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Pouria Amirshahi : "François Hollande se dit, comme d'autres, 'gérons d'abord la sécurité et on verra demain'. Mais demain on n’aura que nos yeux pour pleurer si on n’a pas traité du fond"

A la suite des attentats du 13 novembre à Paris, François Hollande a déclaré l'Etat d'urgence sur tout le pays. Le Président de la République espère s'en tirer sur des questions d'ordre sécuritaire, au jour le jour, sans se préoccuper des problèmes de fond.

Grand entretien

Publié le - Mis à jour le 27 Novembre 2015
Pouria Amirshahi : "François Hollande se dit, comme d'autres, 'gérons d'abord la sécurité et on verra demain'. Mais demain on n’aura que nos yeux pour pleurer si on n’a pas traité du fond"

Pouria Amirshahi, député de la 9e circonscription des Français établis hors de France. Crédit Clément Bucco-Lechat /Wikimedia Commons

Atlantico : Vous êtes député des Français de l’Etranger de la zone Afrique, Bamako se trouve dans votre circonscription. Selon vous la France était-elle ciblée par l’attaque de l’hôtel Radisson ? Aviez-vous eu des menaces ?

Pouria Amirshahi : Les Français n’étaient pas particulièrement visés. Ceux qui descendent dans cet hôtel sont des voyageurs du monde entier : ONG, diplomates, journalistes, chefs d’entreprise issus d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Europe.

Quant aux menaces qui pèsent sur le Mali, elles sont permanentes...

Jeudi dernier vous avez voté contre la loi permettant de prolonger de trois mois l’Etat d’urgence en France. Vous n’étiez que six à vous prononcer contre, comment expliquez-vous cette quasi-unanimité ?

Par le contexte qui fait que l’on confie trop rapidement, dans ce moment de peur légitime, les clés à l’autorité exécutive et administrative. Il s’agit donc surtout d’envoyer un message sécuritaire à l’opinion. Les mots utilisés depuis le confirment, jusqu'à l'évocation des menaces à l'arme chimique (sans doute réels depuis l'attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo de 1995). C'est dommage car dès vendredi soir le gouvernement avait bien agi. Il n’était ni nécessaire ni responsable d’en rajouter, d’ajouter de l’angoisse et de l’anxiété à la peur. Ce faisant, l'état d'urgence prolongé débranche l'autorité judiciaire, gardienne des libertés. Les parlementaires étaient libres d’accepter ou non la prolongation de l’état d’urgence mais comme le dit le juge Marc Trévidic, nous disposons d'un arsenal pénal et policier largement suffisant depuis les dernières lois antiterroristes. Les interventions policières de Saint-Denis l’ont montré, le code de procédure pénale et l’application stricte des lois antiterroristes sont très efficaces puisque c’est dans ce cadre-là qu’ont eu lieu les interventions.

On a donc confondu urgence et précipitation. On a fait voter dans l’urgence un état d’urgence, alors même que les 12 jours que l’on nous a demandé de prolonger n'étaient même pas écoulés. Dans cette situation exceptionnelle, agir ne doit pas empêcher la délibération rationnelle ; or la pression du moment, le traumatisme collectif, les surenchères verbales ne permettent pas de mener un débat avec sang-froid et sérénité. Ce qui fait notre force face aux  fanatismes, c’est que nous délibérons et que nous votons. L'empressement à refuser tout autre point de vue, tout autre approche et toute alerte est un signe de fébrilité démocratique inquiétant.

Qu’est-ce qui vous gêne très concrètement dans ce texte ?

D'abord que l'on puisse interpeller désormais arbitrairement toute personne en fonction désormais de son "comportement" et non plus de son "activité". Qui juge du comportement ? Avec quel discernement ? Au moins la précédente version de 1955 exigeait que les opérations de police se justifient sur la base d'activités suspectes constatées. Ensuite, donner la possibilité aux préfets d’interdire les réunions publiques et manifestations au moment même où les gens ont besoin de se retrouver, de se parler, de réfléchir ensemble aux raisons de ces attaques, est une faute politique. Enfin,la durée pose problème : pourquoi 3 mois ? Cela n'a jamais été expliqué. Mais les menaces ne vont pas s'éteindre en janvier... Nous accepterions donc potentiellement un état d'urgence permanent ? Il en est pour moi d'autant moins question que la Loi commune est déjà très bien outillée.

 
Commentaires

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  • Par Djib - 22/11/2015 - 10:19 - Signaler un abus Ca fait trente ans

    qu'on "s'occupe du fonds", à coups de repentance victimaire, de plans banlieues, d'allocations clientélistes. Mais on devrait plutôt parler "d'un puits sans fond" dans lequel s'engouffre une immigration folle.

  • Par zouk - 22/11/2015 - 10:53 - Signaler un abus Etat d'urgence étendu à 3 mois

    Typique réaction de notre Gouvernement, réaction tardive, donc excessive. C'était auparavant qu'il fallait mettre en place beaucoup des mesures annoncées et surtout ne pas réduire inconsidérément les capacités des forces de sécurité et tout particulièrement les effectifs de renseignement. S'occuper du fond doit désormais signifier tout autre chose que des mots plans: banlieues, lutte contre la discrimination (oui, comment?) mais surtout rétablir l'autorité et particulièrement dans l'éducation, y compris l'appel à des lettrés musulmans capables d'expliquer l'histoire, la culture de l'Islam, ce n'est pas seulement la violence, c'est à dire un véritable enseignement du fait religieux, notre histoire et notre culture chrétiennes, venues du judaïsme, aussi. Il faudra sans doute faire appel à des chrétiens lettrés, dont sans doute des religieux.

  • Par vangog - 22/11/2015 - 12:37 - Signaler un abus "Juger les Français en fonction de leur comportement"???

    Ah, la France est bien barrée avec de telles brêles socialistes! C'est exactement ce que désirent les terroristes, ébranler l'état de droit et provoquer un clivage ethno-religieux entré Français...dès qu'il y a une khommerie à faire, les socialos sautent dedans à pieds joints!

  • Par bjorn borg - 22/11/2015 - 14:36 - Signaler un abus hollande

    s'en contrefiche de la France !

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 22/11/2015 - 22:51 - Signaler un abus point de vue respectable

    .....dans un monde de bisounours ! fortement imprégné de bobo-itude. or parait-il que nous sommes en guerre !

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Pouria Amirshahi

Pouria Amirshahi est membre du bureau national du PS. Il est également député de la neuvième circonscription des Français établis hors de France (Afrique du Nord et de l'Ouest).

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