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Petropolitik : la crise ukrainienne expliquée par les enjeux énergétiques

N'oublions pas que l'Ukraine occupe une position stratégique entre la Russie et l'Europe, en partie pour le transit du gaz russe vers l'Union européenne.

Matières premières

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Petropolitik : la crise ukrainienne expliquée par les enjeux énergétiques

Vue d'un ouvrier à travers un pipeline / photo d'illustration.  Crédit Reuters

Atlantico : L'Ukraine est considérée par la Russie, et par l'Europe, comme un pays stratégique quant aux enjeux énergétiques qu'elle représente. Quels sont-ils ? Se limitent-ils au gaz ? D'autres matières premières permettent-elles d'expliquer la crise ?

Nicolas Mazzucchi : La position stratégique de l’Ukraine est, pour l’Europe une position géographique. En effet, l’Ukraine est le lieu de transit par excellence du gaz russe vers l’Union européenne via un réseau complexe de pipelines dont le fameux Druzhba qui dessert la Slovaquie, la Hongrie, la République Tchèque et l’Autriche. L’Ukraine est ainsi un pays de transit dont le principal poids géopolitique, vis-à-vis de l’Europe, est celui des tubes le traversant. Cette position stratégique a néanmoins déjà été un problème, notamment lors des "guerres gazières" russo-ukrainiennes de la fin des années 2000 où les sanctions prises par Moscou à l’encontre de Kiev ont eu des répercussions jusqu’en Allemagne.

A cette époque la coupure d’approvisionnement vers les pays d’Europe centrale et orientale a fait réfléchir tant leurs gouvernements que la Russie sur des solutions alternatives à cet acheminement gazier par voie terrestre. Côté est-européen des politiques de diversification des énergies, vers le nucléaire notamment, et des ressources ont été envisagées et côté russe s’est développée l’idée de contourner l’Ukraine. C’est ainsi que la Russie a décidé, en partenariat avec certains pays européens dont l’Allemagne de créer deux routes alternatives, l’un sous la Baltique, Nord Stream, et l’autre sous la Mer Noire, South Stream, pour diminuer la dépendance géographique au trajet ukrainien.
Toutefois la Russie est loin de ne fournir que du gaz à l’Europe. Elle exporte également du pétrole – 85 % du pétrole russe est exporté vers l’Europe – et surtout des métaux stratégiques indispensables aux industries occidentales comme le titane, le rhodium, le palladium, le manganèse, etc. De même la Russie est redevenue depuis quelques années un très important producteur de blé et une éventuelle cassure des relations économiques entre Russie et Europe aurait de graves conséquences sur les économies des deux.  

Ces enjeux énergétiques offrent-ils finalement une clé de compréhension plus pertinente de la position de la Russie sur ce dossier ?

Pour la Russie la question ukrainienne est avant tout un élément géopolitique et pas géoéconomique. En ce sens l’énergie ne me semble pas être une explication majeure de la crise en elle-même. Toutefois les retombées de cette crise peuvent rapidement se cristalliser autour des enjeux énergétiques (gaz, pétrole, mais aussi uranium) et des matières premières en règle générale (métaux, blé). Ces ressources naturelles sont en effet le principal levier de pression de Moscou pour éviter des sanctions de la part des pays occidentaux. On a beaucoup parlé de "retour de la Guerre Froide" mais il faut bien comprendre que la mondialisation a totalement transformé le paradigme des relations russo-occidentales. Là où auparavant il existait deux systèmes économiques opposés qui ne dialoguaient que marginalement, l’insertion de la Russie dans l’économie de marché à partir des années 1990 et la reprise en mains de l’économie par Vladimir Poutine à partir des années 2000 ont amené à une interdépendance des pays et à un renforcement de la position internationale de la Russie par l’économie. Là où il n’existe que peu de chances de voir les protagonistes se menacer militairement, il est par contre prégnant que l’arme économique est devenue il élément fort de la diplomatie des deux côtés.  

 
Commentaires

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  • Par caribou - 12/03/2014 - 21:19 - Signaler un abus Sommes nous prêt a souffrir plus que les russes?

    J'ai eu le ''plaisir'' de côtoyer des russes en faisant de la lutte libre et de de la savate, des gens aimable... MAIS RUDE.

  • Par ignace - 13/03/2014 - 01:51 - Signaler un abus Article interessant

    merci

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Nicolas Mazzucchi

Nicolas Mazzucchi est géoéconomiste spécialiste des questions énergétiques. Il est chercheur associé à l’IRIS, fondateur du cabinet Polemos Consulting et professeur associé à l’Ecole de Guerre Economique, HEC et Sciences-Po Lille.

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