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Pourquoi l’assassinat de Nemtsov ne déclenchera pas de printemps russe

Après avoir remis en question l'engagement de la Russie en Ukraine dans une émission de radio, Boris Nemtsov a été assassiné, provoquant un élan d'émotion dans le pays. Si ce dernier peut rappeler les événements de 2012, l'opinion publique russe est habituée à une scène politique qui se nourrit de violence.

Faux espoir

Publié le - Mis à jour le 6 Mars 2015
Pourquoi l’assassinat de Nemtsov ne déclenchera pas de printemps russe

Atlantico : Les manifestations qui ont fait suite à l'assassinat de Boris Nemtsov ont suscité dans les médias occidentaux l'espoir d'un soulèvement populaire, un "printemps russe". Si certaines pancartes "Je suis Nemtsov" ont pu être aperçus dimanche 1er mars, doit-on vraiment s'attendre à une dynamique populaire dans le sens humaniste qur l'on peut l'imaginer en Europe ?

Cyrille Bret : un "printemps russe" comparable aux printemps arabes est peu probable en Russie à l’heure actuelle. En effet, aucun changement de régime n’est en vue pour le moment : l’opinion russe accorde très largement sa confiance, dans les urnes et dans les sondages, aux partis actuellement représentés au Parlement ; elle soutient l’action de son président, y compris dans la crise ukrainienne ; elle aspire surtout à un retour aux années fastes de prospérité fondée sur la rente énergétique. Les printemps arabes – tout comme la révolution de Maïdan – ont largement procédé d’un ras-le-bol à l’égard de kleptocraties inefficaces.

Or, l’actuel régime politique a montré son efficacité dans plusieurs domaines aux yeux de l’opinion : économique, militaire, diplomatique, sécuritaire, etc.

La dynamique populaire constatée aujourd’hui rappelle celle des années 2011 et 2012. Elle est profonde et authentiquement soucieuse de promouvoir un nouveau cours politique. En revanche, elle est limitée dans son ampleur par plusieurs facteurs : la division de l’opposition politique, la faiblesse de l’opposition institutionnelle, les difficultés d’expression publique, la division du pays entre grandes métropoles internationalisées (Moscou, Saint-Petersbourg, etc.) et les villes moyennes.

Le principal slogan politique scandé aujourd’hui a été "la Russie sans Poutine" qui est une reprise des manifestations de 2012. Or, le refus d’une personne n’est pas un programme politique. Encore moins une plateforme d’action commune.

Si les oppositions à Vladimir Poutine sont en train de se cimenter, comment décrire cette dynamique ? Quels sont les combats menés par cette opposition ?

Florent Parmentier : Les oppositions rassemblées depuis quelque temps dans un conseil de coordination sont extrêmement divisées. Par des questions de personnes, par des problèmes politique et par des options différentes en matière de mode d’action. Il n’est besoin que d’observer les prises de position concernant l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie, il y a un an, en mars 2014. Si Boris Nemtsov l’a condamnée, l’autre figure de l’opposition connue des Occidentaux, Alexeï Navalny, l’a, quant à lui, soutenue.

Leurs combats sont aujourd’hui inspirés par le souhait d’une plus grande liberté. Mais ils sont encore sectoriels : la lutte contre la corruption, la défense de la liberté d’expression, la défense du féminisme, la protection des minorités religieuses, sexuelles, etc. La production d’un programme d’action commun n’est pas encore en vue.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 02/03/2015 - 09:09 - Signaler un abus Les assassinats d'opposants ont toujours provoqué

    des prises de conscience...même chez les plus enfumés par la nomenklatura mediatico-politique dominante. Pour le dictateur Poutine, ce n'est plus qu'une question de temps...

  • Par Texas - 02/03/2015 - 10:37 - Signaler un abus Une question de temps , vangog ?

    J' admire votre prescience sur le destin de Vladimir Poutine . Les élections auront lieu au mois de Mars , l' année prochaine . Quant à Mr Nemtsov , issu de l' entourage de Eltsine , on a peine à imaginer qu' en qualité d'opposant , il n'ait pas eu le même destin Siberien que Mr Khodorkovsky depuis les années 2000 .

  • Par Leucate - 02/03/2015 - 12:35 - Signaler un abus Police, FSB

    L'intérêt de Poutine et du gouvernement est que la police judiciaire et le FSB (équivalent de notre DCRI, ex RG et ST) travaillent vite et bien pour, d'une part dégonfler la bulle, et de l'autre désigner le ou les coupables, ceux qui ont mis un contrat sur la tête de Nemtsov et ceux qui l'ont exécuté.. En précisant que Nemtsov avec ses 1% de voix ne présentait aucun danger pour le pouvoir Russie Unie en place. Voici l'avis de Jacques Sapir sur la question http://russeurope.hypotheses.org/3509

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective. @cy_bret

 

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Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective.

Twitter : @florentparmenti

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