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Opposant en furie : pourquoi Jean-Luc Mélenchon se trompe de combat face à une justice même politisée

Suite aux perquisitions menées au domicile de Jean-Luc Mélenchon et dans les locaux de La France insoumise, on a aperçu au détour de plusieurs vidéos le président de groupe dénoncer une justice politique et perdre son sang-froid. Une attitude qui, au fond, le dessert.

Etat de droit

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Opposant en furie : pourquoi Jean-Luc Mélenchon se trompe de combat face à une justice même politisée

 Crédit ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Atlantico : Suite à la perquisition de son domicile, et des locaux de La France insoumise, Jean Luc Mélenchon a semblé "perdre le contrôle" au cours de plusieurs vidéos, en ciblant une politisation de la Justice. En quoi la forme utilisée par Jean Luc Mélenchon conduit-elle finalement à affaiblir le fond de son propos ?

Olivier Gracia : Concernant la forme, c'est vrai qu'elle est un peu douteuse, mais elle est fréquemment utilisée par Jean-Luc Mélenchon, qui a toujours eu ce don d'aimer les petites vidéos courtes sur internet. Il a même fait une profession de foi avec une chaîne YouTube. Donc, pour lui, c'est vraiment un moyen de communication qui semble toujours aussi efficace pour échanger avec sa communauté. Sauf que là, la vidéo a été tournée de manière spontanée, il ne s'agit pas d'un montage ou d'une construction. Jean-Luc Mélenchon s'y sent le besoin de partager auprès de sa communauté, et même auprès des Français, la situation dans laquelle il est - ce besoin de filmer les policiers qui viennent perquisitionner son domicile - pour montrer une forme de posture de victimisation pour exprimer ce message qui marche toujours autant aux extrêmes : je suis la victime d'un système qui m'opprime.

Donc, finalement, sur le fond et le message qu'il veut véhiculer, on n'est pas sur quelque chose de nouveau en sachant que dans l'Histoire, les partis d'extrême gauche, comme d'extrême droite, ont toujours été évidemment dans une posture de victimisation. Par rapport au système, au pouvoir, aux élites. Là-dessus, on est donc sur une forme de respect de traditions des extrêmes, en hostilité permanente par rapport au pouvoir. 

Il a donc une logique d'hostilité officielle face au pouvoir, mais il est également capable, comme le montrent les images enregistrées par Quotidien, d'une forme d'agressivité qu'on lui connaît parfois dans l'arène publique, politique. Il a toujours eu des mots très durs à l'encontre des journalistes, des médias, du système. Mais il est parfois capable de manifester une forme de coup de sang, et de montrer à la force de ses bras qu'il a l'air d'être en opposition avec les gens qu'il estime être ses détracteurs. Il est complètement dans une logique de "je suis opprimé et je me défends avec les moyens dont je peux me servir". Mais Jean-Luc Mélenchon est un citoyen comme les autres, qui n'échappe pas aux lois, comme les autres. 

Puisque ces vidéos seront sans aucun doute utilisées dans le futur pour illustrer un manque de sang-froid, quels sont les traces que peuvent laisser cet événement aux yeux des Français ? 

Numériquement, Jean-Luc Mélenchon est déjà tracé par une autre vidéo, qui est celle tournée à Marseille, lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron. C'est quand même le moment où son image commence un peu à s'effriter. Ce n'est pas la seule étape dans la déconstruction de son image, mais il est certain que Jean-Luc Mélenchon, qui a toujours été cohérent par rapport à son image d'opposition avec le pouvoir et le système, de devoir se retrouver face au président de la République à Marseille, de devoir lui rendre une sorte de politesse, cela a été perçu, par les gens qui avaient peut-être une idée d'un Jean-Luc Mélenchon rentre-dedans, dans l'opposition systématique, fier de ses convictions, comme une reculade face au président, jusqu'à nier les propos qu'il avait tenu le jour même. On avait alors vu le sénateur socialiste Mélenchon, qui à l'époque commençait en politique. C'était rassurant car cela montrait une forme de respect de Jean-Luc Mélenchon pour la Ve République, pour ses institutions, pour le chef de l'État. C'est aussi rassurant de le voir dans cette posture-là. Parce que cela avait été beaucoup commenté et critiqué jusque dans son propre camp, j'imagine, parce que ça l'a un peu décrédibilisé. Mais ça a montré une image de lui un peu plus conventionnelle, républicaine. 

 
Commentaires

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  • Par ISABLEUE - 17/10/2018 - 12:17 - Signaler un abus une modèle de raclure pour ses électeurs

    se filmer pour passer en boucle en jouant la victimisation.... QUelle honte....

  • Par cloette - 17/10/2018 - 12:29 - Signaler un abus Mélenchon

    est Mélenchon ! C'est la seule opposition dans l'assemblée . L'opposition étant une espèce en voie de disparition, il faut le préserver !

  • Par Clodo31 - 17/10/2018 - 12:35 - Signaler un abus Justice

    Je suis loin d'être un soutien de JLM, mais je suis outré du fait que la justice empiète de plus en plus sur le législatif. Que ce soit l'Assemblée Nationale ou Européenne, les dépenses des députés, même si elles peuvent être plus ou moins détournées, sont des dépenses "législatives" et ne doivent, en aucun cas, être soumises au pouvoir judiciaire. Que les Assemblées concernées lancent leur propre enquête me semble souhaité. Ce genre d'intervention ne grandit pas la justice. Qui, d'ailleurs, juge la justice ? Par ailleurs,les écoutes téléphoniques des avocats me hérissent, et sont dignes de régimes peu démocratiques.

  • Par J'accuse - 17/10/2018 - 13:09 - Signaler un abus Politic(h)ien en pleine action démagogique

    Il n'est pas la République à lui tout seul (au mieux 1/577e) et pas non plus un citoyen au-dessus des lois. Il serait crédible s'il avait protesté lors des affaires Fillon et Le Pen, mais on ne l'a pas entendu en ces occasions. On sait qu'il y a une justice politique en France (mur des cons, protection de certains), mais Mélenchon ne sert ni la vraie justice ni le peuple avec des coups de gueule médiatisés et en enfonçant des portes.

  • Par Septentrionale - 17/10/2018 - 13:39 - Signaler un abus Le théâtreux machine son statut ré-électif

    et tisonne ses opposants chéris.

  • Par vangog - 17/10/2018 - 14:06 - Signaler un abus Hé ho, Atlantico! Vous n’avez pas soutenu Marine Le Pen...

    avec autant d’articles pour dénoncer soudain une « justice politisée »?’...pour Marine Le Pen, la justice n’était pas politisée, et vous avez baissé pudiquement le clavier...elle le devient soudain avec Melenchouille...deux-poids-deux mesures?...

  • Par Ilkaert - 17/10/2018 - 18:55 - Signaler un abus Ouvrons les yeux!

    il n'y a pas de justice politisée en France. Il y a une justice qui considère que tous les pouvoirs lui sont assujettis, parce qu'elle représente" la" Justice. il y une lutte sourde entre la "Justice" et le pouvoir exécutif depuis 30 ans! Meluche se trompe: la justice n'est ni manipulée ni aux ordres de quiconque! L’extrême droite, quand elle sera au pouvoir, sifflera la fin de la récréation! MITTERRAND disait que les juges étaient un danger mortel: ils ont ont tué la monarchie, ils tueront la république!

  • Par Beredan - 17/10/2018 - 23:20 - Signaler un abus Melanchon est ce qu’il est

    Ses outrances vis à vis de la police et d’un magistrat. A l’occasion d’une perquisition diligentée dans le cadre juridique d’une enquête préliminanaire , pour n’être pas excusables, ne doivent pas occulter le caractère surprenant et hâtif d’une opération qui n’est pas placée sous la direction d’un magistrat du siège , permettant alors de s’interroger sur son caractère politique puisque le procureur présent rećoit ses ordres du pouvoir exécutif et lui rend compte de ses actes par le canal du procureur général. Dans un contexte plus général , on peut s’interroger sur les poursuites zèlées qui sont diligentées à l’encontre des deux seules formations d’opposition frontale au Pouvoir actuel , à quelques mois de Européennes .... une telle coïncidence interpelle.

  • Par ourston - 18/10/2018 - 01:35 - Signaler un abus je suis un homme de la République!

    Lors de cette perquisition, Mélenchon se trouvait face à des policiers et magistrats qui sont, autant que lui, des hommes de la République. Tous les citoyens sont des personnes de la République.

  • Par Lapalatine - 18/10/2018 - 12:43 - Signaler un abus Mélenchon...

    ...a montré son vrai visage: la haine, la violence,la dictature.Mais pour qui se prend-il?

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Olivier Gracia

Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).

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