Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 30 Septembre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pas de logiciel libre à l'école : histoire et conséquences d'un revirement

Le projet de loi de refondation de l'école de la République, qui doit passer en seconde lecture au Sénat ce mardi, donnait la priorité aux logiciels libres et aux formats ouverts dans l’éducation. Un revirement soudain a vidé cette disposition de sa substance.

Saga

Publié le - Mis à jour le 26 Juin 2013
Pas de logiciel libre à l'école : histoire et conséquences d'un revirement

Le Sénat a voté une disposition dans le projet de loi de refondation de l’école de la République qui donnait la priorité au logiciel libre et aux formats ouverts dans le futur service public du numérique éducatif.

Atlantico : Que prévoyait le projet de loi dans sa version originelle donnant la  priorité au logiciel libre et aux formats ouverts ?

Rémi Boulle : Le Sénat a voté une disposition dans le projet de loi de refondation de  l’école de  la République qui donnait la priorité au logiciel libre et aux formats  ouverts dans le futur service public du numérique éducatif (alinéa 7 de  l'article 10). Elle était rédigée ainsi : "Ce service public utilise en priorité des  logiciels libres et des formats ouverts de documents." À noter que la  disposition initiale proposée en commission des Affaires culturelles et de l’Éducation du Sénat parlait de "exclusivement", suite à discussions,  la rédaction retenue pour être soumise au vote et validée par le Sénat est donc devenue "priorité".

Cette priorité au logiciel libre a cependant été abandonnée subitement début juin, peu avant le vote à l'Assemblée.

Que s’est-il passé exactement ?

Il y avait au départ un consensus clair au sujet de cette disposition entre l'Assemblée, le Sénat et le Ministre de l’Éducation Nationale. Cela était de plus cohérent avec la teneur des échanges que nous avons pu avoir lors de notre audience au cabinet de Vincent Peillon avec son conseiller Gilles Braun.

Rien ne laissait donc supposer un revirement. C'est  pourtant ce qu'il arriva lorsque quelques jours seulement avant le vote en seconde lecture à l'Assemblée, le gouvernement décide de façon incompréhensible de déposer un amendement rédigeant ainsi la  disposition : "Dans le cadre de ce service public, la détermination du  choix des ressources utilisées tient compte de l’offre de logiciels libres et de documents au format ouvert, si elle existe."

Certes, comparaison n'est pas raison mais c'est un peu comme si on modifiait un texte donnant "les cantines scolaires servent en priorité du bio" par  "dans le cadre de la cantine, la détermination du choix des repas tient compte de l'offre en bio, si elle existe". Ce n'est pas du tout la même chose. Cet amendement gouvernemental vide complètement le texte initial de sa substance. N'importe quel attaché parlementaire pourra le confirmer. Les réactions de la presse sont d'ailleurs unanimes sur ce point.

Il nous semble que ce texte a juste été rédigé dans deux  objectifs : éviter de présenter un amendement de suppression ce qui serait en plus totalement incohérent avec l'esprit de la  circulaire "logiciels libres" du Premier Ministre et dans le même temps espérer ne pas mécontenter les structures défendant l'usage des logiciels libres et des formats ouverts. Il n'en est rien.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par anakyn - 25/06/2013 - 09:48 - Signaler un abus Ben entendu !

    Il s'agit bien de lobbying ! Notamment celui de Microsoft qui perdrait beaucoup si les logiciels libres venaient à prendre le pas dans les administrations ! On voit ainsi que, que le Parlement soit de droite ou de gauche, il est toujours assujetti aux grosses firmes américaines en matière de NTIC.....

  • Par SkipJ - 25/06/2013 - 12:08 - Signaler un abus Voilà qui est stupide et dispendieux

    Et le problème se pose dans toutes les administrations et surtout pour la Défense.

  • Par Le Pere Pleks - 25/06/2013 - 14:43 - Signaler un abus Utiliser les logiciels libres, oui mais

    dans les entreprises, Microsoft (ou des logiciels spécialisés devenu des standards comme Adobe Photoshop) sont ultra majoritaires contrairement aux administrations qui essaient de favoriser les logiciels libres, notamment pour des raisons budgétaires. Quel crédit aurait un demandeur d’emploi qui n’aurait jamais utilisé Word ou Excel mais uniquement leurs « génériques » libres ? En informatique comme pour d’autres matières, le système éducatif doit enseigner des compétences demandées par le marché de l’emploi et non apprendre à utiliser des produits, qui malgré leurs qualités certaines, restent ignorés par les entreprises.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Rémi Boulle

Rémi Boulle est vice-président de l'April (Association de promotion et de défense du logiciel libre) et co-animateur du groupe de travail Éducation de l'association. Il préside également le site LinuxEdu dont l'objectif est de promouvoir le logiciel libre dans l'éducation.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€