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Orange en embuscade : pourquoi les banques traditionnelles feraient bien de se méfier des géants des télécoms et des petites fintech

Le premier opérateur français Orange a décidé de se lancer dans la banque, en annonçant la création, dès 2017 d’une banque 100% en ligne. Cette dernière concrétise le mouvement, né il y a deux ans, dans lequel de nouveaux acteurs cherchent à investir le secteur bancaire. Si à court terme, les parts de marchés qu'ils détiendront ne seront pas énormes, à long terme, c'est l'activité même des banques qui en est menacée.

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Orange en embuscade : pourquoi les banques traditionnelles feraient bien de se méfier des géants des télécoms et des petites fintech

Atlantico : Les banques sont-elles menacées par l’émergence de ce type de nouveaux acteurs ?

Eric Lamarque : Dire qu'elles sont menacées est sans doute excessif mais il est clair que la multiplication des initiatives dans le domaine des services financiers par des acteurs alternatifs, souvent non bancaires, va affecter les revenus des banques. Toutes les activités bancaires ne sont pas concernées avec la même intensité. L'activité la plus remise en cause concerne les paiements et les transferts d'argent. Depuis les dispositifs précurseurs comme PayPal, le nombre d'intervenants s'est développé. Les Fintechs comme on les appelle aujourd'hui ont développé des offres de services le plus souvent en ligne a des prix nettement inférieurs.

Si on ajoute à cela le phénomène des nouvelles monnaies virtuelles, la menace de voir les revenus s'effondrer sur cette activité est bien réelle. Les Fintechs interviennent également dans le domaine du financement en développant des plateformes d'octroi de prêts totalement sans contact physique. Les banques suivent de près ces initiatives et parfois même les incitent en les soutenant financièrement.

Quels sont ces acteurs ? Représentent-ils le même niveau de menace ?  Comment les banques réagissent-elles ?

Regroupes sous le nom de Fin Techs, résumé de Finance et Technologie, ces acteurs interviennent donc dans les paiements, les financements participatifs et la banque en ligne. On y trouve le plus souvent des start-ups qui se sont créés dans les trois dernières années mais également les grands acteurs du secteur comme Google, Amazon, Apple ou Orange désormais. Face à des acteurs de natures aussi différentes les banques cherchent d'abord à profiter des innovations issues de ces start-up en les intégrant dans leurs propres dispositifs. Par contre face aux géants des technologies de l'information elles ne peuvent lutter qu'en offrant à leur clients des solutions intégrants ces nouvelles technologies mais en plus une expertise en matière de conseil financier et une proximité que beaucoup de clients désirent encore malgré le potentiel d'internet. Mais il est clair que les banques n'ont sans doute jamais eu à faire face à des défis aussi grands. Les domaines les plus concernes restent les paiements, la gestion des comptes et les services financiers simples gérables en ligne. Par contre les banques ne seront pas forcément aussi en difficulté sur le sujet des financements participatifs qui représentent encore des montants assez faibles même si on en parle beaucoup.

Quel intérêt trouve Orange en investissant dans ce champ ?

Orange dispose de 28 millions de clients. Comme les grands distributeurs quand ils ont lancé leurs propres banques comme la banque Accord pour Auchan, orange souhaite offrir de nouveaux services à ses clients de la téléphonie, et donc des services financiers. Pour pouvoir offrir une gamme de produits et de services financiers assez complète rapidement Orange doit disposer d'un établissement financier disposant de tous les agréments et de toutes les infrastructures nécessaires. En faisant cette opération il possédera les deux. En cela l'entreprise ne fait pas autre chose que ce que le CIC ou la Banque Postale font en offrant des forfaits téléphonique. Comme par ailleurs de plus en plus d'opérations se feront directement sur smartphone il y a une réelle synergie entre les deux activités. Enfin en combinant les deux Orange accroit la fidélisation de ces clients. Dans la téléphonie on sait bien que les clients sont volatiles. En combinant avec une offre bancaire Orange cherche à limiter cette volatilité car il est plus difficile de changer à la fois de banque et d'opérateur.

Pour autant, ce type de service proposé par des entreprises dont ce n'est pas le secteur initial, peut-il remplacer totalement les banques ?

Pour des services à faible valeur ajoutée et à fort contenu technologique comme les paiements, les transferts de fonds, le placement dans des produits d'épargne simples il y a un risque, à long terme, que les banques perdent des parts de marché. Cependant, même si les consommateurs bancaires ne vont plus très souvent dans les agences, ils restent attachés, pour des opérations complexes, très impliquantes pour eux, comme emprunter pour son logement, a un contact physique avec le banquier. Ce phénomène va durer encore assez longtemps. Plus généralement une certaine catégorie de clients sont demandeur d'un véritable conseil financier et donc d'une expertise qu'il sera difficile de transmettre par un robot vocal ou par une visio-conférence. Donc non les banques ne seront pas totalement remplacées mais elles doivent clairement s'engager dans une évolution de leur modèle économique pour répondre à ces nouvelles attentes.

 
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Eric Lamarque

Eric Lamarque est Professeur à l'Université Paris 1 Sorbonne - IAE et directeur du Master Finance.

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