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Passed-on : comment expliquer notre obsession à vouloir laisser une trace après notre mort ?

Passed-On.com, un site web gratuit destiné à tous ceux qui désirent "léguer un héritage émotionnel à leurs proches" après leur mort, a été récemment lancé en huit langues.

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Passed-on : comment expliquer notre obsession à vouloir laisser une trace après notre mort ?

Atlantico : Le site "Passed-On" propose à ses membres de "léguer un héritage émotionnel à ses proches et sauvegarder les moments inoubliables" en leur créant une page internet à cet effet. Comment expliquez-vous ce besoin de l’être humain à vouloir laisser une trace après sa mort ? L'ère du numérique a-t-elle fait évoluer cette tendance ?

Jean-Paul Mialet : Seul dans le règne animal à pouvoir anticiper sa mort, l’être humain éprouve le besoin de dépasser cette limite. Comme me le disait un patient: "J'admets très bien que la terre ait pu tourner sans moi pendant des millions d'années avant ma naissance, mais j'ai du mal à concevoir qu'elle en fasse de même après ma mort".

Au fond, il nous semble que le monde n'existe qu'à travers nos constructions mentales : il serait donc légitime qu'il disparaisse en même temps que nous. Car si notre conscience du monde n'est pas le monde lui-même, n'est-elle pas une imposture ? Notre disparition nous ramène à notre humble statut : ce monde que nous pensons posséder au fond de nous, nous n'en sommes qu'un élément périssable. Notre capacité de représentation et d'enfermer le monde dans une pensée n'est rien d’autre qu'un élément de la nature, une capacité particulière du cerveau humain. Une manière d'échapper à ce paradoxe est de vouloir marquer le monde et de survivre à notre mort.

L'ère du numérique ne change rien à ces données de base mais elle apporte des éléments nouveaux, culturels et techniques. Culturellement, elle fait de nous des individus noyés dans la masse d'une planète interconnectée, plus jaloux de préserver leur identité de leur vivant, et de laisser des traces de leur existence dans leur futur. Techniquement, elle offre la possibilité de bâtir à peu de frais des mausolées virtuels.

Comment ce besoin a-t-il évolué dans le temps ?

Je suppose que les interrogations sur la mort ont commencé avec les débuts de l'humanité. Sans doute le besoin de ne pas mourir, de continuer à vivre après sa mort a toujours existé mais a pris des formes différentes au cours de l'histoire. On a pu dire qu'on ne pouvait parler de culture qu'à partir du moment où les morts étaient respectés. Mais qu'est-ce que respecter les morts sinon les faire vivre dans la communauté ? Les tombes de nos cimetières ne sont-elles pas une façon de poursuivre un lien "vivant" avec le mort ? Les épitaphes,  les photos que l'on dépose sur les sépultures ne sont-elles pas de même une façon de maintenir le mort dans la vie ?

Un point mérite néanmoins d'être noté. Les rites mortuaires concernent la façon dont la collectivité veut se protéger contre la mort en l'intégrant et en préservant une place aux morts dans la communauté des vivants. Elles répondent à un besoin collectif et n'indiquent pas comment l'individu lui-même perçoit la mort. Sans doute, certaines époques où la mort était familière donnaient à la vie d'un individu moins de poids. Et probablement, cet individu acceptait mieux le sort commun, c'est à dire de disparaître sans laisser de traces.

 
Commentaires

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  • Par lacenaire - 13/01/2013 - 11:25 - Signaler un abus l'ecclesiaste

    vanité des vanités , tout est vanité .

  • Par Ben hayat - 13/01/2013 - 11:40 - Signaler un abus après ma mort.

    C'est plutôt le contraire que j'aimerais, que l'on oubli tout de moi, qu'il n'y ait plus d'adresse internet de n° sécu de compte à la poste de dossier chez mon notaire, de photos, sans doute doit il y avoir des extravertis et des extravertis postmortem.

  • Par Ben hayat - 13/01/2013 - 11:42 - Signaler un abus après ma mort

    "rectif : des extravertis et des introvertis postmortem".

  • Par Ravidelacreche - 13/01/2013 - 12:01 - Signaler un abus obsession à vouloir laisser une trace après notre mort

    Pourtant le seul qui sache qu'il n'est pas mort c'est le mort lui même ?!

  • Par deligne - 13/01/2013 - 12:05 - Signaler un abus Traces dérisoires

    "Mais toutes les sociétés veulent laisser une trace. Et tous les humains qui composent ces sociétés veulent laisser leur trace..." C'est faux ! Certaines sociétés, en particulier chez les amérindiens, vivaient avec l'idée de ne laisser aucune trace de leur passage sur terre et les individus, qui composaient ces sociétés, veillaient à effacer toutes les traces susceptibles de durer au-delà de leur propre mort. Quant aux traces laissées sur le Web, ce seront probablement là les traces les plus éphémères, les plus dérisoires que l'homme aura pu inscrire dans son univers.

  • Par Ben hayat - 13/01/2013 - 12:13 - Signaler un abus L'éternité selon Facebook

    Facebook est déjà un cimetière avec tous ceux qui sont décédés et que l'on n'arrive pas supprimer du compte;

  • Par Fort_Niagara - 13/01/2013 - 17:22 - Signaler un abus Mauvais article

    1) (L’homme ) « Seul dans le règne animal à pouvoir anticiper sa mort » Les éléphants se dirigent vers des cimetières avant de mourir. 2) « Au fond, il nous semble que le monde n'existe qu'à travers nos constructtions mentales ». Ah bon ? D’où nous viennent nos constructions mentales si ce n’est du monde dans lequel nous vivons ? Il reste que chacun n’a pas la même expérience. 3 ) « il serait donc légitime qu'il disparaisse en même temps que nous » « Légitime » pour les fous ? Désolé, avec des préambules aussi peu soignés, je ne vais pas au bout de votre article.

  • Par Trendylady - 14/01/2013 - 08:58 - Signaler un abus Préparer sa mort pour préserver sa famille

    Au delà du désir d'être oublié pour certains et d'être immortalisé pour d'autres (désir totalement égocentrique), l'instinct de vouloir préserver et d'aimer les êtres chers est légitime même après la mort. En visitant www.passed-on.com, il est clair que le site est avant tout un outil de partage émotionnel post-mortem dédié aux proches. Les mères et épouses l'utiliseraient plus pour leur famille que pour elles-même. Alors que les hommes pour la plupart ne verraient qu'un moyen de perpétuer leur propre histoire .

  • Par carredas - 14/01/2013 - 09:20 - Signaler un abus Mourir, dormir rien de plus...

    ll est plutôt insupportable pour un humain moyen d'envisager que le monde va continuer de tourner sans lui. Pour anticiper le vide sidéral que connaîtra l'humanité privée de cet individu moyen unique, celui-ci peut chercher à laisser une trace, un nom, mais en fait cette anticipation de sa propre mort ne rassure que le "encore vivant", le mort que nous serons nous échappe définitivement. Pour certains, le mort ressuscitera, pour d'autres il se décomposera en un ensemble d'atomes qui s'aggloméreront différemment puisque rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme disait déjà Anaxagore il y a 2500 ans. Pour ce qui est du site web, la mort est un business comme un autre :-)

  • Par jlbaty - 14/01/2013 - 18:14 - Signaler un abus a moitié vivant entirement mort

    on ressuscite par moitie avant de mourir puisque la moitié de nos gènes revivent dans notre progéniture

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Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet est psychiatre, ancien Chef de Clinique à l’Hôpital Sainte-Anne et Directeur d’enseignement à l’Université Paris V.

Ses recherches portent essentiellement sur l'attention, la douleur, et dernièrement, la différence des sexes.

Ses travaux l'ont mené à écrire deux livres (L'attention, PUF; Sex aequo, le quiproquo des sexes, Albin Michel) et de nombreux articles dans des revues scientifiques.

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