Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 22 Décembre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi Angela Merkel bouda la chute du Mur de Berlin

Florence Autret tente de percer la femme et la stratège derrière le sourire charmant, pour saisir ce que a permis à Angela Merkel de gravir les échelons de la politique fédérale aussi rapidement, et ce qui a guidé sa position de "mère austérité" sur la scène européenne. Extrait de "Angela Merkel. Une Allemande (presque) comme les autres" (1/2).

Bonnes feuilles

Publié le
Pourquoi Angela Merkel bouda la chute du Mur de Berlin

Angela Merkel a 35 ans lorsque le Mur de Berlin tombe. Crédit Reuters

Quand le Mur tombe, Angela Merkel a plus qu’un passé : elle a une histoire. A trente-cinq ans, elle a révélé des aptitudes, s’est forgé des convictions et inventé une méthode, un guide de survie pour tracer sa route dans la jungle du réel. La RDA est une école redoutable. Elle y a appris à exiger beaucoup d’elle-même et à ne pas trop attendre des autres, à avancer dans un environnement sinon hostile, tout au moins dangereux et arbitraire. Elle a acquis un sens de l’absurde qui ne la quittera plus. Elle sait limiter ses désirs a l’essentiel, a ne prétendre a rien qu’elle n’ait une chance d’obtenir, a arrêter ses « lignes rouges » avec précision, a la frontière de l’acceptable politiquement et du supportable moralement, à participer sans se compromettre, a se taire sans s’isoler.

Elle a appris à ne pas faire confiance, mais elle sait aussi qu’il faut parfois courir le risque d’être trompé pour que la vie soit supportable.

« Chacun a dû faire des compromis »

Elle sera déçue, mais pas surprise, quand elle découvrira que certains camarades du laboratoire d’Adlershof ont fourni des renseignements sur elle et fait verser à son dossier a la Stasi ses « critiques » à l’égard de la RDA. Quand on l’interrogera sur l’absence d’épuration systématique à l’Est, elle dira qu’il était souvent bien difficile de tracer une frontière entre ceux qui méritaient d’être sanctionnés et les autres dans la vaste « zone grise » des collaborateurs de la Stasi. La société n’était pas coupée en deux entre les courageux dissidents qui risquaient la prison ou l’exil, d’un côté, et la masse silencieuse et complice de ceux qui « font avec », de l’autre. La vérité était plus nuancée. « Il était très difficile de distinguer les “un peu” coupables des “très” coupables… Chacun a du faire des compromis, y compris moi », dira-t-elle.

Une question lancinante pèse toutefois sur cette première partie de sa vie. Elle qui s’est posée par la suite en admiratrice de la liberté, pourquoi n’a-t-elle pas pris part aux mouvements civiques, y compris dans les semaines qui ont précédé la chute du Mur ? A l’époque, l’issue des manifestations était certes encore incertaine, et y participer comportait des risques. Mais elle aurait pu être tentée de partager avec d’autres sa défiance pour le système et son espoir d’un changement ? D’abord, elle ne partage pas grand-chose avec ces manifestants. « C’était des originaux, des marginaux. » Elle était un docteur en sciences physiques jouissant de la reconnaissance de l’institution. « Elle n’avait rien a faire avec eux », explique l’ancien Premier ministre est-allemand Lothar de Maiziere. Ensuite, la protestation venait généralement de personnes qui pensaient le régime est-allemand réformable et continuaient à croire dans une troisième voie entre socialiste et capitalisme. Or elle est convaincue du contraire. Enfin, on peut aussi penser qu’elle doute des vertus de l’activisme politique. La chute du Mur est un effet du système, une autodestruction plus qu’une victoire des opposants.

Extrait de "Angela Merkel : Une allemande (presque) comme les autres", de Florence Autret, (Édition Tallandier), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par nervall - 15/06/2013 - 14:13 - Signaler un abus un vrai roman

    l`allemagne est la piece maitresse de l`armee US en europe , c`est un protectorat US , cela facilite le controle de l`UE et l`euro...le usd est gere pour une economie optimale , l`euro optimale pour ...l`allemagne et merckel.qui controle la monnaie. controle le reste , l`allemagne et merckel est la vassale de l`euro version OTAN des usa, le libre echange avec les USA sera la vassalite officielle de l`europe aux usa .

  • Par Glop Glop - 15/06/2013 - 15:25 - Signaler un abus @ nervall - 15/06/2013 - 14:13

    La fin de la Guerre Froide a laissé les hautes sphères affairo-politoco-militaires étasuniennes orphelines. Je n'irai pas jusqu'à dire ou écrire que les Allemands dans leur ensemble soitent pleinement comblés de la situation actuelle qu'ils savent fort bien extrêmement dangeureuses pour eux et leur pays sous tous les angles, à commencer par le déclin économique que les décideurs cités plus hauts ne manqueront pas d'imposer au Pays d'Hansel et Gretel.

  • Par Ravidelacreche - 15/06/2013 - 17:21 - Signaler un abus Pourquoi Angela Merkel bouda

    Parce que François Hollande devadatta ?

  • Par Stef41 - 15/06/2013 - 18:39 - Signaler un abus @nervail

    N'empêche que sans les ricains, on serait en train de parler allemand en défilant au pas ou russe.

  • Par gliocyte - 15/06/2013 - 18:50 - Signaler un abus Curieux

    Qu'on puisse assimiler une mise à distance à une bouderie. Cette dernière, de part sa définition, évoque une attitude renfrognée, maussade qui sert à montrer du mécontentement. Cet article voudrait donc insinuer que A Merkel était mécontente de la chute du mur...Ah, le pouvoir des mots! Par sa formation scientifique, elle a appris à observer, se tenir à distance et rester pragmatique pour analyser sereinement les résultats, tout le contraire de ceux qui prennent leurs désirs pour des réalités. On devrait avoir plus de scientifiques aux commandes, issus de sciences qui ont acquises leurs lettres de noblesse au cours du temps et supprimer toutes les sciences nouvelles venues en "logie" qui ne sont que des "discutailleries" pseudo-philosophiques.

  • Par Grwfsywash - 16/06/2013 - 02:05 - Signaler un abus Autodestruction, en effet

    Le gauchisme contrairement à ce qui est le plus souvent dit ne se combat pas de front, ni par Le Front d'ailleurs. C'est un fruit qui mûrit, et puis pourrit comme ça, de lui-même. C'est lorsqu'il tombe de l'arbre qu'il faut le recueillir afin qu'il ne germe pas. Combattre le gauchisme est affaire de gens patients, et résolus.

  • Par nervall - 16/06/2013 - 04:52 - Signaler un abus le libre echange usa allemagne

    l`euromark est taille pour lallemagne , le libre echange usa UE n`arrangera que l`allemagne , elle a deja dumpe sa productivite et construit une econonomie de niches , le reste de l`UE va etre broye par le roi des manipulateurs de devises US , merckel dans le fond n`a rien fait , le travail de predation en europe a ete fait par shroeder avec les lois HARTZ.la france va ete cuite dans 2 ans avec cet euro et ce libre echange , mais nous on a une elite brillante c`est connu et reconnu

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Florence Autret

Florence Autret est journaliste. En poste à Bruxelles, elle a couvert la crise de l'euro pour l'Agefi et La Tribune. Elle est l'auteur de Terminus pour l'euro, fiction publiée en 2011 par le quotidien Le Monde et de plusieurs essais.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€