologues à la Flamby, Hidalgomygode, ou De Rugy?...non, évidemment! Car seul comptaient l’accord, et l’ego de ces névropathes..

  • Par lepaysan - 12/11/2017 - 18:14 - Signaler un abus Très politique

    Avec EDF, AREVA pratiquement en faillite, et Bolloré qui a investit massivement dans la voiture électrique, il faut vendre de l'électrique coûte que coûte et on est bien loin de l'écologie, Après a Paris la voiture électrique, c'est peut être pas mal mais inadaptée pour les provinces

  • Par Papy Geon - 12/11/2017 - 22:12 - Signaler un abus Un retour d'expérience GPL..

    Je n’invente rien, cela n’aurait aucun intérêt. J’ai roulé 240 000 km au GPL il y a plus de vingt ans, car je voulais « rouler écolo ». Le litre de GPL valait au départ 15 centimes (de franc), et je parcourais 40 000 km par an. Il est passé rapidement à 40 centimes, puis peu à peu à 80. La voiture : une Vectra 2.0 16S, équipée en seconde monte d’un réservoir de 50L utiles (bonbonne 60 L dans le coffre). C’était un des rares modèles dont le système de soupapes avait été étudié pour supporter le gaz. Je n’ai absolument jamais eu de souci (1 heure d’entretien du système GPL chaque année). La consommation moyenne (enregistrée) était de 9 L de GPL, et quelques décilitres de Super (quelques km de temps en temps pour brûler les 5 litres dans le réservoir). L’huile de synthèse que j’utilisais, vidangée tous les 40 000 km était d’aspect intacte. J’avais essayé la voiture sur circuit, pour constater qu’elle avait des performances identiques en mode essence ou GPL. Alors, gazole à part, pourquoi nous cantonner à deux systèmes chers et au bénéfice écologique douteux, soit tout batteries, soit petit moteur essence turbo-pétaradant, très compliqué, et qui boit tout de même pas mal?

  • Par moneo - 13/11/2017 - 11:18 - Signaler un abus surtout si le CO2 est utile...

    En assurant une meilleure croissance des plantes...vous savez les puits verts. En plus ,si le diagnostic savoir le ço2 fait monter la température ( l'homme est responsable) est faux.. diagnostic faux, solution fausse...

  • Par hermet - 14/11/2017 - 09:34 - Signaler un abus L'intelligence (des ingénieurs) est préférable au sectarisme et

    Bravo, tous est dit Mettons fin à la politique.

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Laurent Meillaud

Laurent Meillaud est journaliste, écrivain et consultant spécialisé dans l'automobile et les nouvelles technologies. Il anime le blog Voitures du Futur.

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