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Pour une lecture pro-européenne des "nouvelles routes de la Soie" chinoises

La confiance donnée par le président français ouvre la voie à ce que cette initiative puisse être la matrice d’une véritable requalification du logiciel français à l’international.

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Pour une lecture pro-européenne des "nouvelles routes de la Soie" chinoises

La visite du Président Macron à Beijing n’a pas manqué de tourner autour de la grande préoccupation chinoise des « Nouvelles Routes de la Soie ». L’attente chinoise était même immense, et M. Xi Jinping avait invité Emmanuel Macron à une visite sur ce thème dès l’automne. La France dans les termes de son Président, a choisi de donner la confiance, appelle à la réciprocité ; la Chine laisse ouverte la question de la gouvernance de l’initiative des « routes de la Soie ». Ouverte c’est–à-dire invitante : l’initiative est déclarée ne pas être uniquement chinoise, fait appels aux projets en partenariat ; ouverte mais floue : à l’inverse de la Banque Asiatique pour les Infrastructures par exemple, d’initiative chinoise mais d’actionnariat international et avec un « board » des actionnaires, les Nouvelles Routes de la Soie n’ont pas de gouvernance établie au sens strict.

Une conférence fin novembre, le « Forum de Paris », organisé par l’IRIS avec la participation d’une forte délégation chinoise de haut rang, renvoyait la question. L’initiative est, dans le plein fil de la tradition chinoise, à la fois un motto politique qui assume pleinement cette dimension et une direction à laquelle tous les programmes chinois doivent se rapporter. En bref, dans sa définition en compréhension, en fonction de direction, l’initiative est et restera vraisemblablement de dernier mot chinois ; dans sa définition en extension, en réalisation elle sera multi-partenariale. L’enjeu est donc par une bonne relation bilatérale d’influencer la définition permanente de l’initiative, par une saine relation économique, de participer à la co-construction de sa réalisation.

La confiance donnée par le président français ouvre la voie à ce que cette initiative puisse être la matrice d’une véritable requalification du logiciel français à l’international ; évidemment, son succès en Europe nécessite un subtil doigté politique, son européanisation sera la pierre de touche de la durabilité. Les termes des longues conversations bilatérales franco-chinoises et européo-chinoises qui ne font que de commencer, sont posés.

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Les « nouvelles routes de la Soie », telles qu’elles sont connues en français, sont, pour le reste du monde, plus prosaïque anglophonie oblige, « l’initiative de la route et la ceinture ». Elle porte sur l’engagement chinois d’investir dans 68 pays récipiendaires essentiellement de l’Eurasie à l’Afrique près de 500 milliards de dollars d’ici à 2049, année du centenaire de la Chine communiste. Il s’agit dans la vision chinoise d’un appel à co-investisseurs pour abonder au-delà de ces 500 milliards, dans des investissements en commun dans les infrastructures physiques et sociales, dans l’accompagnement par l’expertise également. L’initiative est, dans l’esprit de ses promoteurs, à la fois suffisamment cadrée pour être crédible et suffisamment souple pour être accommodante des enjeux industriels de ses partenaires : sa colonne vertébrale est constituée par une infrastructure ferroviaire allant de Xi’an (par où Emmanuel Macron a débuté sa visite présidentielle) à l’Europe de l’Ouest (Allemagne, France, Royaume-Uni) en traversant Asie Centrale et Europe de l’Est non sans avoir des embranchements  vers l’Europe du Sud – Grèce- ou des pays comme le Pakistan ; et ; bien sûr, à l’est de Xi’an, connectant par le rail toute la Chine et au-delà. À cela s’ajoute une route maritime partant de la ville-zone économique spéciale de Xiamen et irriguant toute la route maritime mondiale qui porte l’immense majorité du flux planétaire, de la mer de Chine à l’Europe en passant par l’Asie du Sud, du Sud Est, Djibouti, Suez et la Méditerranée (le Pirée, Marseille, et sans doute Tanger Med n’est-elle qu’une très courte question de temps).

 
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Joël Ruet

Joël Ruet est économiste, chercheur CNRS au CEPN (Centre d'économie de Paris-Nord) et associé au programme Gouvernance mondiale de l'Iddri. Il a enseigné à l'École des Mines de Paris, à HEC-Paris, à l’université Jawaharlal Nehru (New Delhi, Inde) et à l'université Rennes II. Joël Ruet a fondé l'Observatoire des émergents qu'il préside aujourd'hui.
Spécialiste de l’émergence notamment en Inde et en Chine, ses travaux portent sur la recomposition industrielle et l’économie politique du capitalisme.

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