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Le plan Poutine pour faire de la Russie la 5e puissance économique mondiale d’ici 2024 est-il crédible ?

En annonçant que son pays atteindrait le 6e rang mondial en matière économique en 2024, le président russe s’est montré très ambitieux.

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Le plan Poutine pour faire de la Russie la 5e puissance économique mondiale d’ici 2024 est-il crédible ?

 Crédit Yuri KADOBNOV / POOL / AFP

Atlantico : Au mois de mars dernier, Vladimir Poutine annonçait que la Russie atteindrait le 6e rang mondial en matière économique, alors que sa position actuelle est la 12e place. Une ambition que le président russe souhaite réaliser d'ici à 2024. Une telle annonce est-elle crédible ?

Michael Begorre Bret : En l’état, cela paraît tout à fait irréalisable, et c’est ici la géopolitique qui dicte son rythme à l’économie. La situation géopolitique et les relations de la Russie devraient beaucoup changer avant qu’un réel décollage soit réalisable car il n’y a pas de croissance soutenable sans investissements, et les sanctions financières internationales ne le permettent tout simplement pas. Ces sanctions financières ne sont d’ailleurs pas en voie d’être levées mais au contraire s’intensifient, en particulier en provenance des États-Unis.

Il faut donc regarder d’un peu plus près le jeu politique à Washington et les tensions politiques autour de Donald Trump pour comprendre les réelles perspectives de croissance à Moscou. Non seulement le nouveau Congrès est à la manœuvre depuis un an et demi pour établir de nouvelles sanctions, allant jusqu’à voter des garde-fous pour que le Président ne puisse pas unilatéralement lever ces sanctions, mais l’administration même du Président prend de plus en plus de distances avec son chef sur le plan des sanctions à la Russie. Début avril, peu après les accusations d’attaque à Londres, c’est l’administration de Trump qui a allongé la liste des oligarques russes interdits de territoire américain et attaqué leurs avoirs. Sept magnats et dix-sept hauts fonctionnaires ont alors été visés, alors que Trump lui-même restait ostensiblement silencieux lors d’une conférence de presse menée par son administration.

Ces sanctions concernent non seulement des individus mais aussi des institutions clefs, donc économiquement c’est toute l’industrie qui souffre et le système financier qui perd peu à peu ce qui lui restait d’efficacité économique. L’annonce bravache de Poutine suit une bonne nouvelle mais ne peut pas présager une lame de fond.

Il a été largement indiqué que l'économie russe n'était pas parvenue à mettre en place une diversification suffisante lui permettant de faire face aux à-coups du secteur énergétique. Cette diversification est-elle en cours ou est-ce que Vladimir Poutine se repose essentiellement sur ce secteur pour justifier cet optimisme ?

Dans le monde de l’économie, influer les anticipations est une arme puissante et les effets d’annonce, bien menés, ont une grande efficacité. De ce point de vue, la dextérité de Vladimir Poutine est encore une fois à saluer, son annonce volontariste a sans doute été faite au meilleur moment possible. Cependant, l’habileté même de ce choix révèle les grandes fragilités même de son économie. Le terrain pour cette annonce est posé par de meilleurs chiffres de croissance pour 2017 que généralement prévus, après la contraction de 2015–2016. Mais ce sont surtout des facteurs extérieurs qui ont rendu possible ce regain, essentiellement le rebond des prix internationaux de l’énergie, qui ont eu leur impact positif sur les secteurs énergétiques, miniers et métallurgiques. En déduire une tendance allant jusqu’à 2024 est pour le moins optimiste, bien évidemment. Mais c’est surtout la marque que le temps de l’économie russe est plus que jamais fixé par les orages et éclaircies des marchés énergétiques. La Russie n’est certes pas la seule dont la santé économique se décide sur des marchés qu’elle ne contrôle que très peu, mais le mécanisme qui a fait sa fragilité depuis deux décennies se renforce au contraire : les secteurs non miniers se réduisent toujours plus et peu de pays présentent un si grand contraste entre une main d’œuvre aussi qualifiée et aussi peu exploitée dans les nombreux secteurs que pourraient lui ouvrir l’économie mondiale contemporaine. Et une large part de la main d’œuvre est toujours très vulnérable selon les mesures de la Banque mondiale.

 
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Michael Bret

Michaël Bret est économiste, président de Partitus. Il a travaillé ces dernières années pour le Collège de France, l'Institute for Fiscal Studies de Londres, BNP Paribas à Hongkong, l'OCDE et AXA Investment Managers. Il enseigne à Sciences Po et à l’Inalco.

Son compte Twitter : https://twitter.com/m_bret

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