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Philippe Juvin : "Sur l’Europe, Emmanuel Macron est un apprenti sorcier qui s’est mis à dos tous nos partenaires"

L'eurodéputé Les Républicains et porte-parole groupe du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen, Philippe Juvin, estime qu'il faut que les Républicains retrouvent une position claire et adulte sur l'Europe.

Grand entretien

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Philippe Juvin : "Sur l’Europe, Emmanuel Macron est un apprenti sorcier qui s’est mis à dos tous nos partenaires"

 Crédit BORIS HORVAT / AFP

Atlantico : Vous avez publié une tribune dans l'Opinion, intéressante et cinglante, dans laquelle vous dites qu'il faut que les Républicains retrouvent une position claire et adulte sur l'Europe. En quelque sorte l’acte 1 de ce que serait une clarification de la position du parti selon vous. Mais quel en serait l’acte 2 : que pourrait être un programme pour les Européennes au-delà de la réaffirmation générique d’un engagement pro-européen dans le contexte troublé que vit l’Europe ?

Philippe Juvin : Il y a deux choses à prendre en compte dans la question européenne.

D'abord, il faut affirmer ce qui fonctionne dans ses institutions. Car oui, il y a des choses qui fonctionnent. En premier lieu, le marché unique. C'est mieux de vendre à 500 millions d'habitants qu'à 67 millions et c'est mieux qu'un consommateur qui vous achète votre produit ait les mêmes assurances sur la qualité du bien et ait la possibilité de vous le renvoyer. Nous n’allons pas refaire 27 règles sur la concurrence ou 27 règles sur les règles sanitaires. Sinon c'est la faillite de nos entreprises ! Aujourd'hui, personne ne le rappelle plus. Je le répète, il faut dire et affirmer qu'il y a des choses nécessaires dans l’Europe telle qu’existe.

Deuxième chose à prendre compte, la question du droit européen. Un des éléments qu'on entend, la petite musique qui monte à droite, c'est qu'il faudrait revenir sur la primauté du droit national. En pratique, c'est la négation totale de ce qu'il faut faire car cela refragmenterait le droit européen. Et donc affaiblirait la règle commune et tout l’édifice. L’Europe s’est construire par l’unification du droit.

Le marché unique et l’Union douanière sont efficaces, et il faut les approfondir. Il a été montré que si on approfondissait les règles du marché unique aujourd'hui, on pourrait aller jusqu'à augmenter de 12% le PIB européen, ce qui est considérable en termes de création de richesses, d'emplois etc…

Il faut l’affirmer haut et fort. Même s’il est vrai que certains responsables politiques n’osent pas le dire même quand ils le pensent. Moi je le dis et je le crie : disons ce qui marche en Europe et défendons-le.

Une fois qu'on s'est payé le luxe de défendre l'Europe et un certain de nombre de choses qui fonctionnent, on peut effectivement se permettre de poser les questions de fond à commencer par celle-ci : pouvons-nous continuer comme si de rien n’était ?

Et donc, qu'est ce qui ne marche pas selon vous ?

Les institutions de l’Union sont imparfaites, mais pas là où on le dit. D’abord, aucun projet politique ne peut exister sans institutions. La République Française a des institutions, l'UE a des institutions. Dire "On est pour l'Europe mais contre les institutions", est absurde. L'Europe ne peut pas ne pas avoir d’institutions. Là-dessus, je reprendrai l’esprit de la formule de Churchill sur la démocratie lorsqu’il disait que c’était le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres. On dit que les institutions de l’Union sont technocratiques : je rappelle qu’il y a moins de fonctionnaires dans toute l'UE, toutes institutions comprises -commission, parlement, cour de justice-  que d'agents à la Mairie de Paris ! Donc la critique de la bureaucratie bruxelloise, ça fait doucement rigoler, surtout lorsque ça vient d'un Français.

A lire aussi sur Atlantico : Julien Aubert : "Le capitalisme mondialisé fait s'opposer le libéralisme et la démocratie ce qui n'arrivait pas par le passé"

Mais est-ce qu’en critiquant les institutions européennes, ça n’est pas tout autre chose que le nombre de fonctionnaires qui y travaillent qu’on critique ? Le reproche qui leur est fait le plus souvent est de ne pas être suffisamment politiques et donc trop bureaucratique, pas assez démocratiques ?

Exactement. Cela signifie que les critiques que l'on fait ne sont pas les bonnes. Car la deuxième critique que l'on fait mais qui est injuste, c'est que ce système européen n'est pas suffisamment démocratique. Même si je partage un peu cet avis, je vais y revenir, je souris quand des responsables politiques français le disentcar on sait comment est traité le parlement en France. En matière d’absence de démocratie, on fait difficilement pire… Donnez-moi un exemple depuis 1958 d'une loi votée par le parlement français qui aurait été en contradiction avec ce que voulait le gouvernement. Il n’y en a pas. La loi est toujours le reflet de ce que veut le gouvernement. Le parlement français ne fait pas la loi, il la subit.

Peut-être parce que le rôle d’un parlement moderne est plus de contrôler l'action du gouvernement que de légiférer ?

Le parlement français le fait-il ? Jamais, car c’est la nature même de nos institutions en France. Le Parlement européen, lui, est de type anglo-saxon. C’est un parlement qui peut dicter sa loi à la Commission européenne. Si donc je fais ces deux remarques préalables sur la prétendue technocratie etabsence de démocratiede l’Union, c'est pour souligner qu’on ne cible pas les vrais défauts européens. Les institutions, ce n'est pas le vrai problème. Le vrai problème, c’est leur incapacité à créer une réaction concertée face àl'émergence de la Chine, à l’éloignement politique et stratégique des Etats-Unis ou à l’envolée démographique de l'Afrique.

Certes mais il n'y a pas ou peu d’institutions africaines qui puissent faire concurrence à l’Union européenne quand même…

Pas encore mais ces institutions viendront. Et en 2030, le Nigeria aura plus d'habitants que les Etats-Unis. La décadence politique du bloc occidental est écrite et en 2100, elle sera consommée. Ne croyez pas qu’il puisse en être autrement. Pour ne pas perdre toute puissance ou toute souveraineté,  il faut que nous nous dotions d'institutions qui soient fortes à 27. Et nous n’y parviendrons pas sans l'adhésion du peuple européen. Je crois donc à la nécessité absolue de l'élection au suffrage universel par les 500 millions d’Européens du président de la Commission ou du Conseil. Je ne suis pas le seul à le croire, la CDU l'a inscrit dans son programme. Il faut donner un souffle démocratique à l’Union pour lui permettre de mener des politiques adaptées, c’est-à-dire fortes et décidées aux nouveaux enjeux. Certes, le vrai sujet aujourd'hui, c'est que les Etats membres n'en veulent en fait pas. Ne soyons pas naïfs : les dirigeants nationaux, Monsieur Macron et Madame Merkel en tête, se lamentent en public de la faiblesse de l’Europe mais s’en satisfont ! Car pendant ce temps, ils gardent la barre.

Est-ce que la faiblesse des institutions européennes n’est pas précisément de n'avoir jamais su trancher entre ce qui est géré au niveau de la Commission et des institutions strictement européennes et ce qui continue à être géré au niveau de l’intergouvernemental ?

Les Etats, à travers les Traités, ont tranché très clairement, en confiant des compétences à l’Union et en gardant certaines. Après, c’est facile de se lamenter que l’Europe n’agisse pas dans des domaines qu’on ne lui a volontairement pas confiés ! L'Europe, c'est très pratique, ça permet non seulement aux Etats de ne pas assumer les décisions complexes mais aussi de se lamenter avec des propos du type « regardez, sur l’immigration, l'Europe ne fait rien ». Mais les instances européennes n’ont pas de compétences sur l'immigration ! Comment pourraient-elles agir sans l’accord des Etats ?

Moi ce que je dis, c'est qu'il faut des institutions démocratiquesavec une expression forte du pouvoir,  je suisun bonapartiste européen.  Une légitimité à 500 millions d’électeurs européens est plus forte qu'une légitimité à 65 millions de Français. Il faudra aussi que nous donnions du temps à ceux qui détiennent ce pouvoir. Quand vous voyez que le Président chinois annonce au monde que deux mandats ça ne suffit pas, et qu'il se donne la possibilité d’en enchaîner plus, ça signifie que le mandat européen de 2 ans et demi, c’est de la blague. Comment voulez-vous peser ? Ni le président de la Commission européenne ni celui du Conseil n’ontle pouvoir nécessaire !

Il faut que les mandats politiques qui pilotent l'UE soient de 5, 6 voire 7 ans. Il faut accepter que les Etats transfèrent totalement certaines politiques à l'UE. Mais avec un mode de gouvernement différent. Les commissaires européens doivent être désignés par le président de la Commission, lui-même élu au suffrage universel, pas par les 27 capitales de l’Union. Le président de la commission doit pouvoir choisir ses ministres comme le fait tout chef de gouvernement. L'outil politique européen doit se renforcer en se donnant la légitimité de la désignation par la souveraineté populaire

Vous parlez de souveraineté populaire, ce qui suppose qu'un peuple existe.  Est-ce que ce n'est pas un autre problème de l'UE de s’être construite principalement autour d’institutions en oubliant le peuple. On peut comprendre le pari de 1957 d’institutions précédant la constitution d'un peuple mais est-ce qu’à force de contourner la question de  l’existence réelle de ce peuple, les institutions ne sont pas enlisées ? Vous parliez de "décadence occidentale"  mais cela suppose que l’Occident existe. Nous avons un passeport européen mais concrètement, à part des citoyens de papier biométrisés, qui sommes-nous ?

J'ai une thèse qui est évidemment très critiquable. A la fin du 19ème siècle, alors que la France était épuisée par des décennies terribles -trois républiques, deux empires, quatre rois, des révolutions et des guerres civiles-et qu’elle venait en plus de perdre l’Alsace et la Lorraine, qu'avons-nous fait ? Nous avons construit et raconté un roman national. Pas une histoire, un roman.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 27/05/2018 - 13:45 - Signaler un abus Et allez! un nouveau transfert de souveraineté vers l’UE...

    Ils me font rire, ces ripoublicains bon-teint...ils sont comme les -communistes d’avant-mur, qui disaient que  » le marxisme, ça ne marche pas! alors, il en faut encore plus! » ce Philippe Juvin constate que l’UE, ça ne « marche » pas, alors il en réclame encore plus!!!!..Non, seuls les partis nationaux et identitaires sauront réformer l’UE radicalement, et elle en a un besoin urgent... (comme le parti des Démocrates Suédois qui gagnera les prochaines élections en Suède)

  • Par ajm - 27/05/2018 - 15:43 - Signaler un abus Incantations et contradictions.

    Beaucoup de contradictions et d'incantations dans ces propos de PV qui, d'ailleurs, met ironiquement en évidence la maladresse et le peu de sens diplomatique de notre président , soi-disant si Européen. Le problème , c'est qu'il n'y a pas de peuple Européen et que rien n'est fait pour qu'il en existe un, puisque l'idéologie de l'Europe Officielle est l'ouverture aux peuples du monde entier, de préférence à ceux qui sont aux antipodes de l'histoire et de la culture des peuples d'Europe.

  • Par philippe de commynes - 27/05/2018 - 18:55 - Signaler un abus "A la bataille de Tannenberg, nos ennemis, c’était les Russes "

    A Tannenberg les Russes ont attaqué en catastrophe les Allemands à la demande des Français pour rendre possible la contre-offensive de la Marne sans laquelle nous (les Français) aurions tout de suite perdus la guerre, auquel cas nous n'aurions probablement pas pu avoir une paix aussi favorable que celle que l'on a accordé aux allemands à Versailles. Donc non à Tannenberg nos ennemis c'était les Allemands, ( à moins de réécrire l'histoire et de décréter à partir de maintenant que nous avons fait la 1ère guerre mondiale contre les Russes ...)

  • Par Atlante13 - 27/05/2018 - 19:31 - Signaler un abus Finalement, ce n'est qu'un rêve, l'Europe.

    Discours enthousiasmant de ce député, mais totalement déconnecté des réalités. Faudrait-il lui rappeler que la Corse ne rêve que de se "libérer" de la France? tout en continuant a recevoir son argent bien sûr, comme les français pour l'Europe en somme. L'empire romain d'Hadrien est tombé sous les coups des barbares car les romains ne voulaient plus se battre. Il en sera de même pour l'Europe, car pas une nation, pas un homme, n'ont réussit a y insuffler une âme.Aujourd'hui les barbares déferlent, et nous assistons, impuissants, à notre propre décadence, allant même jusqu'à aller chercher ces envahisseurs au milieu de la mer. Les livres d'histoire futurs se poseront longtemps la question de savoir comment l'Europe en est arrivée là.

  • Par Deneziere - 27/05/2018 - 19:38 - Signaler un abus Excellent

    Rien à redire.

  • Par vangog - 27/05/2018 - 23:03 - Signaler un abus Un roman?

    un roman, c’est un début, une histoire, une fin! L’UE approche de sa fin...à l’inverse, le beau roman commence avec l’Europe des Nations. Le thème? La liberté des hommes, une histoire d’amour basée sur le respect des différences, des cultures riches et stupéfiantes... Et on défend la maison Europe contre ceux qui veulent y rentrer sans autorisation. Les collabos avec l’envahisseur vont souffrir...

  • Par GP13 - 28/05/2018 - 09:03 - Signaler un abus J'y suis donc c'est bien ......

    Philippe Juvin est député européen. Il siège au parlement européen et s'y plait. Il en tire la preuve que le peuple européen existe...... L'analyse de Julien Aubert me semble autrement plus pertinente.

  • Par Ganesha - 28/05/2018 - 13:20 - Signaler un abus Mise en garde

    Cet article est une excellente mise en garde : il vous montre le genre de débiles que vous envoyez au Parlement européen en votant pour les Ripoublicains !

  • Par ajm - 28/05/2018 - 22:46 - Signaler un abus Les députés Français au parlement Européen.

    Ganesha : qu'a fait MLP au parlement Européen en dehors de faire payer des permanents de la direction du FN par ledit parlement ? En réalité, les Francais au parlement Européen , à part quelques exceptions ; ne font pas grand chose. Pour eux, l'élection à ce parlement est alimentaire uniquement et leur contribution est parmi les moins efficaces.

  • Par EmmanuelSales - 29/05/2018 - 05:21 - Signaler un abus L'Europe est un essaim de peuples, pas un super Etat.

    Beaucoup d'approximations historiques dans ce propos. Et toujours cette volonté profondément contraire à l'esprit européen de construire un super-Etat. Enfin, une impasse complète sur l'Allemagne, qui regarde davantage vers la Chine et les États-Unis, que vers l'Europe, contre laquelle elle s'est construite.

  • Par Anouman - 29/05/2018 - 20:53 - Signaler un abus "Et pourtant, on va tous

    "Et pourtant, on va tous mourir ensemble à Verdun. Par quel miracle ?" Parce que c'est un miracle de mourir à Verdun (ou dans n'importe quelle guerre) ? Pour le reste je crois que ce monsieur est en train d'organiser un mauvais résultat de LR aux européennes. Rien de ce qu'il dit ne donne envie de lui donner une voix.

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