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Les missionnaires évangéliques, casse-tête du monde musulman

Alors que l'islam crée le débat au sein de la société française, des communautés évangélistes posent de sacrés problèmes aux pays musulmans. Si officiellement, le prosélytisme est interdit, les politiques du monde arabe peinent à contrôler les activités de ces croyants pour qui la conversion est une devoir.

Au nom du père !

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Les protestants évangéliques se singularisent par l’importance qu’ils accordent à la conversion, conformément à l’appel de Jésus à faire des disciples dans toutes les Nations (Matthieu 28,19).

L’activité missionnaire évangélique dans le monde musulman n’a rien de nouveau. En effet, les premiers missionnaires évangéliques provenant des Etats-Unis et de Grande Bretagne sont arrivés au Moyen Orient dès le début du XIXème siècle, où déjà les catholiques les précédaient de plusieurs siècles. Ils ciblaient l’islam car ils considéraient que c’était leur principal rival, le plus redoutable car il s’agissait de la deuxième grande religion monothéiste, prosélyte et rassemblant le plus grand nombre d’adeptes. Le monde arabe fascinait en outre du fait de l’importance symbolique de la terre sainte, berceau du christianisme.

Les évangéliques avaient aussi pour priorité d’évangéliser les juifs et se sont finalement focalisés sur les chrétiens, plus faciles à atteindre. Imbus de la certitude de la supériorité de leur civilisation et convaincus de détenir le monopole de la vérité religieuse, les missionnaires ont été rapidement désillusionnés, se confrontant à un monde ottoman beaucoup plus complexe et résilient qu’ils ne l’avaient imaginé au premier abord. Au bout de quelques années, ils ont renoncé à l’évangélisation directe et se sont  dirigés vers l’activité sociale et éducative, créant dispensaires médicaux et institutions éducatives.

La conversion n’est officiellement pas interdite dans de nombreux pays musulmans, mais à part le Liban, tout est fait au plan officiel pour l’empêcher. En Egypte par exemple, le prosélytisme est interdit auprès des musulmans. Lorsque les responsables de l’Eglise copte se plaignent des missionnaires évangéliques auprès du gouvernement, ce dernier expulse les évangélistes. Les familles font pression pour que leurs enfants convertis reviennent au bercail. L’idée qui sous-tend cette résistance politique et sociale, c’est que l’évangélisation (tabshir) est une forme de christianisation (tansir), une guerre idéologique contre l’islam qui ne serait que le versant spirituel des entreprises militaires occidentales et surtout américaines. Aujourd’hui, comme hier on ne peut pas simplement assimiler l’activité missionnaire évangélique à une entreprise néocoloniale ou impérialiste, surtout qu’au tout début (et cela est encore le cas parfois aujourd’hui), les missionnaires étaient au nombre de quelques personnes plutôt isolées, bien que disposant de la protection consulaire britannique puis américaine et profitant des capitulations (un régime spécial dérogatoire offrant à ces chrétiens la possibilité de se soustraire aux lois ottomanes). Ou plus exactement, ce qualificatif d’impérialistes peut se justifier à certaines époques bien précises et seulement à ces époques (par exemple, après l’occupation coloniale britannique de l’Egypte en 1882).

En fait, les missionnaires partageaient et continuent parfois de nourrir un complexe de supériorité très marqué aux plans racial et civilisationnel comme religieux, associé à des conceptions culturalistes voire islamophobes très ancrées, considérant l’islam comme une religion de fausseté, et le christianisme oriental comme un christianisme dévoyé (du fait de sa proximité avec le catholicisme et l’islam). Mais surtout, dans le temps long, leur assimilation aux Etats Unis et à la Grande Bretagne leur a été plutôt préjudiciable, surtout lorsque la réaction nationaliste arabe s’est faite sentir. Les Etats coloniaux ou mandataires les trouvaient encombrants alors qu’ils tentaient de pacifier les pays qu’ils dominaient et qu’ils déploraient les émeutes ou scandales provoquées par l’évangélisation. Ironiquement, les Arabes chrétiens comme musulmans ont eu connaissance des aspirations « impérialistes » des évangéliques du fait de leurs écrits, plus accessibles avec l’imprimerie introduite justement par ces mêmes missionnaires au XIXème siècle, au Moyen-Orient. Dans ces écrits, nombre de missionnaires présentaient leur activité dans des termes volontiers coloniaux voire militaristes. On a tendance à sous-estimer l’impact de l’activité missionnaire évangélique dans le déploiement d’organisations majeures comme les Frères musulmans dont le fondateur, Hassan el Banna raconte dans ses mémoires à quel point il fut marqué par l’essor de l’activité missionnaire évangélique et déterminé à lutter contre elle.

 
Commentaires

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  • Par PATRIE63 - 04/05/2012 - 18:30 - Signaler un abus Contre vérités

    Sous pretexte d'analyse historico-religieuse ce texte est un tissu de contre vérités et se révèle être au final une attaque subtile contre le christianisme, allant même jusqu' à expliquer (justifier ? ) le terrorisme islamiste par la présence et l'activité de chrétiens évangéliques ! L a vérité est bien différente et les missionnaires , pasteurs, évangélistes, loin d'être "imbus de la supèriorité de leur civilsation" sont eux mêmes tres souvent originaires d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique du Sud, y compris sur le sol européen. Sur place c'est également la même chose: le christianisme n'est plus du tout perçu comme un intrus "colonial" mais comme une option spirituelle légitime (au Nigéria, pays le plus peuplé d'Afrique, la moitié de l a population est chrétienne et compte tenu de la démographie il sera dans 20 ans le premier pays chrétien de la planète ! D e même, en Corée du Sud, pays historiquement bouddhiste, les protestants évangéliques y sont aujourd'hui la première communauté avec 22% de la population). La vision présentée ici est donc passéiste et tendancieuse. Quant aux persécutions anti chrétiennes en terre d'Islam..pas un mot, bien entendu...

  • Par De France et de plus loin - 05/05/2012 - 01:41 - Signaler un abus Comme quoi il y a des casses

    Comme quoi il y a des casses couilles partout .

  • Par evy - 05/05/2012 - 08:12 - Signaler un abus heureusement que dieu n'existe pas

    car ce serait encore plus grave s'il se mêlait vraiment de la connerie humaine. dieu est une invention qui permet de dominer les faibles.. et ça marche. On les envoie à la guerre ou on leur pique leurs revenus..c'est ça dieu. On tue en son nom..Il suffirait simplement de croire en soi-même, à comment vivre ensemble, car chacun procrée et on se multipliera sans fin.

  • Par Carcajou - 05/05/2012 - 20:21 - Signaler un abus C'est pourtant simple!.

    @evy - 05/05/2012 - 08:12 Merci, merci beaucoup! Voilà 30 ans que j'essaie de comprendre certaines choses et paf! en 2 phrases et un nom vous expliquez tout. Toute la misère de l'Humanité incombe aux religions et donc à Dieu. La nature humaine avec ses travers, la convoitise, l'envie, n'explique aucun des conflits visant à agrandir son territoire ou à acquérir, voler, spolier des richesses. Les conquêtes barbares qui ont mis à bas l'Empire Romain, étaient dictées par Dieu. Fichtre! Les guerres tribales en Afrique avant la colonisation sont à mettre sur le dos d'un dieu inconnu là-bas. Quand aux divinités animistes, elles n'ont jamais poussé à la guerre. Le nombre restreint de morts provoqué par ces conflits n'entre évidemment pas en ligne de compte dans la démonstration. Les millions de morts dus aux 2 idéologies les plus meurtrières de l'Histoire humaine - le nazisme et le communisme - doivent certainement se rattacher à la religion, mais le lien est obscur. Que de lieux communs sont exprimés au nom de la bien bienpensance.

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Fatiha Kaouès

Fatiha Kaouès termine une thèse sur l’activité missionnaire évangélique dans le monde musulman à l’Ehess et à l’Ephe.

Elle a co-dirigé la rédaction de Religions sans frontières (Editions CNRS / janvier 2012).

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