Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 18 Janvier 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi les clins d’oeil envoyés par Donald Trump à la communauté afro-américaine pourraient bien faire mouche

La communauté afro-américaine est l'une des rares épargnées par Donald Trump dans ses déclarations. Plus que cela, elle est même courtisée par le candidat républicain qui semble avoir compris que le vote des Afro-Américains est celui qui risque de faire basculer les résultats de la présidentielle américaine.

Calculs politiques

Publié le - Mis à jour le 26 Août 2016
Pourquoi les clins d’oeil envoyés par Donald Trump à la communauté afro-américaine pourraient bien faire mouche

Atlantico : Lors d'un meeting de campagne ce jeudi, Donald Trump a affirmé : "Si les Afro-Américains donnent leurs voix à Donald Trump, le résultat pour eux sera incroyable". Que peut véritablement attendre cet électorat de la part du candidat républicain à la présidentielle américaine ? Comment les Afro-Américains le jugent-ils ?

Jean-Eric Branaa : On pourrait penser, a priori – et avec un regard français –, que les Afro-Américains n’ont rien à attendre de Donald Trump et qu’ils vont donc soutenir en masse la candidate démocrate et sans se poser de question.

Le soutien à Hillary Clinton est en effet très fort si l'on en croit les intentions de vote.

Elle peut s’appuyer sur son engagement sans faille contre le racisme et ce, depuis son plus jeune âge. L’action de son mari, Bill Cinton, très fortement favorable à cette communauté, est aussi un atout certain. Enfin, les convictions religieuses chrétiennes de la candidate sont également une valeur-clé pour une bonne partie de l'électorat noir. Mais, surtout, il faut rappeler qu’elle a reçu le soutien appuyé de Barack Obama, devenant l’héritière adoubée des espoirs de tous les Afro-Américains.

Mais si cet engagement des minorités ethniques à Mme Clinton semble être une évidence pour beaucoup, la situation est en réalité un peu plus complexe et reposera d’abord sur une mobilisation forte. Sans un mouvement clairement marqué de cette partie de l'électorat dans sept États il y a quatre ans, Barack Obama aurait perdu au profit de Mitt Romney. Or, la situation n’a pas changé et les sondages indiquent des résultats serrés dans les mêmes Etats, principalement dans le Sud du pays.

Donald Trump va donc mener une campagne pour essayer de fissurer "la conviction de groupe" et de s’adresser à ces électeurs de façon plus individuelle. L’attaque qu’il a lancée est frontale, mais pourrait bien porter des fruits : "Aucun groupe en Amérique n'a plus souffert des politiques d'Hillary Clinton que les Noirs", a-t- il affirmé lors d'un meeting à Dimondale, dans le Michigan. "Vous vivez dans la pauvreté, vos écoles sont mauvaises, vous n'avez pas de travail, 58 % de votre jeunesse est au chômage. Mais qu'est-ce que vous avez à perdre ?".

Et à ceux qui pensent que Barack Obama et Hillary Clinton sont forcément les mieux placés pour défendre leurs intérêts, il a lancé une mise en garde depuis la Louisiane, où il s’est rendu au chevet des victimes des inondations : "Obama ferait mieux d'arrêter de jouer au golf et de venir ici", reprenant une remarque qui commence à monter un peu partout dans le pays.

La méfiance à son encontre reste cependant très forte puisque les sondages les plus optimistes lui accordent un soutien de… 1 % au sein de cette communauté. Il en faut plus pour décourager Donald Trump qui a affirmé que s’il était élu le 8 novembre il obtiendrait 95 % du vote Afro-Américain pour sa réélection en 2020, sous-entendu "avec tout ce que je vais faire pour eux". Un poker menteur ?

Comparativement aux autres minorités, et notamment les Hispaniques, Donald Trump ne s'en est jamais pris dans ses déclarations à la communauté afro-américaine. Comment expliquer cette retenue ?

C’est effectivement le premier point qu’il faut relever : alors que tous les analystes expliquaient que l’issue de l’élection se jouerait dans la capacité à séduire les Hispaniques, Donald Trump les a attaqué frontalement et dès l’annonce de sa candidature, le 16 juin 2015, en les traitant de voleurs et de violeurs et en promettant un mur à la frontière avec le Mexique. Puis les assauts se sont succédées : vétérans, femmes, handicapés, musulmans, rares sont les groupes qui ont été épargnés, suscitant hauts cris et effroi, sans empêcher l’ascension du milliardaire, qui semblait inéluctable. Mais jamais il n’y a eu le moindre mot contre les Afro-Américains. Bien au contraire. Très vite, Donald Trump a mis en avant son amitié avec Cassius Clay, a annoncé avoir reçu le soutien d’une centaine de leaders religieux noirs ou a même tenté un rapprochement avec le leader noir Al Sharpton, qu’il qualifiait "d’ami proche" en septembre 2015, alors que ce dernier a finalement apporté son soutien total à Hillary Clinton, comme on pouvait s’y attendre. Sa rencontre avec les pasteurs noirs, qui a eu lieu le 1er décembre, avait surpris tout le monde. Parmi ceux-ci on trouvait Omarosa Manigault, une ancienne participante au jeu de télé-réalité The Apprentice, ordonnée pasteur par la suite. Celle-ci déclara que Trump était "très engagé pour la cause noire". Les autres participants, plus ou moins gênés que leurs noms soient divulgués dans la presse, expliquèrent qu’ils avaient joué leur rôle et avaient accepté l’invitation "pour voir", "pour comprendre" ou "pour ne pas juger sans savoir".

La stratégie de Donald Trump pourrait fonctionner auprès de certains sous-groupes, ceux qui vivent dans des ghettos, dans les conditions les plus sordides et font face aux vicissitudes de la vie. Car les attaques contre les Hispaniques rencontrent un écho chez certains Afro-Américains, qui ont été détrônés du statut de première minorité depuis une dizaine d’années et considèrent que le démantèlement des politiques de discrimination positive sont des atteintes directes à leur bien-être social et à leur possibilité de réussir : la concurrence est souvent rude et féroce entre les deux communautés et les "sorties" de Donald Trump ne sont pas forcément si mal appréciées.

Il reste que Donald Trump a peut-être voulu jouer sur beaucoup trop de tableaux en même temps : car en s’attaquant aux musulmans, c’est aussi une partie de la communauté afro-américaine qu’il a heurtée. Cela a mis à mal son amitié désormais révolue avec Mohamed Ali, qui a pris position dès le mois de décembre pour que les politiciens américains développent une meilleure compréhension de l’islam et n’abiiment pas les relations entre les uns et les autres. L’attaque n’était pas directement dirigée contre Donald Trump. Mais une autre star du sport, le basketteur Kareem Abdul-Jabbar, a pris moins de gants, quelques semaines plus tard. Ce sont des prises de position qui portent au sein d’une communauté qui vénère ceux d’entre eux qui ont atteint le sommet. Donald Trump devra corriger le tir vis-à-vis d’eux, par exemple, comme il a commencé à le faire, en précisant qu’il ne vise pas l’islam, mais un islam radical lié aux groupes extrémistes.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Texas - 22/08/2016 - 07:25 - Signaler un abus Un indice :

    Pendant que la Louisiane est sous les flots , B.H.Obama , le Golfeur en chef améliore son swing ! ( et pourtant il ne s' était pas privé d' allumer l' absence de son prédécesseur au moment de l' ouragan Katrina ) .

  • Par Anouman - 22/08/2016 - 12:15 - Signaler un abus Golf

    Quand on ne se représente pas il n'est pas utile d'aller se faire voir auprès des sinistrés. Autant préparer sa retraite.

  • Par Ganesha - 22/08/2016 - 12:20 - Signaler un abus Le Figaro

    ''les enfants américains sont ceux qui sont confrontés au plus haut niveau de pauvreté dans le monde occidental développé''. Qui a écrit une telle horreur ? Le Figaro ! Et les noirs américains ont beaucoup d'enfants…

  • Par vangog - 22/08/2016 - 13:53 - Signaler un abus Comme les Afro-Français, les Afro-Américains...

    ont tout à gagner d'un vote patriote! Inutile de leur expliquer, car cela fait déjà longtemps qu'ils ont compris que la mondialisation Bilderberg-Soros-Clinton est une impasse castratrice d'identité et de créativité...

  • Par Liberte5 - 22/08/2016 - 15:04 - Signaler un abus La campagne va maintenat commencer.

    H. Clinton a tiré toutes ses cartouches. Ses casseroles vont sortir peu à peu. D. Trump va recentrer sa campagne. A fin septembre les choses auront bien évolué. Et là, il sera possible de faire un pronostic.

  • Par Marie-E - 23/08/2016 - 10:51 - Signaler un abus de toute façon

    une chose est sûre ils n'ont pas eu beaucoup d'avantages pendant les 2 mandats d'Obama qui n'est préoccupé que par les classes moyennes supérieurs afro américaines, de son milieu évidemment. Et avec Hillary ce sont les arabo musulmans qui risquent d'être encore plus avantagés que du temps d'Obama avec sa conseillère spéciale, Huma Abedin, ses parrains saoudiens et qataris. Bon elle gardera tout de même un vernis pro israélien (léger) à cause de son gendre juif, du soutien de tout le gratin juif hollywoodien...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), et d'American Touch (Parlez-moi de vous), aux éditions de Passy (2016). Il vient de sortir "Trumpland, portrait d'une Amérique divisée" aux éditions Privat (2017).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€