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Perestroïka à Cuba : quel risque prenons-nous à miser sur Raul Castro ?

Alors que Raul Castro est à Paris pour une visite diplomatique à forte teneur commerciale, l'ouverture récente du régime et de l'économie cubaine doit être mise à profit par la France. Mais gare aux jugements hâtifs vis-à-vis d'un pays encore loin d'être une démocratie.

Jeux de dupes

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Perestroïka à Cuba : quel risque prenons-nous à miser sur Raul Castro ?

Atlantico : En 2003, le premier secrétaire du PS, François Hollande, critiquait vertement les excès du régime de Fidel Castro. Aujourd'hui, la France déroule le tapis rouge à son frère Raul, sur fond d'ouverture du marché économique cubain. Comme philosophe qui n’a pas hésité à aller soutenir, en novembre 1999, les dissidents cubains avec Alain Madelin que vous aviez amené avec vous, qui a été arrêté à cette occasion, et qui a fait une série de conférences en Floride reprises par la presse et la télévision américaine, en particulier en Floride, pour tenter d’unifier la dissidence cubaine, n'en fait-on pas trop pour la venue du leader d'un régime politique toujours très critiquable ?

Yves Roucaute : Afin que l’on ne se méprenne pas sur ma position, merci de rappeler qu’en ce qui me concerne, je ne peux être suspect d’indifférence aux droits de l'homme à Cuba. Tandis que la plupart des intellectuels français feignaient d’ignorer ce qu'il se passait à Cuba, et que d’autres se contentaient de discours, je suis en effet le seul intellectuel français à m'y être déplacé, en 1999, à la demande de groupes de dissidents, pour aller défendre les droits de l'homme. Je l’ai fait discrètement. J’avais demandé à plusieurs hommes politiques de m’accompagner pour une intervention politique sur place, tenue secrète. La plupart ont décliné, quelques-uns parce qu’ils ne pouvaient pas, la plupart parce qu’ils ne le voulaient pas ou par lâcheté. Et c’est finalement avec mon vieux complice Alain Madelin, toujours prêt quand il s’agit de défendre la liberté, que nous y sommes allés. Claude Malhuret, qui devait venir aussi, n’ayant pas pu au dernier moment. Nous avons rencontré en secret une vingtaine de dissidents, dont un prêtre, un médecin, des défenseurs des droits de l'homme, en débranchant les micros dans l’hôtel Nacional où nous étions, en dépistant la police en changeant de taxis à plusieurs reprises, en passant par le fond des magasins pour changer de rues. C’était assez épique. Nous avions amené avec nous des "passeports de la liberté", qui étaient en quelque sorte des viatiques signés par 15 députés européens qui s'engageaient à faire connaître la cause de la personne à qui on donnait ce passeport et, surtout, à le défendre en cas d’agression ou d’emprisonnement. Mes amis cubains avaient organisé à La Havane, avec nous, une manifestation de femmes cubaines qui ont d’ailleurs été arrêtées. Je l’ai été moi-même, et c'est Alain Madelin qui m'a sorti des pattes des geôliers. Défendre les droits de l'homme est donc clairement ma position. Je l'ai d’ailleurs toujours fait partout dans le monde, au risque de ma liberté, comme au Vietnam ou en Birmanie, où je suis allé défendre des bonzes, parfois au risque de ma vie, avec Alain Madelin d’ailleurs, comme en Afghanistan où j’ai été le seul intellectuel au monde à être invité par mes amis de l’Alliance du Nord, de Massoud, pour fêter la libération de Kaboul, en 2001.

Ce point de vue, qui reste le mien, étant posé, on peut en effet constater l'inconstance de François Hollande, la façon dont il a tourné casaque sans expliquer pourquoi. Il est passé d'un statut de défenseur abstrait des droits de l'homme à un statut de défenseur réaliste des intérêts de l'économie française. Entre la naïveté de départ et le cynisme d'arrivée, il y a sans doute un juste milieu, comme disait Aristote, c’est-à-dire une position juste à tenir.

On note, en passant, que cela ne va pas sans poser une nouvelle coupure au sein du Parti socialiste. La gauche va se retrouver écartelée une fois encore. Mais cette fois non pas entre défenseurs de l’entreprise plutôt au centre gauche, type Macron, et sa gauche, type Mélanchon-Taubira. Car une grande partie de cette gauche socialiste soutient le régime castriste depuis le début pour des raisons qui tiennent à son idéologie liberticide. La gauche se trouve cette fois tiraillée entre les défenseurs des droits de l'homme, type rocardiens, et les défenseurs du réalisme en relations internationales.

 
Commentaires

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  • Par Mike Desmots - 02/02/2016 - 10:42 - Signaler un abus Raul Castro était le chef des terribles services secrets cubains

    il a réussi a passer a travers les mailles du TPI .....?? un exemple parmi 1000 (hélas les 999 autres sont secret défense à Cuba ou voir à Paris)) d'ailleurs,,c'est fou en ce moment, l'épidémie d' Alzheimer qui sévit cher les marxo/socialistes français... Lors de la guerre d'Angola , pour la "libération des peuples"! c'était le terme principal de la propaganda soviétique de l'époque (1950/1970).Raul Castro et le fameux Che Guevara (qui n'a jamais était qu'un command autoproclamé, comme ne le dit pas la chanson ) , ont envahi l'île de Sao Tomé (face au Gabon) ,le 7 haciendas de l'ile furent pillées volées et le butin envoyé à Cuba...! La prison fut agrandit ,et le Raul et Che ,pratiqué la torture (comme dans les prisons cubaines) ..! et c'est ce personnage qu'honore la gauchocratie français et Normal 1er ...? juste infecte...!

  • Par vangog - 02/02/2016 - 10:46 - Signaler un abus Partido Socialista Popular

    "Le Parti communiste de Cuba, martiste et marxiste-léniniste, avant-garde organisée de la nation cubaine, est la force dirigeante supérieure de la société et de l'État, qui organise et oriente les efforts communs vers les hautes fins de la construction du socialisme et la marche en avant vers la société communiste » ça sent la naphtaline moscovite, non?

  • Par Mike Desmots - 02/02/2016 - 10:48 - Signaler un abus M. Roucaute , Raul castro n'est pas le frère de Fidèle Castro

    seulement son "demi" frère ...

  • Par brennec - 02/02/2016 - 11:51 - Signaler un abus Le risque est évident.

    Le risque? ça ne va pas nous faire des amis parml la majorité du peuple cubain. On ne peut pas a la fois soutenir un dictateur et être populaire. Bien sur si on veut vendre des rafale ce n'est pas au populo qu'il faut s'adresser.

  • Par clint - 02/02/2016 - 15:31 - Signaler un abus Hollande aurait mieux fait de ne pas impliquer les USA !

    Les Republicains peuvent très bien emporter la présidence, et pourquoi pas avec Marco Rubio. En tant que victime avec sa famille du castrisme, comme de milliers d'autres, il n'a pas du tout apprécié le rapprochement, bien que timide, de Obama vers Cuba. Ce rapprochement est d'ailleurs fortement critiqué parmi beaucoup de "latinos". Alors en voulant donner un air de "vieille gauche marxiste" à la France en allant inviter les "purs" Mélanchon, et même la veuve de Marchais ( "fais les valises !, on rentre à Paris ..") ça risque d'être très mal apprécié !

  • Par jc0206 - 02/02/2016 - 16:19 - Signaler un abus Le risque à miser sur Raul

    C'est uniquement de perdre son temps. Le jour ou les Castro disparaitront, Cuba tombera dans les bras des USA et Flamby ne pourra que compter les points.

  • Par Texas - 02/02/2016 - 17:22 - Signaler un abus Relooking

    Après le travailleur Social de la Maison-Blanche , le Collectivisme se refait une image avec l' intervention de notre Haut-Fonctionnaire à vie .

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Yves Roucaute

Yves Roucaute est philosophe. Agrégé de philosophie et de sciences politiques, il enseigne à la faculté de droit de l’université de Paris-X.

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