Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 15 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi le bug des TER trop larges est loin d’être le scandale du siècle (mais le gouvernement aurait-il intérêt à le faire croire ?)

Depuis mardi 20 mai, la polémique autour des trains trop larges pour les quais enfle largement. Le Canard Enchaîné a dévoilé que le rabotage des quais coûterait 50 millions d'euros. Une somme sans doute vertigineuse pour beaucoup d'entre nous mais qui, au vu de l'investissement total, ne représente qu'une partie infime.

Cho-cho-Cheminot !

Publié le - Mis à jour le 25 Mai 2014
Pourquoi le bug des TER trop larges est loin d’être le scandale du siècle (mais le gouvernement aurait-il intérêt à le faire croire ?)

Atlantico : Le mardi 20 mai au soir est sortie l'information qui devait-être celle du dernier scandale : le "bug" des trains trop larges pour les quais, qui devrait coûter 50 millions d'euros. Pourtant, au vu de l'investissement total sur les rames (15 milliards), cela ne représente qu'une hausse de 0.33%. Finalement, ce scandale a-t-il vraiment lieu d'être ?

Alain Bonnafous : C’est en effet moins important que ne le suggère le bruit suscité par ce bug car il implique des investissements limités et qui peuvent être combinés avec d’autres, par exemple pour les accès des usagers à mobilité réduite. Mais c’est tout de même gênant qu’un très ancien problème de gabarit paraisse mal maîtrisé en 2014, c'est-à-dire à un moment où les bases de données ont des capacités pratiquement illimitées et devraient être interrogeables en quelques secondes. A condition d’avoir été bien conçues et convenablement alimentées.

Il est reproché la commande de trains trop larges. Or la largeur de ces trains répondrait à des impératifs d’accessibilité. Qu’impliquent concrètement ces règles d’accessibilité ?

L’accessibilité des usagers à mobilité réduite ne dépend pas des quelques centimètres de largeur des voitures. C’est plus un problème de compatibilité horizontale, pour au moins une portière, entre le quai et le plancher de la rame.

 

Nombre d'élus, qui se plaignent bruyamment depuis la révélation de cette affaire, savaient que des travaux d'accessibilité seraient nécessaires dans les gares les plus anciennes quel que soit le modèle de TER choisi. Y voient-ils un moyen de transférer en partie la charge financière sur RFF ?

Jusqu’aux assises du ferroviaire de 1991, les élus régionaux semblaient ravis de payer le kilomètre parcouru par un train 30 à 40 % plus cher que les länder allemands. L’ont-ils découvert à ce moment là ou ont-ils réalisé que c’était beaucoup ? Le fait est que plusieurs d’entre eux ont infléchi leur discours vis-à-vis de la SNCF, au point d’envisager de ne pas saboter l’ouverture à la concurrence prévue au plan européen. Sur le cas particulier du rabotage des quais, tout se passe comme s’ils voulaient conjurer le risque d’une facture encore alourdie.

 

Cette déclaration survient dans un cadre de négociations en vue d'une fusion SNCF-RFF. Quel peut être l'intérêt du gouvernement à affaiblir ou minorer la voix du RFF dans cette situation ? 

J’ai encore en mémoire la première phrase du ministre des Transports dans son entretient du matin du jeudi 22 mai sur RMC : "Est-ce que RFF a fourni de bonnes informations ?" Quelle que soit la réponse, elle est censée selon Frédéric Cuvillier justifier son projet de loi qui replace sous la même superstructure le réseau et le transporteur. Ce n’est pas la bonne question et, le serait-elle, la réponse ne justifie rien.

Ce n’est évidemment pas la bonne question car si c’est bien RFF, propriétaire des voies et des quais, qui officiellement transmet la spécification des gabarits, c’est le gestionnaire de l’infrastructure délégué (GID), c'est-à-dire la direction "Infra" de la SNCF, qui instruit le dossier car la SNCF assure la mission de gestion de l’infrastructure pour tout son contenu opérationnel. Dans ce dispositif, issu de la loi de 1997, s’il faut dérouler quelque part un mètre ruban et établir des documents c’est fait, et généralement bien fait, par les services de la SNCF.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par tubixray - 23/05/2014 - 08:18 - Signaler un abus Gabegie à double couche

    Première couche, la séparation réseau / train (RFF/SNCF) visait 2 objectifs = basculer la dette de la SNCF sur RFF et permettre la location du réseau à des opérateurs privés ou étranger. On parle désormais de faire le contraire, peu de journalistes cherchent à savoir pourquoi .... La deuxième couche = est il justifié que les régions financent des TER constitués d'un seul wagon automoteur circulant à moitié vide quand un autocar de 50 places coute 10 fois moins cher à l'achat et ne nécessité pas l'entretien de centaines de km de voies ferrées à son usage exclusif ?... le vrai scandale est là.

  • Par sandhom - 23/05/2014 - 09:02 - Signaler un abus @ tubixray

    Vous avez, me semble-t-il, parfaitement raison. Tout ça sent mauvais pour le contribuable parce que l'on voit poindre une entrave à une concurence saine pour ménager et renforcer le poid des syndicats dans une même entité. Remplacer par un bus des TER vides serait du bon sens et l'on ne comprend pas pourquoi cela coince : chasse gardée de la SNCF, élus locaux ou opposition farouche de la population à perdre leur train ? http://www.ifrap.org/Les-inconvenients-de-la-fusion-RFF-SNCF,12958.html

  • Par Benvoyons - 23/05/2014 - 09:36 - Signaler un abus sandhom - 23/05/2014 - 09:02 Et Go Mort. Tu dis:

    "Remplacer par un bus des TER vides serait du bon sens et l'on ne comprend pas pourquoi cela coince" Cela coince, car sans train ni bus cela sera encore moins cher puisqu'ils sont vides ! non?

  • Par sandhom - 23/05/2014 - 10:08 - Signaler un abus @ Benvoyons

    Ha, ha ! Vous chipoter ou c'est votre 1/4 d'heure d'humour ? "moitié vide", pour reprendre tubixray.

  • Par ELLENEUQ - 23/05/2014 - 11:57 - Signaler un abus Et puis de toute façon, ça tombe bien !!!

    C'est la fotasarko

  • Par JASPER - 23/05/2014 - 13:18 - Signaler un abus manipulation?

    J'ai tout de suite été septique concernant cette information N'est il pas raisonnable d'uniformiser les largeur de quai pour un réseau TER ? La présentation faite pas les médias est affligeante... Atlantico ouvre un nouveau point de vue qui me semble intéressant et moins "bas du front" que les premiers articles sur le sujet. Mais les français sont ainsi... avec très peu de connaissance économique Ils bénéficient donc d'une presse et d'un système politique que l'on connait trop bien maintenant

  • Par Jul - 24/05/2014 - 16:38 - Signaler un abus Précision...

    Le contributeur évoque la performance retrouvée du réseau ferré britannique, lequel est toujours moqué par notre personnel politico-médiatique. Pourrait-on avoir des précisions de la part de Monsieur Bonnafous, et pourquoi pas un article sur le sujet?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alain Bonnafous

Alain Bonnafous est Professeur Emérite de l’Université de Lyon et chercheur au Laboratoire d’Economie des Transports dont il a été le premier directeur. Auteur de nombreuses publications, il a été lauréat du « Jules Dupuit Award » de la World Conference on Transport Research (Lisbonne 2010, décerné tous les trois ans).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€