Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 01 Août 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi Facebook nous apparaîtra bientôt comme l’homme de Cro-Magnon des réseaux sociaux

Alors que Facebook compte plus de 800 millions d'utilisateurs dans le monde, le réseau social fondé par Mark Zuckerberg risque de rester prisonnier du networking entre amis. Une aubaine à saisir pour les entreprises qui peuvent en profiter pour créer des réseaux sociaux, de plus petites tailles, spécialisés sur leurs activités. Des réseaux qui seront à la fois numériques et physiques...

Connecter autrement

Publié le

Le social networking est devenu tangible avec Facebook, qui nous rend un service singulier : recréer en ligne notre vie sociale, nous connecter à nos amis. Facebook a plus d'utilisateurs identifiés que n'importe quelle autre application dans l'histoire du numérique. Facebook va continuer à grandir, mais va rester prisonnier de sa proposition de valeur : le networking entre amis. Bien sûr, beaucoup d'utilisateurs de Facebook ont une acception large de la notion d'amitié et finissent par élargir leur graphe social à des centaines voire des milliers de personnes.

Il est probable que Facebook même encourage cette tendance, avec l'objectif non dit que tout le monde soit un jour connecté à tout le monde. Mais la notion d'amitié reste au centre de Facebook. Or on n'interagit pas de la même façon ni dans les mêmes termes avec tous ses amis. Surtout, on n'interagit pas qu'avec ses amis.

Beaucoup des interactions sociales de notre quotidien ne sont pas avec nos amis mais avec des interlocuteurs professionnels, de vagues relations qui partagent certains engagements ou centres d'intérêt, voire de parfaits inconnus. Ce dépassement de son cercle d'amis est encore plus vrai dans l'univers numérique, qui abat les frontières de notre intimité et lève les inhibitions qui affectent nos interactions sociales. Sur Internet, il est beaucoup plus facile d'aborder des inconnus, de dire ce qu'on a sur le coeur, de s'emporter, de s'enthousiasmer. Sur Internet, nous sommes tous des Jerry Maguire ! C'est d'ailleurs l'objet d'une vieille plaisanterie : "Sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien". Il est donc plus facile de dépasser son cercle d'amis et de nouer des relations sociales sous d'autres prétextes que l'amitié. Bien des opportunités restent donc à explorer sur le marché du social networking.

Les organisations, entreprises et administrations peuvent apprendre à faire levier de la multitude, ces milliards d'individus éduqués, outillés, connectés, dont l'activité spontanée est créatrice de valeur. L'existence de relations d'amitié entre utilisateurs, qui est au fondement du modèle de Facebook, n'est finalement qu'un prétexte pour interagir en ligne et faire des choses ensemble.

Mais il existe bien d'autres prétextes : si on habite au même endroit, si on s'intéresse aux mêmes choses, alors on a des choses à se dire et des choses à faire ensemble. A l'âge de la multitude, chaque organisation doit se demander en quoi son activité peut stimuler la multitude, provoquer des interactions entre individus autour de centres d'intérêt commun, de contenus, d'engagements, de choses à faire ensemble. Chaque entreprise ou administration peut susciter l'émergence d'un réseau social centrée sur son activité. Elle doit pour cela se doter de nouveaux actifs, qui permettent de stimuler la multitude et de faire levier de son activité.

Rien n'est plus étranger à Internet que la passivité : contrairement à des spectateurs rivés à leur écran de télévision, les utilisateurs d'Internet sont actifs. Par exemple, ils ne se contentent pas de "consommer" les oeuvres culturelles : leur activité spontanée consiste à les commenter, à les partager, à les détourner, à les refaire à leur manière, à les mélanger à d'autres. Ce qu'ils aiment, ils éprouveront un grand plaisir à le faire découvrir à d'autres. Une création originale, parce qu'elle est inspirante, est créatrice de liens. Les industries créatives, jusqu'ici, ont donc raté le coche : elles auraient pu s'installer au coeur du réseau complexe des interactions entre individus sur Internet, inspirer la formation de réseaux sociaux d'individus passionnés et actifs et capter une partie de la valeur créée par la multitude. Mais elles ont laissé aux géants du numérique, à Facebook ou à Apple, le quasi-monopole de cette valeur.

Or il n'est pas trop tard. Un récent article dans The Atlantic explique pourquoi Google doit abandonner Google+ et chercher à créer des réseaux sociaux autour de ses applications plus spécialisées, comme Google Books. Ce qui est vrai pour Google est vrai pour les industries créatives et, demain, pour des secteurs aussi divers que la grande distribution, les transports, la banque, la santé ou l'éducation.

Les réseaux sociaux de demain ne seront pas des nouveaux Facebook, gigantesques et universels. Ils ne seront pas non plus purement numériques. Ils seront spécialisés, inspirés par une organisation autour de son coeur de métier, et hybrides, à la fois numériques et physiques, ancrés dans le monde réel et dans notre vie de tous les jours – inspirés par le numérique mais créateurs d'activité et d'emplois bien tangibles. Tel est le défi auquel est confronté toute organisation à l'âge de la multitude : inspirer la formation de réseaux sociaux créateurs de valeur pour elle-même comme pour l'ensemble de la société.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 30/05/2012 - 22:21 - Signaler un abus Optimisme

    Je vous trouve bien optimiste : regardez ce qui se passe sur ce site et d'autres similaires : une toute petite proportion de commentateurs par rapport au nombre de lecteurs... Et lorsqu'un réagit au message d'un autre, c'est le plus souvent pour l'agresser et l'insulter !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Nicolas Colin

Nicolas Colin est maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris, chercheur associé à l'Institut Montaigne et ancien rapporteur de la mission "Création et internet".

Inspecteur des finances en disponibilité, il a fondé et dirige une société technologique, CauseBuilder, spécialisée dans le social marketing.

Il est l'auteur de L'Âge de la multitudeparu en 2012 aux éditions Armand Colin et co-écrit avec Henri Verdier

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€