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Pour un fiasco surmédiatisé, combien d'affaires Grégory ignorées la justice française produit-elle chaque année ?

Alors qu'on apprend la mort du juge Lambert, qui se serait suicidé selon les premières estimations, ne peut-on pas voir au-delà de cette conclusion tragique la déréliction complète de la justice française ?

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Pour un fiasco surmédiatisé, combien d'affaires Grégory ignorées la justice française produit-elle chaque année ?

Atlantico : Derrière le ratage majeur de l'affaire Gregory, combien d'autres enquêtes souffrent d'un manque de moyens et de compétences aujourd'hui ?

Gérald Pandelon : L'affaire Grégory pose la sempiternelle question de la vérité judiciaire, une vérité non seulement évolutive mais également relative car ne pouvant découler que de pièces versées à un dossier pénal. Pourtant, et en même temps, il existe nécessairement, en pure logique, une vérité, non pas cette fois relative mais absolue, ce qui s'est réellement passé. Autrement dit, la vérité absolue est celle de l'assassinat d'un enfant mais la difficulté réside dans la capacité à l'appareil judiciaire à l'établir.

La difficulté est davantage épistémologique qu'à proprement parler juridique. Elle consiste à soulever la question de l'accès à la vérité, aux conditions de possibilité de sa manifestation, voire, comme en l'espèce, peut-être de son impossibilité. Car, à mon humble avis, nous ne connaîtrons jamais la vérité dans cette affaire même si le suicide supposé de ce magistrat ou son prétendu suicide (on verra...), offre un début d'explication. Mais, d'ailleurs, laquelle ? Nous sommes réduits à de simples conjectures, à des hypothèses ; d'ailleurs, ce difficile accès à la vérité est effectivement davantage lié au cruel manque de moyens de l'institution qu'à l'incompétences de magistrats qui, en général, font ce qu'ils peuvent, c'est-à-dire le maximum de ce qu'ils peuvent faire avec un minimum de moyens à leur disposition. Plus fondamentalement et au-delà même de cette affaire tragique, c'est également le rapport à l'erreur qu'entretiennent les magistrats qui soulève une difficulté car, en dépit d'erreurs persistances, les auxiliaires de justice rechignent encore à admettre qu'ils puissent tout simplement se tromper. Du juge Lambert au juge Burgaud et, bien au-delà, les magistrats considèrent secrètement qu'ils ne peuvent pas se tromper. C'est une disposition d'esprit qui pourtant fait des ravages, mais, en dépit d'Outreau et de bien d'autres affaires, rien ne change. Il s'agit d'un curieux mélange d'une institution qui est impuissante car elle ne dispose pas de suffisamment de moyens mais qui, en même temps, se reconnaît comme omnipotente et irresponsable. Il est vrai que les juges accordent une inégale importance à leurs fonctions, c’est humain ; de la même manière que dans toutes les professions, les individus ne sont pas tous compétents, sérieux, attentifs, travailleurs, intelligents, etc. Ce n’est donc pas l’apanage « des juges » mais cela peut effectivement toucher, comme dans d’autres secteurs d’activité, certains magistrats. La difficulté est que l’incompétence de certains juges peut avoir des conséquences plus graves pour le citoyen que l’incompétence d’un carrossier car de leurs décisions dépendent le sort des justiciables, parfois même leur privation de liberté lorsqu’il s’agit de faits considérés comme graves. Il n’en demeure pas moins qu’un nombre croissant d’auxiliaires de justice reconnaissent eux-mêmes être non seulement démotivés par leurs fonctions mais également souffrir de n’être pas reconnus à la hauteur de leurs compétences. Plus grave encore, ils considèrent que certains magistrats de moyenne valeur sont promus à de hautes fonctions pendant que d’autres, de très grande qualité, sont souvent oubliés lors des promotions ou « transparences ». A telle enseigne qu’il est parfois possible de se demander si la promotion des magistrats à des fonctions plus prestigieuses n’est pas, à part rares exceptions, inversement proportionnelle à l’étendue de leur talent, qui, parfois, est pourtant grand, voire très grand. Pour revenir à votre sentiment sur l’omnipotence des juges, je dirais que c’est moins la faute des magistrats que l’essence même de notre système judiciaire qui, en dépit des mots et des réformes, est déséquilibré par rapport aux droits de la défense.

 
Commentaires

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  • Par Mingus - 13/07/2017 - 09:57 - Signaler un abus pas que...

    Il n'y a pas que l'institution judiciaire qui ne se trompe jamais.... L'éducation nationale ne se trompe jamais.. Les médecins ne se trompent jamais... Bref, donnez du pouvoir sur les autres a qui que se soit et immédiatement cela transforme un brave homme en 'sa...'

  • Par Phlt1 - 13/07/2017 - 15:33 - Signaler un abus Je note

    simplement que cette magnifique famille Laroche (pas les parents du petit Grégory, les autres) a quand même réussi à faire 3 morts sans qu'aucun coupable n'ait jamais été désigné.!. Très forts ces gens là.!. Si j'étais juge, je les mettrais TOUS sans hésiter en prison jusqu'à ce que chacun commence à faire son mea culpa: il y a un moment où des criminels (parce que se sont des criminels ou complices de criminels) doivent comprendre qu'il faut arrêter de se foutre de la gueule des autres.!. Ou alors, il n'y a plus de justice, et c'est la porte ouverte à tout...parce qu'en même temps cette famille Laroche crée un antécédant dangereux pour la société. Alors stop.!; Et tout le monde en taule.!.

  • Par cloette - 13/07/2017 - 16:11 - Signaler un abus @philt1

    Vous avez des preuves de leur culpabilité criminelle ?

  • Par Anouman - 13/07/2017 - 20:54 - Signaler un abus Affaires?

    Ce genre d'affaire met en évidence que le juge peut mettre en examen sans aucune preuve, de même qu'en préventive. Dans le pire des cas on juge sans aucune preuve sur l'intime conviction des jurés... Il faudrait donc une refonte totale du droit pénal français (notamment le maintien en liberté sauf flagrant délit et preuve du caractère dangereux du maintien en liberté). Mais dans ce pays (et on le voit dans l'affaire Grégory) il faut absolument un coupable même si on n'a pas l'ombre d'une preuve. Quant au couplet pitoyable sur l'absence de moyens de la justice... Oui, elle manque peut-être de moyens intellectuels mais elle recrute parmi les étudiants en droit...

  • Par vangog - 13/07/2017 - 21:13 - Signaler un abus Existe-t-il des études comparatives de l'efficacité

    de la justice socialiste française par rapport aux justices des autres pays? Nombre de cas résolus? rapport efficacité/coût? pourcentage d'échecs? etc...ça nous éviterait ce genre de bla-bla...

  • Par Deneziere - 14/07/2017 - 00:08 - Signaler un abus La déréliction est multiple

    Les éléments cités par l'article, mais aussi le tropisme idéologique des juges, les codes qui s'alourdissent et se complexifient, un parlement dont la diarrhée législative pond des lois inapplicables...

  • Par Phlt1 - 14/07/2017 - 09:52 - Signaler un abus @cloette

    Un corbeau et un meurtre: est-ce qu'une seule piste probante s'est tournée vers un criminel qui serait en dehors de cette famille de tarés.?. Non. Le coupable est dans la famille, et ils sont donc tous complices. Combien d'innocents en prison sous le seul chef du "faisceau de preuves".?. Là ce n'est plus un faisceau, c'est une fibre optique.!.

  • Par cloette - 14/07/2017 - 11:25 - Signaler un abus Ça vient de très loin dans le temps

    Cette histoire là . Et il est possible que le coupable ( avec le jeu des alliances ) ne soit pas un proche . Un lointain cousin peut être ... pour le corbeau , ce qui brouille les cartes , c'est qu'ils ont tous ècrit y compris la mère le père la grand mère et les autres . En véritè personne ne sait rien , on se base sur les motivations , pourquoi pas sur les possiblilitès et les preuves matérielles ?

  • Par cloette - 14/07/2017 - 11:56 - Signaler un abus Et pourquoi pas

    Le peut Grégory sacrifiè en tant que descendant d'une lignèe , et non en tant que fils "de" (la haine du père -chef mise en avant étant un leurre ) . mais je reconnais que mon imagination est débridée et s'égare !

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Guillaume Jeanson

Maître Guillaume Jeanson est avocat au Barreau de Paris. Il est également porte-parole de l’Institut pour la Justice.

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Gérald Pandelon

Universitaire et avocat à la Cour d'appel de Paris, Gérald Pandelon est docteur en droit et docteur en science politique. Diplômé de Sciences-Po, il est également chargé d'enseignement. Il est également l'auteur de L'aveu en matière pénale ; publié aux éditions Valensin, ainsi que de La face cachée  de la justice (Editions Valensin, 2016). David Reinharc.

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