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Pourquoi l’euro est davantage en péril qu’au plus fort de la crise 2008-2009

6 ans après, la zone euro fait de nouveau (toujours ?) face à un risque de récession. La faute incombant en premier lieu à sa structure, et non aux seules défaillances des Etats dans leur gestion des finances publiques, les leaders européens doivent cesser de s'enfermer dans des politiques contre-productives.

Crise de l'euro, le retour

Publié le - Mis à jour le 14 Novembre 2014
Pourquoi l’euro est davantage en péril qu’au plus fort de la crise 2008-2009

La zone euro fait de nouveau face à un risque de récession. Crédit Reuters

Atlantico : 6 années après le déclenchement de la "grande récession", la zone euro semble se rapprocher d’un nouvel épisode récessif. Si ce contexte venait à se confirmer, le continent européen serait-il armé pour l’affronter ? Ou est-il plus vulnérable qu’il ne l’était ?

Alexandre Delaigue : On construit une sorte d'histoire, avec des rebondissements, sur la conjoncture européenne. L'idée générale était que la crise était finie depuis qu'on n'a plus, à intervalle régulier, de "réunion de la dernière chance" se terminant à une heure impossible à Bruxelles.

L'ambiance générale depuis le début 2014 était que la crise économique était résolue, que la croissance allait finir par repartir, etc. Maintenant on constate que ce n'est pas le cas, donc on parle de "nouvelle récession". En réalité, on discute de minuscules fluctuations autour de zéro. L'économie européenne est passée de la crise à la stagnation - et on stagne sans arrêt. Donc d'un côté il ne faut pas vraiment s'inquiéter de la nouvelle "récession", elle n'est que la continuation de l'existant. Dans le même temps, cela traduit le fait que les problèmes de la zone euro ne sont toujours pas résolus. 

Nicolas Goetzmann : En 2008 et en 2009, la violence de la crise a été telle que l’Europe a été témoin d’un effondrement nominal de sa croissance. C’est-à-dire que la somme de la croissance et de l’inflation était inférieure à 0, cela est important car le seul précédent d’un tel phénomène était ce que le monde a connu au cours des années 30. C’est une dépression.

Aujourd’hui, l’inflation est d’ores et déjà proche de 0, ce qui conduit l’économie européenne à se rapprocher dangereusement de la déflation. Cela signifie surtout qu’il n’existe aucune marge de sécurité pour un nouvel épisode économique "dur". La gravité de cette situation est amplifiée par le fait qu’en 2008, la banque centrale européenne disposait encore d’outils "conventionnels" pour répondre à la crise. Elle pouvait baisser ses taux. Ce n’est aujourd’hui plus le cas puisque les taux sont déjà à 0. Ce qui veut dire qu’en l’absence d’une réponse "non conventionnelle" de la BCE, la zone euro serait totalement démunie face à une nouvelle crise. Un tel événement aurait ainsi pour conséquence de provoquer un "instant de vérité" pour l’ensemble du continent.

Les mécanismes de sauvegarde qui ont été mis en place au cours des dernières années, aussi bien au niveau budgétaire que monétaire, se révèlent-t-ils insuffisants ?

Alexandre Delaigue : Au niveau budgétaire, c'est une vaste plaisanterie. On a mis en place des règles qui viennent d'en haut, censées discipliner les Etats aux finances publiques défaillantes. On se demande par où commencer tant cette logique est intenable. Premièrement, la crise de la zone euro n'est pas une crise causée par les finances publiques des Etats mais par l'architecture même de la zone euro. Il aurait fallu pour l'éviter "budgétairement" que des pays comme l'Irlande ou l'Espagne aient des excédents budgétaires de l'ordre de 6% avant 2007 pour contrebalancer les bulles immobilières, ce qui est absurde ! Les règles mises en place, si elles sont moins absurdes en théorie, reposent sur la mesure d'un déficit structurel, et sur des prévisions de croissance, deux exercices très incertains. On en voit le résultat aujourd'hui dans la discussion de marchands de tapis entre la France et l'Italie, et la Commission européenne. Les prévisions françaises de croissance sont probablement exagérément optimistes, mais celles de la Commission sont-elles meilleures ? La seule façon d'avoir des finances publiques tenables, c'est l'autodiscipline des gouvernements. Si elle n'est pas présente, les règles ne feront que rajouter la tricherie et l'hypocrisie à l'irresponsabilité.

Au niveau monétaire, la BCE a tenté de jouer son rôle et a été la seule institution réellement à même de tenir la zone euro. Mais elle aussi est contrainte par des règlements et par un biais déflationniste dans son fonctionnement. Résultat, Mario Draghi n'a pas les coudées franches. Il doit vivre avec l'héritage d'une politique monétaire qui a été trop timorée, et qui est arrivée trop tard, et avec des gouvernements qui ne jouent pas le jeu, et avec un directoire divisé. Tout cela suffit à éviter de sombrer dans une crise majeure, mais ne parvient pas à en sortir réellement, d'où la stagnation permanente. 

Nicolas Goetzmann : En 2012, Mario Draghi indiquait qu’il ferait "tout" pour sauver l’euro. Cette formule a été très efficace lorsque la dette des pays les plus fragiles était menacée. Il s’agit donc d’une réponse défensive, une arme contre les attaques dont la zone euro faisait alors l’objet. Mais le problème est qu’il ne s’agit en aucun cas d’une réponse au manque de croissance et au chômage, seulement une réponse limitée. L’euro n’explose pas mais la croissance ne revient pas non plus. Une sorte de remède au milieu du gué, mou du genou, qui ne convient à personne.

Concernant la riposte budgétaire, c’est-à-dire la mise en place du pacte de stabilité, celle-ci s’est révélée pire que le mal. En effet, si une telle approche pouvait parfaitement se justifier en la couplant avec une relance de la Banque centrale européenne, elle s’avère destructrice en l’état, c’est-à-dire sans soutien monétaire. Une restriction budgétaire à sec, cela revient à se jeter d’un avion en ayant la ferme intention de ne pas déclencher le parachute. A un moment ou à un autre, il faut quand même appuyer sur le bouton sinon il sera difficile de s’étonner des conséquences.

 
Commentaires

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  • Par Ex abrupto - 12/11/2014 - 11:48 - Signaler un abus Sortir de l'Euro...un petit peu....

    Une solution qui n'a l'air d'être envisagée par personne: transformer l'Euro en Bancor (la monnaie internationale que Keynes avait tenté de promouvoir au moment de Bretton Woods). Ce qui reviendrait en partie à l'ECU: des parités fixes entre les monnaies nationales et l'ECU, donc maintenant l'EURO, mais ajustables (critère de base: balance des paiements). mais avec une grosse différence, l'EURO serait utilisé pour les transactions hors zone EURO. Avis compétents sollicirés!!!

  • Par brennec - 12/11/2014 - 12:45 - Signaler un abus @Ex abrupto

    Certains économistes proposent d'abandonner l'euro en tant que monnaie unique et d'en faire une monnaie commune. Quelle différence? En tant que monnaie commune l'euro servirait aux échanges entre pays aussi bien dans la zone euro qu'a l'extérieur. Chaque pays aurait alors sa propre monnaie, susceptible d'être dévaluée ou réévaluée par rapport a l'euro. L'euro jouerait alors peu ou prou le même role que l'étalon or avant que Nixon l'abandonne, chaque pays ne pouvant pas dépenser plus d'euro qu'il en gagne ce qui obligerait a une rigoureuse discipline budgétaire...C'est comme ça que je comprends les choses, mais n'étant pas économiste je peux me tromper (et même si je l'étais d'ailleurs)

  • Par valencia77 - 12/11/2014 - 14:22 - Signaler un abus valencia77

    La Suisse fait partie de l'union europeenne? Les pauvres doivent etre tout demunis et affames. Enfin autre sujet un peu. Traite atlantique, ca marche tant que le congress n'est pas achete par une grosse industrie prete a payer pour arreter un projet d'une compagnie etrangere. Voir avions ravitailleurs d'Airbus.

  • Par vangog - 13/11/2014 - 00:34 - Signaler un abus Seuls les partis populaires et nationalistes Européens...

    peuvent contraindre la BCE et le conseil à coupler politique d'économies budgétaires et politique de relance sur le QE...les archaïques partis de gauche et de droite archaïque qui ont créé cette technostructure paralysante et ces statuts psycho-rigides de la BCE, seront incapables d'anticiper la moindre réforme de ces très bêtes institutions et maintiendront le statu-quo jusqu'au prochain krach obligataire. Le salut proviendra exclusivement des partis populaires, jeunes et nationalistes!

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.

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