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Paradoxe : comment expliquer que notre obsession pour la transparence s’accompagne d’une hausse de la corruption ?

Selon un rapport de Transparency International, plus de la moitié de la population mondiale ressent une aggravation de la corruption depuis deux ans. Sont principalement visés : la police, la justice et les hommes politiques.

L'arbre qui cache la forêt ...

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Atlantico : Alors que le projet de loi sur la transparence de la vie publique a été adopté par le parlement mardi 25 juin, la corruption dans le monde ne recule pas comme en atteste les révélations de Foreign Policy sur l’influence de la Russie au sein des Nations Unies. Comment expliquer le paradoxe entre cette obsession de la transparence et la réalité des faits ?

Julien Coll : La transparence est un outil parmi d’autres qui permet de rendre la corruption plus difficile. La demande accrue de transparence des citoyens est assez récente et il est trop tôt pour en juger déjà les résultats. La question est complexe. Il y a plusieurs niveaux de corruption : au sein des États, mais aussi dans les échanges internationaux. Le phénomène est protéiforme avec des spécificités locales et  je crois qu’il est très compliqué de tirer des enseignements généraux qui soient pertinents par rapport à toutes les formes de corruption et tous les pays. 

Roger Lenglet : Les grands rapports sur l’état de la corruption dans le monde constatent tous en effet une aggravation globale et la relient à l’intensification de l’affairisme et à la mondialisation des échanges.

Le contexte de compétitivité accrue et mal régulée favorise la corruption pour emporter les marchés ; corruption qui d’ailleurs tend à court-circuiter le principe de libre concurrence au détriment des acteurs honnêtes et des petites entreprises qui ne peuvent pas rivaliser. Mais cette tendance générale ne doit pas cacher des améliorations dans certains pays, liées aux renforcements législatifs et pénaux, lesquels font généralement suite à des scandales. Je pense en particulier au Canada qui, en 2005, s’est doté d’un cadre législatif réduisant le passage des hauts fonctionnaires vers le privé (le fameux pantouflage) et pénalisant certaines pratiques de lobbying.

Par ailleurs, l’ampleur des pratiques est justement rendue plus visible par certaines mesures de transparence, mais celles-ci restent encore très relatives contrairement à ce que l’on répète, et les circuits de corruption se sont sophistiqués. La grande faiblesse globale est que les lois sont toujours trop légères en ce domaine, surtout avec les corrupteurs, même si certains corrompus sont à l’origine de la corruption. Pour ne prendre que la dernière directive européenne qui a renforcé les sanctions touchant à la corruption, qui a été traduite a minima dans le droit français en 2008, elle se limite aux fonctionnaires corrompus et elle "oublie" les corrupteurs. Il faudrait aussi parler du privé où la corruption s’est également développée. Des cabinets qui ont pignon sur rue proposent aujourd’hui aux entreprises de cerner les faiblesses personnelles des concurrents ou des adversaires et de mettre en place des stratégies de corruption. On peut dire, sans caricaturer, qu’il existe à présent une véritable industrialisation de la corruption.

Comment expliquer que rien ne semble ébranler les pratiques de corruption ?

Roger Lenglet : Cela s’explique en partie par ce que je viens d’évoquer, mais n’oublions pas ce que montrent les enquêtes sur le sujet : les pays du Nord sont beaucoup moins touchés et l’on sait maintenant que ce phénomène est à la fois dû au sérieux des contrôles et des sanctions, de même qu’à la culture morale ambiante. La constatation est que les pays où la culture protestante domine sont les moins touchés. La hiérarchisation des valeurs dans les choix que nous faisons, dans l’orientation professionnelle et ce que nous acceptons, dans la transmission intergénérationnelle du sens moral, tout cela joue de façon importante, y compris dans le courage de s’opposer aux habitudes délétères qui dominent dans certains milieux ou certaines entreprises. Mais, encore une fois, si l’encadrement législatifs et le système de contrôle tend à tout accepter au nom de la compétitivité, les pratiques empireront au lieu de tirer vers le haut.

 
Commentaires

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  • Par iznogoud - 10/07/2013 - 08:59 - Signaler un abus C'est pourtant simple !

    La pensée unique dit que pour lutter contre la corruption, il faut créer des organismes étatiques qui vont contrôler encore plus..... ce qui de fait crée de nouveaux organismes à corrompre ! Réduisons la taille de l'Etat, le niveau de corruption se réduira aussi.

  • Par Amadis - 10/07/2013 - 09:56 - Signaler un abus L'arbre et la forêt

    La première des corruptions c'est le clientélisme, des places en crèche au financement des partis. Du petit fonctionnaire intouchable aux fraternelles des élites. Qui voudrait appliquer la loi dans le pays le plus corrompu du monde ?

  • Par gliocyte - 10/07/2013 - 10:03 - Signaler un abus Paradoxe?

    Il y aurait paradoxe si les deux termes mis en opposition s'adressaient à la même personne. Qui veut plus de transparence? 1)Le peuple? non, il veut moins de corruption, point barre. Le" nôtre " n'est donc pas approprié. 2) Les politiques? Pour répondre au ras le bol généralisé d'un peuple en colère face à la corruption, mais en fait ils ne font que dans le simili transparent, donc ils n'en veulent pas. Il n'y a donc aucun paradoxe est la formulation devrait être: Les politiques, aiguillonnés par le peuple demandent et mettent en oeuvre une speudo transparence pour que la corruption soit toujours opérante.

  • Par gliocyte - 10/07/2013 - 10:33 - Signaler un abus La seule constatation

    Est que les pays les moins touchés (par la corruption) sont les pays où la culture protestante domine. Il y a bien là un lien direct entre religion et sens moral, n'en déplaise à tous les athées de la terre.

  • Par LcdsM - 10/07/2013 - 10:53 - Signaler un abus paradoxe

    Paradoxe mais pas que français. Quand on veut de la transparence, il y a plus de corruption et plus il y a de corruption plus on veut de transparence. Cercle infernal dans lequel s'enferment de trop nombreuses personnes....suivez mon regard.

  • Par ledevois - 10/07/2013 - 11:05 - Signaler un abus aberrant

    on arrive à saisir des biens sans preuves dans ce pays ; -? c'est ça la justice promise par hollande et taubira ? empêcher les gens de travailler , de gagner du fric , ? de quoi accuse t'on tapie , - ?-- il me semble que c'est le crédit lyonnais le coupable , le voleur des contribuables dans cette affaire , bien sur pas touche c'était sous licone de la mitte ;

  • Par pemmore - 10/07/2013 - 13:32 - Signaler un abus Quelle est la différence entre corrupteur et lobbys,

    le premier est malhonnête, joue sur la gamme perverse des élus, le 2ème joue sur leur imbécilité. Et en France les députés imbéciles ce n'est pas ce qui manque, sinon les lobbys iraient se faire foutre avec un refus de commercer avec eux.

  • Par Jean-Baptiste S. - 10/07/2013 - 14:53 - Signaler un abus et en novlangue, comment on dit "corruption" ?

    On dit lobbying ! Personnellement, je n'ai jamais vu la différence entre ces deux choses, si ce n'est l'utilisation d'un néologisme anglicisant pour parler de la corruption légale. Il y a un lobby de l'anti-corruption ?

  • Par Inconnu - 10/07/2013 - 18:18 - Signaler un abus La corruption et la censure

    Un précédent article d'Atlantico sur la corruption m'a permis de poster huit messages sur neuf relatifs à mes dossiers judiciaires. J'ai nommé des formes sournoises de corruption en France. C'était le 6 décembre 2012. Et je maintient. J'AI TRES VITE ETE CENSURE !

  • Par DEL - 10/07/2013 - 21:33 - Signaler un abus Il n'y a pas de paradoxe

    Il y a des gens différents: 1 les puissants et les riches qui trichent, escroquent, volent à tour de bras, voir même empoisonnent( chlordécone, prothèses, et médiator) en toute impunité avec l'assentiment, le concours et la déférence de nos dirigeants, qui les prennent comme modèle. 2 Les autres qui font honnêtement leur travail et qui paient la gabegie des premiers par un avenir bouché, des salaires, retraites et pouvoirs d'achat en baisse.

  • Par DEL - 10/07/2013 - 21:44 - Signaler un abus @glyocite

    La corruption est à peu près également répartie entre athées, croyants, agnostiques: ce n'est pas le type de spiritualité qui engendre ou combat ces phénomènes. je vous rappelle qu'il n'y a pas plus corrupteurs que les maffieux, alors qu'ils sont majoritairement croyants...La corruption règne en maître lorsque les situations sociales sont trop diversifiées, et c'est aisément compréhensibles: tous pauvres, il n' y apas d'argent et donc pas de corruption; tous riches, la corruption est inutile.

  • Par vangog - 10/07/2013 - 22:40 - Signaler un abus La corruption est la plus forte dans les pays sudistes

    socio-démagogiques et les pays de l'Est qui ont hérité cette perversion du socialisme et du maintien au pouvoir des oligarches du parti banni. Dans les pays Anglo-saxons et les pays nordiques, la corruption est moindre, car leur point commun est une économie libérale qui accepte une régulation intelligente, basée essentiellement sur la confiance et le respect des normes édictées par le plus grand nombre. Dans le cadre d'une régulation étatique, l'économie est vouée à supporter une corruption grandissante, et cette corruption devient d'autant plus nécessaire que ces pouvoirs d'inspiration socialo-communistes deviennent moins populaires, au fur et à mesure de leurs échecs...

  • Par gliocyte - 11/07/2013 - 10:10 - Signaler un abus @DEL

    Relisez le passage écrit par l'auteur que j'ai relevé. Vous connaissez beaucoup de mafieux qui se disent protestants?

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Julien Coll - Roger Lenglet

Julien Coll est délégué général de Transparency International, qui est une société civile de lutte contre le corruption.

Roger Lenglet est un philosophe français et journaliste d'investigation. Il a écrit plusieurs livre sur les lobbies. En 2012, il publie avec Olivier Vilain,  Un pouvoir sous influence - Quand les think tanks confisquent la démocratie chez Armand-Colin. Il est également l'auteur de Lobbying et santé - Comment certains industriels font pression contre l'intérêt général (2009) et profession corrupteur - La France de la corruption, éditions Jean-Claude Gawsewitch (2007).

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