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Où en est le livre numérique en France ?

L'Université Paris-Dauphine organise ce mercredi deux tables rondes autour de la question "Livre numérique, chapitre 2 : une page qui se tourne pour le papier ?".

Viva la revolucion !

Publié le - Mis à jour le 16 Février 2013

Atlantico :  L'Université Paris-Dauphine organise ce mercredi deux tables rondes autour de la question "Livre numérique, chapitre 2 : une page qui se tourne pour le papier ?" Depuis l'apparition du premier livre électronique il y a dix ans, quel premier bilan peut-on dresser du secteur numérique en France ?

Hélène Védrine : Le marché du livre numérique a mis très longtemps à se développer en France et ne constituait qu’une partie infime du chiffre d’affaires de l’édition. En 2011, les ventes d’ebooks représenteraient moins de 1% des ventes totales de livres dans l’Hexagone, contre 7% au Royaume-Uni et 20% aux Etats-Unis.

Cependant, depuis 2008, cette part ne cesse d’augmenter et la vente des ebooks atteint désormais 21 millions d’euros cette année, contre 12, 5 millions l’an dernier. En six mois, le nombre de Français ayant lu un livre au format numérique a presque triplé (on passe de 5% à 14 % de la population de plus de 14 ans). Certes, ces chiffres restent faibles mais sont en progression constante. L’évolution du marché du livre numérique va se mesurer mois par mois, au gré des avancées technologies. 

Quelles sont les dernières avancées technologiques en matière de livre numérique ? 

 Les avancées technologiques concernent en premier lieu les supports. Le livre numérique est véritablement entré en France avec l’augmentation considérable de la vente des smartphones, des tablettes et des liseuses (qui sont uniquement dédiées à la lecture, contrairement aux tablettes multi-usages et multi-médias). En ce qui concerne les liseuses, l’arrivée en France, en octobre 2011, du Kindle d’Amazon a entraîné dans son sillage d’autres offres, comme le Kobo associé à la Fnac, ou le Cybook du fabricant français Bookeen. Cependant, seuls 16 % de lecteurs de livres numériques possèdent une liseuse, ce qui correspond à peu près au pourcentage des grands lecteurs en France. Les lecteurs de livres numériques s’équipent plutôt en tablettes multimédias (37 %), ce que les éditeurs ne peuvent négliger. Ces derniers développent donc non seulement des livres numériques mais de plus en plus d’applications qui offrent une grande interactivité. Face à l’évolution des supports de lecture, les progrès technologiques concernent aussi les formats utilisés pour la fabrication du fichier numérique exportable. Le format PDF a longtemps été en usage, mais ne permet qu’une duplication (dite homothétique) du document original en préservant la mise en forme initiale. Depuis quelques années, c’est le format EPub qui  s’est imposé sur le marché du livre numérique. Il repose sur un contenu structuré selon les standards du web, et notamment le langage HTML (HyperText Markup Language), qui permet de baliser l’organisation d’un texte (où commence et finit un chapitre, un paragraphe, un titre de chapitre, un passage en italique, où se trouve une image, etc.). Ainsi, la présentation du texte peut s’adapter à tous les supports, en modifiant automatiquement la mise en page, la taille du texte, selon les contraintes du support ou les usages du lecteur. Chaque secteur ou type de livre privilégie un format, par exemple un simple EPub homothétique pour les textes de littérature, ou des formats plus complexes comme l’EPub 3 qui permet d’intégrer des contenus audios et vidéos, pour des livres interactifs et des contenus multimédias.

Selon une étude d’Opinion Way, plus de 80 % des Français sont encore réfractaires à la lecture numérique. Pourquoi ? Ce rapport au papier est-il une exception culturelle française ?

La précédente étude d’Opinion Way, effectuée il y a six mois, montrait que ce pourcentage de réfractaires était de 90 %. Cette diminution, même légère, est significative d’une évolution des pratiques et des mentalités. La France n’en reste pas moins loin derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou l’Allemagne, car le livre constitue en effet  une certaine exception culturelle. Il est le bien culturel préférés des Français (52% du marché, source GfK), et ceci grâce aux politiques de soutien du livre (loi sur le prix unique du livre, soutien aux librairies indépendantes, etc.) qui ont permis de maintenir une grande diversité éditoriale. Ceci explique l’attachement de la France à l’objet symbolique qu’est le livre, associé à son format papier, et la peur de voir le numérique transformer radicalement le livre et son contenu. On retrouve les mêmes craintes de dégradation du statut symbolique et culturel du livre que celles qui se sont exprimées lors de l’apparition du livre au format de poche. 

Peut-on imaginer que le livre numérique va à terme remplacer le livre papier, ou vont-ils coexister ?  

Ce n’est pas la première fois que l’histoire connaît une modification des supports de lecture. On est passé, au début du premier millénaire, du rouleau de papyrus (le volumen) à la forme codex (un livre fait de cahiers superposés). Ce changement de forme a accompagné un changement des usages (le livre sert à la consultation des textes et non seulement à leur conservation) et des pratiques culturelles. Le passage du support papier au numérique correspond à une évolution technologique et culturelle inévitable. Ce n’est pas le livre qui invente le numérique, ce sont toutes les pratiques culturelles liées à l’outil informatique, à internet et aux technologies mobiles qui obligent le livre à évoluer. Cependant, les modes mêmes de lecture et les modes de création vont changer, avec la possibilité d’inclure images, sons, vidéos, interactivité. Le codex s’est totalement substitué au volumen ; le numérique se substituera-t-il totalement au codex ? C’est la question de l’usage qui reste déterminante. Pensons à un autre domaine où les supports ont eux aussi changé durant les dernières décennies : la cassette a totalement disparu alors que le disque vinyle a survécu au CD car il a rencontré des usages contemporains précis (par exemple le scratching) et possède une grande qualité de restitution du son. On peut donc penser à une survivance du format codex et du support papier, sans doute aux deux extrêmes : d’une part dans le cadre de pratiques bibliophiliques où le livre restera un objet d’art, d’autre part dans le cadre de pratiques utilitaristes où le livre sera un objet immédiatement consommable. 

 
Commentaires

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  • Par kettle - 13/02/2013 - 15:05 - Signaler un abus Online ebook converter

    azw, epub, mob,i pdf & co http://ebook.online-convert.com

  • Par Glop Glop - 13/02/2013 - 15:20 - Signaler un abus Le plus dur a été de lire...

    ... Guerre et Paix qu'avec des 0 et des 1.

  • Par deathpurple - 13/02/2013 - 17:59 - Signaler un abus Vive les "epub"

    L'industrie du livre est en train de reproduite les erreurs de l'industrie musical. Des numérisations (epub) de mauvaise qualité, parfois plus chère que le livre de poche correspondant. Une offre indigente. Bref, tout les ingrédients pour que le lecteur se tourne vers le piratage. Le seul avantage qu'à le livre sur le CD, c'est qu'un livre demande quelques heures de travail pour le transformer en epub, alors qu'on transforme en mp3 un CD en quelques minutes.

  • Par kettle - 14/02/2013 - 02:49 - Signaler un abus 42,000 free ebooks

    @deathpurple "Une offre indigente" --- http://www.gutenberg.org

  • Par world28 - 14/02/2013 - 10:42 - Signaler un abus Une vraie farce !!

    L'analyse effectuée ici dépasse l'entendement. Cette chère dame semble méconnaitre profondément son sujet. Les éditeurs n'assurent pas correctement l'information autour des livres, c'est un grand classique. Les auteurs sont payés au lance-pierre. Bien moins que 10% en tous cas d'un livre papier. Pour un texte (sans photo) il faut 3 minutes montre en main pour créer un epub sur un mac avec un logiciel gratuit qui permet de gérer tous les aspects. Certes, il y a la relecture (minime avec les correcteurs), mais même la mise en page ne coûte rien maintenant avec les logiciels... Oui, dans le prix du livre il y a les coûs du papier, et du salaire de l'éditeur... Un livre électronique à 5 euros, avec 2 euros pour l'auteur sera toujours mieux qu'un livre papier à 15 euros, avec 1 seul pour l'auteur !!! Donc il faut savoir de quoi l'on parle. Cette chère dame parle la langue de bois !!! Personne ne l'attendra, et les éditeurs, sous la forme actuelle disparaitront comme les maisons de disque, par inutilité. C'est le marché qui fait loi, pas les monopoles. Il faut inventer un modèle économique qui ne soit pas basé sur le support matériel. Un point c'est tout !

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Hélène Védrine

Maître de conférences de littérature française et responsable du Master "Métiers de l'édition" à l’université de Paris-Sorbonne, spécialiste du livre illustré au XIXe et XXe siècles

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