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Patron et de gauche, c'est possible ?

Il est convenu que la majorité des patrons votent à droite. Pourtant, parmi eux, quelques uns sont de gauche. Un positionnement politique qui n'empêche pas de prendre les décisions les plus difficiles. Petit retour sur ces dirigeants déclarés à gauche et sur les choix qu'ils ont fait, loin de toute idée reçue.

Schizophrénie

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Patron et de gauche, c'est possible ?

Qu’est-ce qu’un patron ? C’est un chef d’entreprise. C’est celui qui la dirige, qu’il l’ait fondée ou pas.  Crédit Reuters

Mais d’abord, qu’est-ce qu’un patron ? C’est un chef d’entreprise. C’est celui qui la dirige, qu’il l’ait fondée ou pas. Et qu’est-ce qu’une entreprise ? C’est une structure économique et sociale qui regroupe des moyens humains, matériels, immatériels (services) et financiers, qu’elle combine pour fournir des biens ou des services à des clients sur un marché en principe concurrentiel avec un objectif de rentabilité.

Toute la complexité de la juxtaposition des termes "patron" et "gauche" réside justement dans cette fameuse combinaison de moyens et dans l’objectif et l’usage de cette "rentabilité". Quelles sont les places et les valeurs de l’homme et de son travail dans l’entreprise, à quoi ou plutôt, à qui sont destinées les fruits de cette rentabilité?

La droite, la gauche, l’entreprise et les patrons

Pour la droite, l’entreprise est vecteur de richesse individuelle et par extension, nationale. Elle doit pourvoir exercer le plus librement possible son activité pour le meilleur bénéfice possible, avec le moins de taxes et de contributions possible. Et tant mieux si elle préserve et crée des emplois, sinon tant pis. La liberté d’entreprendre s’étend à la liberté d’utiliser les profits éventuels.

Pour la gauche, l’empreinte des réflexions de Karl Marx sur l’exploitation (l’aliénation !) de l’homme et de son travail dans le cadre de l’entreprise reste prégnante. Méfiance donc à l’égard de l’entreprise et de ses représentants. Quoi qu’il en soit, si elle est là-aussi considérée comme un potentiel de richesse et de croissance, comme le défend Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon dans son livre Et si la France s’éveillait (éd. Plon) : "[Je] crois en l’entreprise parce que c’est là et là seulement que se crée la richesse". Mais of course, cela s’entend dans le cadre d’un effort contributif en terme d’emploi et de conditions de travail, en terme financiers (impôts, cotisations, taxes) et l’éventualité d’un contrôle sur la distribution et l’utilisation des bénéfices est envisageable. D’où ce petit penchant des gouvernements de gauche pour les nationalisations…

Divergences de vues notables, et il est reconnu que patronat rime assez logiquement avec droite… Guillaume Delacroix rapportait dans un article intitulé "Les chefs d'entreprise penchent largement pour Nicolas Sarkozy" que sous couvert d'anonymat, un hiérarque du Medef était hier formel, en sortant de la réunion mensuelle de l'assemblée permanente de l'organisation : "Chez nous, ça vote Sarkozy en quasi-totalité.". Et encore que Sophie de Menthon, présidente du mouvement Ethic, affirme que : "85 % de ses adhérents votent Sarkozy.", (Les Echos, 18/04/2007).

Des patrons de gauche !

Quoi qu’il en soit, c’est bel et bien dans un cadre capitalistique que s’exerce la fonction de patron, et c’est dans ce cadre-là que les patrons de gauche évoluent… Car il y en a !

Parmi les nominés, on peut citer, et par ordre chronologique d’apparition : Antoine Riboud fondateur de BSN (aujourd’hui Groupe Danone), Gilbert Trigano, Club Med, Claude Alphandery, patron de la Banque de Construction et des Travaux Publics et de fondateur de France active, financeur solidaire pour l’emploi (ces trois-là signeront un appel en faveur de François Mitterrand pour l’élection présidentielle de 1974), Claude Neuschwander, le malheureux patron de Lip qu’il n’a pu sauver du naufrage. Jean-Charles Naouri, fidèle de Pierre Bérégovoy, PDG du groupe Casino longtemps seul électeur socialiste parmi les 100 premières fortunes françaises, Philippe Lagayette (JP Morgan), Patrick Ponsolle (ex Eurotunnel), Jean-Cyril Spinetta (Air France), Louis Schweitzer (Renault), Serge Weinberg (Sanofi-Aventis), Alain Prestat (PDG de Thomson Multimédia).

 
Commentaires

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  • Par Jean-Francois Morf - 12/03/2012 - 11:04 - Signaler un abus Mon expérience personnelle: les pire patrons sont...

    ...les piliers d'église! Ils mentent comme des arracheurs de dents, mais ils disent que c'est des "mensonges blancs"! Ils vous volent la moitié de votre capital de pension, et c'est légal!

  • Par fms - 12/03/2012 - 11:16 - Signaler un abus que c'est dur

    D'écrire sur un sujet qu'on ne connaît pas... un peu plus de travail, voir même une interview, aurait nourri la réflexion. Il faut quitter son clavier et enquêter réellement. Les recherches sur le web ne peuvent pas tout faire...

  • Par golvan - 12/03/2012 - 12:54 - Signaler un abus De très nombreuses grandes

    De très nombreuses grandes entreprises en France fonctionnent la main dans la main avec l'Etat. La loi des 35 h par exemple qui est une complète imbécilité imaginée par l'homme à la braguette ouverte a contribué à l'enrichissement de ces grandes entreprises car c'est l'Etat (nous contribuables) qui régle la différence. L'immense majorité des noms cités en tant que patrons"de gauche" correspond à ces entreprises où l'Etat n'est pas un ennemi mais un collaborateur. Trouver des hauts-fonctionnaires socialistes pantoufleurs et interchangeables n'est pas surprenant mais je me demande ce qu'un Scheitwzer ou un de ses copains grand-bourgeois peut receler comme valeurs de gauche ! On se trouve plutôt devant un simple problème de sémantique: peu de gens se déclarent de droite et à revenus égaux, à comportement tout aussi égoïste, même si l'on s'endort paisiblement chaque soir sur un confortable matelas de billets, il est évidemment préférable de se déclarer "de gauche". Ca ne mange pas de pain et ça n'entame pas le capital. Ce sont les patrons de pme qui sont "de droite", parce que là l'Etat les rackette plus qu'il ne les aide. Les nationalistes à droite, la nationalisation à gauche.

  • Par Montagne - 12/03/2012 - 14:13 - Signaler un abus à Golvan

    Excellent commentaire.

  • Par Mimi Defrance - 12/03/2012 - 19:54 - Signaler un abus J'ai eu un patron encarté PS,

    J'ai eu un patron encarté PS, ça été mon pire patron car le plus radin, il disait et se vantait de faire des choses qu'il ne mettait jamais en application et quand il était interrogé sur l'écart entre son discours et ses actes, il répondait que si le gouvernement mettait en place, il ferait... C'était un patron de PME. Dans une plus grosse entreprise où j'ai également travaillé, mon patron, très bobo se revendiquait de gauche ...je crois pour avoir la paix avec les syndicats mais en réalité, il votait à droite vu sa mine des lendemains d'élections, on connaissait ses préférences réelles....mais il n'y a pas besoin d'être patron pour cela, beaucoup disent voter pour untel et vote en réalité pour un autre.

  • Par lorrain - 12/03/2012 - 20:12 - Signaler un abus moyens humains et matériels

    pourrait-on arrêter de traiter le personnel comme une ressource, comme le matériel ou les véhicule d' une entreprise, il serait mieux de revenir au bon vieux service du personnel ou les gens géraient des hommes et non des n° de dossier. pour ce qui est des patrons de gauche, voir "le président" avec Gabin, " il existe des poissons volants, mais ce n' est pas la majorité" blague à part, on ne peut pas dire que les employés des patrons de gauche sont plus heureux que les autres, et on ne peut pas dire que leur entreprise soit plus performante. en tout cas, les secteurs gérés par les syndicats, le portuaire, seafrance.... sont sinistrés, voir décédés

  • Par ciceron - 12/03/2012 - 21:33 - Signaler un abus Patrons et de gauche ? NON !

    @Mimi Defrance, il m'est arrivé la même désaventure. J'ai eu une grande responsable qui revendiquer haut et fort son penchant de gauche. Cela a été la pire de tous ses prédécesseurs. Nous avons assister à de la pure schizophrénie car comme elle était persuadée d'être du côté du bien, elle n'avait aucune considération pour ses employés. Elle savait mieux que quiconque ce qui était juste et bien. De guerre lasse, je suis parti, ne pouvant plus protéger personne... @golvan : vous tapez juste ! Mais malheureusement quand le cas se présente dans le privé, c'est l'horreur.

  • Par Bon sens - 12/03/2012 - 22:01 - Signaler un abus et si on jugeait sur les actes ?

    Ces articles dressent toujours la même liste des patrons qui s'affirment de gauche. Mais qui enquête sur leur comportement réel ? Pour ne plus avaler tous ce que les grands médias répêtent sur ces gens là, je vous recommande de lire le savoureux "Ils ont acheté la presse", editions Picollec, qui vient de sortir, et dans lequel on en apprend de belles sur notamment Bergé, Pigasse, Olivennes, ... loin de l'image véhiculée àlongueur de portraits. n'oublions pas le maitre des patrons de gauche : DSK !

  • Par DEL - 12/03/2012 - 23:09 - Signaler un abus Patron de gauche?

    J' croirais quand j'entendrai un patron appeler à voter Mélenchon ou Poutou.

  • Par blablator - 13/03/2012 - 06:00 - Signaler un abus oui, bien sûr, on peut être patron de gauche

    Il suffit d'être nommé par l'état à la tête d'une grande entreprise et d'être suffisamment hypocrite pour pouvoir retourner sa veste en sortant du boulot pour aller dîner avec les journalistes ou les copains de la politique. (Je trouve que ma réponse est plus courte que l'article)

  • Par Harmaggedon - 13/03/2012 - 12:09 - Signaler un abus vous noterez...

    qu'il est facile d'être patron de gauche, quand on est dans un domaine où les marges bénéficiaires sont très élevées : il est facile dans ce cas de rémunérer les employés, au dessus des salaires moyens... tout en se gardant de substantiels bénéfices ou salaires de patron. C'est comme dans la culture et l'audio-visuel, il est très facile d'être de gauche, de profiter continuellement des aides et des subventions, d'avoir des revenus très élevés et de se dire de gauche : toute la gauche Beluga !

  • Par Gilles - 13/03/2012 - 12:30 - Signaler un abus Ce sont les pires

    Les patrons ou même les ministres de gauche sont souvent les pires. Ils ont le plus grand mépris pour le "peuple" et savent dresser des barrières entre aux et la populace une fois à leur poste.

  • Par Rochefort89 - 13/03/2012 - 14:02 - Signaler un abus "la pratqiue est le critère de toute théorie" (Engels)

    Oui, on peut être de gauche et patron!!! en tous cas le déclarer!!! On est de droite ou de gauche "selon les rapports que l'on entretient avec l'argent" (Harris et Sédouy") et non en fonction de ses propres déclarations. Quant on est riche et la plupart des patrons le sont plus ou moins? c'est que l'on a spolié les prolétaires... Lors du grand soir le peuple n'est pas dupe et ne se fie pas aux déclarations (SK dont on a découvert le patrimoine... sera le premier à rendre l'argent!!! cela ira jusqu'à la barre des 4000 euros donc Hollande et Mélenchon)

  • Par bobocleaner - 13/03/2012 - 20:06 - Signaler un abus on peut etre patron et de gauche

    il sufit d'être faux cul. et ca tombe bien beaucoup de gens de gauche sont faux culs !

  • Par decheval - 13/03/2012 - 21:08 - Signaler un abus @ Par bobocleaner

    et beaucoup de gens de droite ne sont pas de faucons. Ce qui est facile surtout pour ceux qui font des « analyses politiques » sentant bons l'anisette...

  • Par a l'aise Blaise - 13/03/2012 - 22:40 - Signaler un abus Les prolos qui votent à droite FERONT L4OBJET DU PROCHAIN ARTICL

    De même qu'il y a des ouvriers qui votent à droite, il y a des patrons qui votent à gauche, des patrons qui ne pensent pas qu'à leur petite gueule et c'est tout à leur honneur. Les ouvriers qui votent à droite, eux le font pour des raisons nettement moins noble. On leur a bourré le crâne comme quoi les étrangers mangeaient leur pain et il n'ont jamais entendu le sketch de Fernand Raynaud, celui du boulanger étranger las de la xénophobie ambiante qui finit par s'en aller et laisser les clients de son village sans boulangerie et surtout sans pain.

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Isabelle Fringuet-Paturle

Journaliste et française de l'étranger. Elle a cofondé le groupe Planet SA.

Ses derniers livres : Petit guide de survie dans la crise au quotidien (Roularta L'Express) et Tintin est-il de gauche ? Astérix est-il de droite ? avec Jérémy Patinier (Editions de l'Opportun)

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