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Pourquoi les femmes de la génération des Baby-Boomers sont beaucoup plus dépressives en vieillissant que leurs aînées

Ces femmes, aujourd'hui âgées entre 40 et 65 ans, qui ont bâti leur vie sur leur carrière et leur famille doivent redéfinir qui elles sont.

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Pourquoi les femmes de la génération des Baby-Boomers sont beaucoup plus dépressives en vieillissant que leurs aînées

Beaucoup se tournent en effet vers la drogue. Crédit Flickr/Victor1558

Vieillir est difficile pour tout le monde. Mais selon plusieurs études, il semblerait que c'est encore plus dur pour les baby-boomers, et plus particulièrement pour les femmes baby-boomers, c'est-à-dire celles nées entre 1945 et 1975. Une étude publiée il y a quatre ans dans l'American Sociological Review indique en effet que les Baby Boomers, qui représentent tout de même un quart de la population américaine, sont plus déprimés et moins satisfaits par leur vie que les personnes plus jeunes mais aussi moins jeunes.

Etonnant et pourtant bien vrai.

Le taux de suicide chez cette tranche d'âge confirme d'ailleurs cela puisqu'entre 1999 et 2004, il a augmenté de près de 20% chez les personnes âgées de 45 à 54 ans selon le Centers for Disease Control and Prevention . La hausse est encore plus impressionnante chez les femmes puisqu'elle atteint 31%.

Mais le suicide n'est pas l'unique option qu'ont trouvée les femmes baby-boomers pour faire face à la dépression qui les accule. Beaucoup se tournent en effet vers la drogue. L'Institut national de la Santé américain estime même qu'entre 2002 et 2011 le nombre de personnes âgées de 50 et 50 ans consommant des drogues illégales a triplé.

Mais comment expliquer que ces femmes, qui sont plus éduquées, ont fait de belles carrières mais ont également accès à de meilleurs traitements contre les maladies, soient si déprimés? Si les experts ne sont pas encore sûrs de la réponse, beaucoup s'accordent pour mettre en avant le stress. Une autre raison souvent invoquée est liée aux attentes, aux espoirs, aux rêves qui ne se sont jamais vraiment concrétisés. Comme l'indique son nom, les baby-boomers sont tous nés au même moment à une époque où tout allait bien. Conscience de la chance qu'ils ont eu de naître à cette période de renouveau économique, ils ont d'énormes envies quant à leur avenir, souvent irréalisables compte tenu du nombre important de personnes qui arrivaient en même temps sur le marché. Beaucoup ont alors dû se limiter à moins que prévu. Ou quand la frustration vous mange de l'intérieur, et vous rend dépressif.

D'autant plus que les femmes se sont particulièrement mis la pression. Arrivées après la seconde vague de féminisme, beaucoup ont voulu associer vie de famille épanouie et carrières brillantes. Mais que faire quand on approche de la retraite et que les enfants ont quitté la maison ? Là réside la difficulté pour les femmes baby-boomers, le nœud du problème qui entraîne bien souvent des dépressions. Redéfinir sa vie, son identité, se trouver un nouveau but n'est jamais simple. La génération de femmes précédentes n'avaient pas eu à le faire dans une telle mesure puisqu'elles savaient déjà ce que signifiait ne pas travailler. Et c'est une difficulté qui impacte toute la société. Les baby-boomers risquent en effet de redéfinir la vieillesse, comme ils ont redéfini à leur époque la jeunesse.

Interview Jacques Hamel, professeur au département de sociologie de l'université de Montréal

Atlantico : Comment expliquer que cette génération, souvent appelée les baby-boomers, est plus déprimée que les autres alors qu'elle a notamment eu plus facilement accès à l'emploi et à la propriété comme le montre une étude de l'Insee sur les inégalités entre générations depuis le Baby-boom publiée en juin 2011 ?

Jacques Hamel : Il faut faire la distinction entre la première vague de baby-boomers (1945-1950) et la seconde (1955 jusqu'au début des années 60). Ce phénomène de dépression touche surtout les enfants nés dans cette deuxième vague. Ils ont profité des progrès de la science, de l'éducation. Mais tout cet espoir qu'ils incarnaient a finalement pris fin avec le premier choc pétrolier. Après une enfance heureuse, ils ont dû s'intégrer dans une société bien différente de celle des trente Glorieuses. A la fin des années 70 et début des années 80, ils se sont heurtés à la précarité du travail, au chômage. Il y avait de quoi être angoissé et ce passage d'une ascension sociale possible à une monde semé d’embûches a laissé des marques. Nous n'étions plus dans un jardin rose, où tout paraissait possible.

Les femmes sont par ailleurs plus touchées que les hommes par ce phénomène de dépression. Pouvez-vous l'expliquer ? Certains universitaires estiment notamment que c'est parce que ces femmes nées entre 1945 et 1975, arrivée après la deuxième vague de féminisme, ont voulu associer vie de famille et carrières brillantes, et qu'elles approchent désormais d'un âge proche de la retraite et que leurs enfants ont quitté le domicile familial.

Les femmes nées de la première génération de baby-boomers se sont intégrées massivement à la société. Elles ont du par conséquent concilier travail et famille, tout en misant sur la libération de leur sexe (courants féministes) pour s'assurer une autonomie. Mais elles se sont heurtées à la discrimination qui sévit dans le monde du travail : elles n'ont pas les mêmes droits, ni les mêmes salaires que les hommes et aujourd'hui encore. Il faut bien réaliser que la plupart de ces couples nord-américains vivent en périphérie, ce qui ne facilite pas les tâches ménagères des femmes. Elles doivent s'occuper des enfants, de leurs devoirs, cumuler les allers-retours de voiture... tout en travaillant. Cela accroît leur fatigue et pousse nécessairement à l'état de dépression.

Beaucoup parlent des baby-boomers comme d'une génération qui a volé la vie de leurs enfants et qu'ils ont tout eu. Ne sont-ils donc pas seulement des "enfants gâtés" ?

Avec les baby boomers est né la notion d'"enfant-roi". On avait connu les horreurs de la guerre, la séparation des couples. Les hommes, une fois revenus, ont fait des enfants qui incarnaient finalement tout leur espoir. Les parents voulaient offrir à leurs progénitures le maximum. Ils ont par exemple investi dans leurs enfants en terme d'éducation afin qu'ils fassent de belles carrières. Et quand la crise de 1981 a frappé, ces "enfants-rois" ont déchanté. Peut être que leur enfance ressemblait à une vie de luxe, mais la réalité les a rattrapé.

 
Commentaires

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  • Par kettle - 22/11/2012 - 09:11 - Signaler un abus femmes nées entre 1945 et 1975

    Des generations bien distincts et differentes, sans rien en commun. Article stupide.

  • Par kettle - 22/11/2012 - 09:16 - Signaler un abus "belle carrieres"

    "ces femmes, qui sont plus éduquées, ont fait de belles carrières" --- Et quelle proportion d'entre elles ont eu une "belle carrieres"? 1% ? 2% au mieux. Plus "eduquées"? Ni plus ni moins que la generation precedentes d'avant guerre.

  • Par ccompagnon - 22/11/2012 - 10:37 - Signaler un abus Le prochain combat

    de Clémentine Autain...

  • Par Karamba - 22/11/2012 - 11:03 - Signaler un abus progressisme soixante-huitard

    le culte de la personnalité, l'individualisme triomphant, le jeunisme sans pitié, l'égoïsme consumériste avec le sexe en marchandise... toutes ces considérations matérialistes et superficielles ne tiennent pas le choc face aux affres du temps et du vieillissement. Quand on vit avec pour seule nourriture spirituelle la séduction narcissique, on ne peut que mal vivre le fait de ne plus monopoliser l'attention. On a vu apparaître les cougars et le côté pathétique et désespéré de leurs refus d'accepter leur âge... Être grand mère ce n'est pourtant pas une faillite, c'est juste une nouvelle vie. Encore faut-il ne pas ruiner le modèle familial et ça, notamment avec Hollande, c'est mal barré...

  • Par Redmonde - 22/11/2012 - 11:39 - Signaler un abus ARTICLE RIDICULE

    Pour pouvoir affirmer que les femmes soixante-huitardes vieillissent plus déprimées que leurs mères, il faudrait avoir des données statistiques solides sur la dépression chez les femmes des années 40/50. Or de telles données n'existent pas, et de telles affirmations relèvent donc de l'impressioniste le plus total. En fait, ça revient à taper une fois de plus sur la génération 68, que dans la vulgate médiatique de droite, il est de bon ton de charger de tous les péchés: égoistes, individualistes, imprévoyants etc. Tout cela relève des niaiseries consensuelles de café du Commerce, et n'a strictement aucune pertinence informative. A charger ainsi cette génération de tous les péchés, on va finir par me la rendre sympathique.

  • Par Glabre et Ingambe - 22/11/2012 - 13:07 - Signaler un abus espoir toujours

    Très content de voir que les études américaines ressemblent un peu aux déchets toxiques : quand on ne trouve pas de décharges où les coller près de chez soi, on les exporte. Avec la quantité de chômeurs subventionnés que nous pondent les facs de socio, de littérature et de droit, je sens qu'on va devenir exportateurs à notre tour

  • Par kettle - 22/11/2012 - 18:31 - Signaler un abus Les affres du temps

    "le jeunisme sans pitié, l'égoïsme consumériste avec le sexe en marchandise... toutes ces considérations matérialistes et superficielles ne tiennent pas le choc face aux affres du temps et du vieillissement" --- http://www.youtube.com/watch?v=hyNRCmZC8Jw

  • Par kettle - 22/11/2012 - 18:33 - Signaler un abus Ou sont tous mes amants?

    http://www.youtube.com/watch?v=kZBcu3INKpE

  • Par roudoudou - 22/11/2012 - 19:19 - Signaler un abus Un peu de tact SVP

    En parlant des femmes de l'ancienne génération qui "elles savaient déjà ce que signifiait ne pas travailler", vous seriez mieux inspiré d'ajouter "en dehors de chez elles". Car élever ses enfants 24/24 est un travail autrement plus prenant et angoissant et stressant, même quand tout se passe bien, que le job le plus difficile. Pas étonnant que vos "super women" n'y arrivent pas !

  • Par kettle - 23/11/2012 - 09:13 - Signaler un abus Mythe de la femme inactive

    "La génération de femmes précédentes n'avaient pas eu à le faire dans une telle mesure puisqu'elles savaient déjà ce que signifiait ne pas travailler." --- Entre 1912 et 2012 - un siecle - la proportion de femme au travail et resté la meme. 99% de la population a toujours travaillé. La nouveauté est le 1% qui s'est mis a une activité au lieu d'etre rentier. Comme ce meme 1% est maintenant journaliste, sociologue, etc, il pense que la majorité des femmes a basculé dans le travail.

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