Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 21 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Opération trou de souris réussie pour Silvio Berlusconi : radioscopie des ficelles d’un come-back époustouflant

Malgré sa condamnation pour fraude fiscale, et bien qu'il ne pourra pas devenir le prochain président du Conseil, le "Caïman" a réussi à se hisser de nouveau au premier plan de la politique italienne.

Come Back Bambino

Publié le
Opération trou de souris réussie pour Silvio Berlusconi : radioscopie des ficelles d’un come-back époustouflant

Atlantico : Alors que les élections générales italiennes se tiendront ce 4 mars, le retour de Silvio Berlusconi, 81 ans, surprend encore. Si la coalition formée par l'ancien président du Conseil est actuellement en tête des sondages, Silvio Berlusconi ne pourra occuper ce poste en raison de sa condamnation pour fraude fiscale datant de 2013. D'un point de vue politique, comment expliquer le retour de Il Cavaliere  malgré tous les scandales qui ont pu l'entourer, de la corruption au Bunga-Bunga ? Quels sont les ressorts ayant permis un tel retour au premier rang de la politique italienne ? 

Marc Lazar : Attention.

Le Berlusconi de 2018 n’a plus grand-chose à voir avec l’homme flamboyant qui se lançait en politique en 1994 - il y a presque un quart de siècle ! -, en révolutionnant la communication, en utilisant pleinement le pouvoir d’attraction de ses télévisions, en s’appuyant sur son entreprise pour lancer son parti, ForzaItalia, en promettant de libéraliser et de moderniser le pays. Il n’a plus grand-chose à voir non plus avec le Berlusconi qui occupa la Présidence du Conseil, en 1994, durant huit mois, puis de 2001 à 2006, enfin de 2008 à 2011, où il dût présenter sa démission alors que la crise économique et financière déstabilisait profondément l’Italie et l’Union européenne et sous la pression, entre autre, du président de la République, Giorgio Napolitano, de la Banque centrale européenne, du président de la République Nicolas Sarkozy et de la chancelière Angela Merkel. Alors, il alternait la figure de l’outsider politique, celui qui ne respectait pas les codes et levait tous les tabous, et, dans le même temps, celle du grand chef d’Etat, un titre qu’il ne cessait de se délivrer lui-même. Il n’est plus le même et pas simplement parce qu’il a vieilli en dépit de tous ses efforts pour apparaître toujours éternellement jeune. Silvio Berlusconi est affaibli politiquement. Les sondages avant l’interdiction de leur divulgation, le créditaient de 16 à 18% des voix, ce qui, si cela se vérifiait dimanche soir, constituerait le plus mauvais score de l’histoire de son parti.  La coalition de centre droit qu’il a mis sur pied, se droitise au profit de la Ligue Nord et de Frères d’Italie. Il conserve néanmoins des atouts et des soutiens, malgré tout ce que vous rappelez. Il a su revenir tactiquement dans le jeu politique. Par exemple, lorsque Matteo Renzi a organisé un référendum sur les institutions en décembre 2016, qu’il a d’ailleurs perdu, Silvio Berlusconi a rejoint le camp fort hétérogène de ceux qui appelaient à voter non. Il s’est efforcé, et en partie a réussi, à s’ériger en figure de l’opposant, parmi d’autres, aux gouvernements de centre gauche qui ont gouverné l’Italie depuis 5 ans. Or à chaque élection depuis 1994, les électeurs ont choisi l’alternance.  Et puis il y a sa base électorale. Erodée, mais toujours là, dans le nord et le sud de l’Italie. Une partie le suivra jusqu’au bout. Une autre pense que dans le contexte actuel, il représente une solution raisonnable malgré tout.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 02/03/2018 - 13:14 - Signaler un abus Berlusconi n’est jamais parti...

    mais il avait disparu des écrans radars médiatiques, et des sociologues biberonnés à la pensée unique...les agences de désinformation colonisées par les néo-trotskystes avaient tenté de le faire disparaître virtuellement. Mais c’est encore raté, les manipulateurs! Sinon...superbe alliance de la droite, débarrassée des mous-du-genou-collabos-de-l’islam, avec les patriotes de la ligua-Nord. Les sociologues n’ont toujours pas compris que ce type de clivage, entre mondialistes archéo-gauchistes et patriotes modernistes sera le schéma de toutes les élections futures européennes. Marine Le Pen leur avait pourtant expliqué...

  • Par pierre de robion - 02/03/2018 - 22:51 - Signaler un abus Question médias....

    ... notre Roi olympien n' pas grand chose à apprendre de Berlusconi, qui par contre pourrait lui rappeler que la Roche Tarpéienne est près du Capitole!e

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Marc Lazar

Marc Lazar est historien et sociologue français du monde politique. Spécialiste des gauches européennes et de la vie politique française et italienne, il est, depuis 1999, professeur des universités en histoire et sociologie politique à l’Institut d’études politiques de Paris. Il est actuellement directeur du Centre d’histoire de Sciences Po et président de la School of Government de la LUISS (Libre Université Internationale des Sciences Sociales) basée à Rome.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€