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Pôles de compétitivité : l'Etat est-il vraiment le mieux placé pour semer des mini Silicon Valleys ?

Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, et Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des PME, de l'Innovation et de l'Economie numérique, sont intervenus mardi lors de la onzième journée des pôles de compétitivité organisée à Bercy.

Pas dans son rôle ?

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Pôles de compétitivité : l'Etat est-il vraiment le mieux placé pour semer des mini Silicon Valleys ?

Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin viennent de décider la reconduction pour au moins 3 ans des 71 pôles de compétitivité.  Crédit DR

Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin viennent de décider la reconduction pour au moins 3 ans des 71 pôles de compétitivité. Dans la terminologie bureaucratique : 18 pôles « mondiaux et à vocation mondiale » et 53 pôles nationaux. Ils reconnaissent pourtant leur échec dans le communiqué : « Les pôles de compétitivité doivent maintenant focaliser leur énergie sur les retombées économiques, l’industrialisation et la diffusion des innovations dans les produits et services ». Les pôles représentent en effet à peine 1,5 % des brevets, 4,5 % des dépenses de R&D et 5 % des créations d’entreprises innovantes. Seul un projet sur quatre accompagné par les pôles génère effectivement une innovation.

Un audit de ces 71 pôles a été réalisé (juin 2008) par les cabinets CMI et Boston Consulting Group. Il indiquait que l’échec de la stratégie s’expliquait par « le manque d’implication des PME au sein du pôle, une ouverture à l’international insuffisante ou un manque de lisibilité de la stratégie. » Mais pour nos bureaucrates, persévérer dans l’échec est devenu un art, surtout sans corriger ses causes.

Le rapport de l’Institut de l’Entreprise (novembre 2012) révèle que les pôles ne colle pas aux secteurs à plus fort potentiel. Sur les 85 technologies les plus prometteuses, ils n’en couvrent correctement que 13 !

En Allemagne, il n’y a que 15 clusters d’excellence, 6 en Finlande. Sous la pression des élus (locaux et nationaux, grâce au cumul des mandats), les gouvernements successifs ont surtout pratiqué la politique d’« aménagement du territoire », c’est-à-dire de subvention aux secteurs en difficultés dans les zones de province peu urbanisées.

Avant de vouloir être stratège, l’État devrait cesser d’être un boulet. Il ne cesse de chambouler la fiscalité, les réglementations qui concernent les entreprises. Plutôt que de vouloir ajouter des subventions et financer des « pôles », l’Etat ferait mieux de simplifier de manière drastique et durable l’univers règlementaire et fiscal des entreprises. C’est ce qu’indique avec tact le rapport de bilan des pôles commandé par l’État et remis en juin 2012 : « Le système national d’appui à l’innovation s’est complexifié avec la juxtaposition, tant au plan national qu’au plan régional, d’outils, instruments et mesures orientés vers le soutien à la recherche (dans une logique de valorisation) mais aussi vers le soutien aux transferts de technologies et à l’innovation. Le programme d’investissements d’avenir, avec ses multiples instruments, a accru cette complexité(…) Au-delà, il s’agit d’apporter une cohérence de l’ensemble des politiques publiques. »

« La pluralité d’acteurs qui intervient engendre une complexité dans les relations, des déperditions d’information entre les différents niveaux, et peut être source d’inefficacité. Cette complexité est inhérente à la pluralité des enjeux et objectifs assignés à cette politique. Le mode de pilotage ne permet cependant pas pleinement d’impulser une vision stratégique de la politique des pôles. Des freins à l’efficacité sont palpables à différents niveaux : Le mode d’organisation des correspondants nationaux qui pour certains secteurs ne leur permet pas de forger une approche stratégique à l’échelle d’un secteur ; La coordination interministérielle par rapport aux autres politiques de recherche et d’innovation, telles que le programme des investissements d’avenir, les dispositifs du ministère en charge de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, ou ceux du ministère en charge de l’Environnement et des Transports ; Les faiblesses du dialogue Etat / Collectivités à un niveau stratégique au-delà de simples discussions techniques sur les processus de sélection ; Le manque de disponibilité de données agrégées au plan national sur les retombées de l’action des pôles. »

 
Commentaires

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  • Par ccompagnon - 07/12/2012 - 10:29 - Signaler un abus Une fois de plus

    Nous apprenons qu'entreprendre est un métier (celui de l'entrepreneur) et que les gouvernants feraient mieux de laisser les spécialiser de entrepreneuriat faire leur travail... ce qu'ils savent faire de mieux d'ailleurs. Quant à l'Etat, il devrait se recentrer sur ses pôles de compétences démocratiques...

  • Par Glabre et Ingambe - 07/12/2012 - 10:31 - Signaler un abus Brillant résumé contemporain de La charrue avant les boeufs.

    « Avant de vouloir être stratège, l’État devrait cesser d’être un boulet. »

  • Par MEPHISTO - 07/12/2012 - 23:24 - Signaler un abus Le pragmatisme OBAMIEN et la dogmatisme HOLLANDISTE: qui l ' emp

    La différence entre OBAMA et HOLLANDE : le premier est un interventionniste éclairé : il injecte des Fonds " Souverains " auprès des Entreprises AMERICAINES , nationalise partiellement les Secteurs " Vitaux " pour l' économie de son pays. et en procédant aux mutations , il préserve non seulement mais permet le redéveloppement de l ' Industrie AMERICAINE. dans ce domaine , il est d' une clairvoyance totale et le regard tourné vers demain. le second fait croire à son peuple et ceux qui veulent bien l ' écouter , qu' on peut se traverser la crise actuelle sans rien changer et que l ' on peut même revivre le glorieux passé : il faut coûte que coûte préserver les emplois qui vont disparaître et ne faire aucun effort d' investissement pour développer les créneaux porteurs d' avenir. il est totalement imperméable face aux enjeux de ce nouveau siècle

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Aurélien Véron

Aurélien Véron est président du Parti libéral démocrate.

Il est aussi membre du bureau de Réforme et Modernité, association présidée par le député Hervé Mariton. Depuis septembre 2008, Aurélien Véron a lancé les campagnes suivantes : lutter contre la dette en réduisant la dépense publique, baisser la pression fiscale pour libérer la croissance, introduire la capitalisation dans la réforme des retraites.

 

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