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L’ONU à l’assaut de la pauvreté dans le monde : le libéralisme parviendra-t-il à obtenir d’aussi bons résultats dans les 15 prochaines années que sur les 15 dernières ?

C'est à partir du lundi 28 septembre que les chefs d'Etat et de gouvernement participeront à l'Assemblée générale de l'ONU à New York. A l'agenda : la définition des prochains objectifs pour le développement, qui pour les 15 prochaines années ne pourront probablement pas profiter de la même croissance économique que dans les années 2000.

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Publié le - Mis à jour le 2 Octobre 2015
L’ONU à l’assaut de la pauvreté dans le monde : le libéralisme parviendra-t-il à obtenir d’aussi bons résultats dans les 15 prochaines années que sur les 15 dernières ?

L’extrême pauvreté est passée de 47 % de la population des pays en développement en 1990 à 14 % en 2015. Crédit Reuters

Atlantico : En l'an 2000, les pays de l'ONU définirent au "Sommet du Millénaire" 8 objectifs en matière de développement pour les pays émergents. Extrême pauvreté & faim, éducation primaire, promotion de l'égalité des sexes... Quel bilan peut-on faire précisément ? 

Laurent Chalard : Contrairement à une idée reçue, véhiculée par une tendance catastrophiste très en vogue dans les médias francophones, qui ne parlent que de ce qui ne va pas sur notre planète (guerres, accidents, épidémies…), le niveau de vie de l’être humain est sensiblement meilleur en 2015 qu’à l’aube du XXI° millénaire, quel que soit le critère utilisé, ce qui rend incontestable les progrès accomplis et vient infirmer les prédictions de certains experts, prophètes d’apocalypse.

En effet, alors que la planète a connu une croissance démographique soutenue, cette dernière ne s’est pas traduite par un appauvrissement moyen, mais au contraire par une amélioration du niveau de vie généralisée, un résultat plus qu’encourageant, même si les progrès à accomplir demeurent considérables pour que l’ensemble de l’humanité puisse vivre un jour dans la dignité. Les huit objectifs fixés par le Sommet du Millénaire de 2000 ont été largement remplis, ce qui témoigne que le développement économique reste la principale arme pour lutter contre la pauvreté, puisque les progrès les plus importants concernent les pays qui ont connu une croissance de leur PNB sans précédent, tels que la Chine ou l’Inde. La création de richesse, même si elle est source de profondes inégalités, qu’il convient de réduire dans le futur pour éviter les conflits de classe, n’en demeure pas moins le meilleur moyen pour sortir de la misère des centaines de millions d’individus, qui viennent grossir les rangs des classes moyennes aux effectifs très restreints jusqu’ici dans les pays en voie de développement.

Concernant les huit objectifs de l’ONU, la réussite est généralisée, puisque dans aucun d’entre eux, un recul ne s’est constaté, les progrès étant particulièrement impressionnants. La première et la plus importante des réussites concerne la réduction de l’extrême pauvreté, passée de 47 % de la population des pays en développement en 1990 à 14 % en 2015. Parallèlement, la faim, élément fortement liée, a elle aussi reculé sensiblement, aussi bien en volume qu’en pourcentage. Les images des grandes famines, encore courantes dans les années 1970 et 1980 semblent s’éloigner. La pauvreté a tendance à devenir beaucoup plus relative qu’absolue, comme en témoigne la crise migratoire actuelle, avec des immigrés qui se permettent de tourner le dos à certains pays car la qualité de vie ne leur convient pas (cf les irakiens qui repartent de Finlande car il fait trop froid et qu’il n’y a pas d’animation). L’autre grande réussite, concerne l’état sanitaire des êtres humains, en gardant en tête qu’outre l’aisance matérielle, vivre en bonne santé est le principal acquis de notre espèce. Les trois objectifs de l’ONU qui relèvent de ce domaine, la réduction de la mortalité infantile, l’amélioration de santé maternelle et la lutte contre le VIH, ont été largement couronnés de succès, en particulier le premier d’entre eux, facteur primordial pour permettre la baisse de fécondité dans un pays pauvre et donc ralentir la pression démographique, frein au développement économique. En effet, le taux de mortalité infantile a diminué de plus de moitié entre 1990 et 2015, la vaccination généralisée des nourrissons étant l’un des principaux facteurs de progrès dans les pays les plus pauvres, où l’économie demeure atone. De même, la santé maternelle s’est largement améliorée, grâce à l’accompagnement de plus en plus systématiques des femmes enceintes, et la généralisation de l’accès aux rétroviraux a permis de contrer l’inexorable progression de l’épidémie de VIH, avec une baisse des nouveaux cas de 40 % entre 2000 et 2013.

Concernant les trois derniers autres objectifs de l’ONU, le succès est au rendez-vous par rapport aux ambitions affichées, mais des progrès restent à faire. Au niveau de l’éducation, si l’accès à l’éducation primaire est désormais de 91 % des enfants en âge d’être scolarisés en 2015, il reste d’importants gains à envisager concernant l’enseignement secondaire, sans parler du supérieur. Sur le plan écologique, l’objectif "assurer un environnement durable" peut s’enorgueillir de certains succès, concernant l’accès à l’eau potable courante ou l’élimination des substances appauvrissant la couche d’ozone, mais il ne faut pas tomber dans un angélisme béat. Les pollutions industrielles dans les pays émergents apparaissent considérables du fait d’un développement économique pas toujours bien maîtrisé et les taudis des grandes métropoles des pays pauvres ont de beaux jours devant eux. En outre, les données de l’ONU ne tiennent pas compte du maintien de la biodiversité, portant uniquement sur l’être humain. Or, concernant cette dernière, les données sont mauvaises, puisque les biologistes parlent d’une sixième extinction. Enfin, au niveau de l’égalité des sexes, sur le plan de la scolarisation des jeunes filles, les écarts avec les jeunes garçons se sont réduits et le nombre de femmes arrivant à des hautes fonctions augmentent partout, mais les résultats sont très inégaux selon les pays et les évolutions concernant la condition de la femme au sens large (autonomie juridique et économique vis-à-vis de son conjoint ou de son père, choix du conjoint, sexualité…) demeurent particulièrement lentes avec parfois des régressions dans certains pays.

De nombreuses analyses attribuent les réussites du "Sommet du Millénaire" de 2000 à la croissance mondiale, portée par les pays émergents et surtout l'Inde et la Chine. Quel rôle la croissance mondiale a-t-elle jouer dans la réalisation de ces objectifs ?

Pascaline Dupas : La croissance en Inde et en Chine a considérablement réduit le nombre de gens qui vivent sous le seuil de pauvreté extrême, soit un dollar par jour par personne. Mais il y a eu des progrès notoires dans d’autres pays, notamment une baisse de la mortalité infantile et une augmentation des taux de scolarisation en Afrique, et cela malgré des performances souvent décevantes en termes de croissance économique. Les progrès en santé viennent d’efforts ciblés tels que ceux du Global Fund Against TB, HIV and Malaria, ou bien ceux de l’alliance GAVI, et les progrès en scolarisation ont été obtenus grâce à des politiques publiques de subventions à l’éducation.

Un autre élément important que les gens oublient souvent de mentionner est celui des envois de fonds des travailleurs migrants à leurs familles dans les pays en développement. Ces envois de fonds sont l’une des principales sources de ressources extérieures pour les pays en développement, excédant de loin l’aide publique au développement. Ces apports ont énormément contribué à la lutte contre la pauvreté.

Julien Damon : La croissance – c’est-à-dire, il faut être clair, l’enrichissement (qui est, soit-dit en passant, la meilleure voie pour lutter contre la pauvreté) – a joué un rôle absolument majeur. Des géants démographiques, Chine et Inde, mais aussi Brésil, sont devenus des géants économiques. Le nombre de pauvres a considérablement baissé en Asie. Le résultat n’est pas le même pour l’Inde. Mais l’image a avoir à l’esprit est simple. Le premier OMD (objectif du millénaire pour le développement) a été atteint. La proportion de personnes vivant en situation d’extrême pauvreté a été divisée par deux. Mais elle a été divisée par plus de deux dans de grands pays émergents, alors qu’elle n’a baissé que marginalement en Afrique sub-saharienne, là où l’on est, d’une part, loin de l’émergence, et, d’autre part, avec une démographie très dynamique.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 28/09/2015 - 10:36 - Signaler un abus Afrique

    Citation, trouvée en bas de la page 1 : ''La proportion de personnes vivant en situation d’extrême pauvreté… n’a baissé que marginalement en Afrique sub-saharienne, là où l’on est, d’une part, loin de l’émergence, et, d’autre part, avec une démographie très dynamique.'' . C'est en dehors d'un autre petit bout de phrase en page 3, les seules marques d’intérêt pour le continent africain, au milieu de ces trois pages de ''masturbation intellectuelle'' sur les ''Merveilles du Modèle Chinois'' ! Il y a aussi quelques phrases sur la situation en Europe où la pauvreté, en dehors des manipulations statistiques, est en augmentation ! Ou encore le passage humoristique où les auteurs se demandent ce qu'il se passera le jour où le taux d'équipement en automobiles des chinois rejoindra celui des occidentaux...

  • Par Ganesha - 28/09/2015 - 10:44 - Signaler un abus La Chine ''Usine du Monde'

    Tout comme l'article de mr Sylvestre, il y a quelques jours, cet article essaie de nous présenter la ''Croissance Économique'' comme étant le moyen miracle pour obtenir le bonheur de l'humanité. Ce qui est de plus en plus clairement stupide ! Manifestement, ce dont notre planète a un urgent besoin, c'est d'un modèle de développement complètement différent. La Chine ''Usine du Monde'', constituait un échec tellement prévisible que l'on se demande comment on a pu trouver des gogos pour y croire! Tout comme l'Austérité Allemande en Europe !

  • Par J'accuse - 28/09/2015 - 15:29 - Signaler un abus ONU soit qui mal y pense

    J'ai relevé 2 belles lapalissades : "l’enrichissement est la meilleure voie pour lutter contre la pauvreté"; "la création de richesse demeure le meilleur moyen pour sortir de la misère" : c'est sûr que sans créer de richesses, on ne risque pas de s'enrichir ! faut reconnaître qu'avec nos écolos et nos gauchistes, il peut être bon d'énoncer des évidences. Et une stupidité : "la création de richesse, source de profondes inégalités, qu’il convient de réduire dans le futur pour éviter les conflits de classe..." : les conflits sociaux (si c'est ça que ça veut dire) sont inévitables et souhaitables : on n'obtient rien sans demander, et souvent, il faut ... comment dire ? .... insister. A part ça, ce n'est pas parce que l'ONU fixe des objectifs qu'ils sont atteints : sans l'ONU; ce serait pareil.

  • Par vangog - 29/09/2015 - 00:26 - Signaler un abus @j'accuse le ton doucereux de cet article

    m'avait alerté, moi-aussi! Les lapalissades que vous relevez sont des mantras culpabilisateurs: la pauvreté existera toujours et les conflits aussi...vouloir les stopper relève de l'utopie infantilisante...pire! Ils sont nécessaires à la bonne marche du monde...( oh putain! La police de la pensée unique va m'assassiner!)

  • Par valencia77 - 14/10/2015 - 13:10 - Signaler un abus croissance economique

    Il faut assurer une croissance economique et demographique. La croissance demographique pour assurer les retraites parait il. Logiquement la terre aura un jour 100 milliards d'habitants? personne ne mentione le resultat impossible d'une croissance continue.

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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Julien Damon

Julien Damon est professeur associé à Sciences Po, enseignant à HEC et chroniqueur au Échos

Fondateur de la société de conseil Eclairs, il a publié, récemment, Les familles recomposées (PUF, 2012), Intérêt Général : que peut l’entreprise ? (Les Belles Lettres),  Les classes moyennes (PUF, 2013)

Il a aussi publié en 2010 Eliminer la pauvreté (PUF).

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Pascaline Dupas

Pascaline Dupas est professeure assistante à l’Université de Stanford. Ses domaines de recherche sont la microéconomie appliquée et l’économie de développement.

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Mary-Françoise Renard

Mary-Françoise Renard est Professeur à l'Ecole d'économie rattachée à l'Université d'Auvergne. Elle y est notamment responsable de l'institut de recherche sur l'économie de la Chine au CERDI.

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